Hyperkaliémie chez les patients hémodialysés chroniques à l’Hôpital Général de Yaoundé : Prévalence, aspects cliniques et électrocardiographiques

Daniel KOLLO (kollodaniel87@yahoo.fr)
Médecine interne et spécialités, Université de Yaoundé I
July, 2013
 

Abstract

Introduction : L’insuffisance rénale chronique terminale est un problème majeur de santé publique en progression dans le monde avec un impact socio-économique important de par le coût de sa prise en charge. L’hémodialyse est le principal moyen thérapeutique de cette affection dans le monde et l’unique disponible au Cameroun. Le pronostic des patients hémodialysés chroniques est miné par les complications cardiovasculaires, au rang desquels la mort subite avec comme étiologie majeure l’hyperkaliémie constitue la principale cause de leurs décès. Vu le risque accru d’hyperkaliémie au sein de cette population en Afrique, du fait principalement des longs intervalles interdialytiques, il nous a paru important de faire le point sur la prévalence et les manifestations usuelles évocatrices de cette affection chez les patients hémodialysés chroniques à l’Hôpital Général de Yaoundé.

Objectif : L’objectif de cette étude était de déterminer la prévalence de l’hyperkaliémie et de ses manifestations cliniques et électrocardiographiques (ECG) évocatrices chez les patients hémodialysés chroniques.

Méthodologie : Nous avons mené une étude transversale descriptive sur une période de quatre mois allant de novembre 2012 à février 2013 au sein de l’unité d’hémodialyse de l’Hôpital Général de Yaoundé. Tous les patients hémodialysés depuis plus de 03 mois ayant accepté de participer à l’étude ont été inclus. Des renseignements cliniques ont été recueillis dans les dossiers des malades. Avant le début la première et deuxième séance hebdomadaire de dialyse, un examen clinique à la recherche des signes neuromusculaires évocateurs (paresthésies, crampes, parésies) a été réalisé. Puis, un électrocardiogramme de repos a été réalisé à l’aide d’un électrocardiographe à 12 dérivations de marque Cardiax® 3.50.2. Les tracés ECG ont été interprétés par 4 cardiologues à l’aide d’une fiche préétablie sans connaissance des résultats de l’ionogramme sanguin. Concernant les prélèvements sanguins, 3 ml de sang était prélevé sans garrot dans des tubes héparinés sur un abord veineux non loin de la fistule. Pour les participants avec les cathéters veineux centraux, 10 ml de sang était prélevé par le cathéter à l’aide d’une seringue que l’on gardait sur un plateau de soins et à l’aide d’une seconde seringue on prélevait de nouveau 3 ml de sang que l’on introduisait dans un tube hépariné avant de restituer les 10 ml prélevés initialement. Ces prélèvements étaient acheminés et analysés dans un délai de 30 minutes pour analyse des taux sériques de calcium ionisé, potassium et sodium avant le début des premières et deuxièmes séances hebdomadaires de dialyse.
Les données recueillies ont été analysées avec le logiciel SPSS® version 18.0.0. Le T-test de Student pour échantillons appariés a été utilisé pour comparer les moyennes et les proportions entre les deux séances. La significativité des tests était établie lorsque la probabilité p était inférieure à 0,05. Une clairance éthique du comité institutionnel de la Faculté de Médecine et des Sciences biomédicales de Yaoundé ainsi que l’autorisation des autorités administratives de l’Hôpital Général de Yaoundé ont été obtenues. Tout état nécessitant une intervention d’urgence a été immédiatement signalé au personnel soignant et pris en charge.

Résultats : Quatre-vingt-huit patients ont été retenus soit un total de 176 cas pour les deux séances hebdomadaire de dialyse. La moyenne d’âge de la population d’étude était de 46±14,36 ans (14-72 ans), avec un sexe ratio homme/femme de 2,01. La fistule artérioveineuse native était l’abord vasculaire le plus utilisé (95,5 %). Pour un total de 176 cas, la kaliémie moyenne était de 5,15±0,85 mmol/l (3,23-8,09 mmol/l), la natrémie moyenne était de 132,19±4,04 mmol/l (112,7-143,7 mmol/l), la calcémie ionisée moyenne était de 42,8±10,32 mg/l (18-64 mg/l).
L’hyperkaliémie était présente chez 49 cas sur 176 soit une prévalence de 27,8 %. Par rapport aux séances de dialyses, la prévalence était statistiquement plus élevée au début de la première séance comparé à la seconde séance hebdomadaire de dialyse (38,7 % vs17 % p=0,001). Sur les 49 cas d’hyperkaliémies, 25 (51 %) avaient des kaliémies (≥ 6 mmol/l) pour lesquelles les manifestations cliniques et ECG évocatrices d’hyperkaliémie étaient attendues. De ceux-ci, 6 (24 %) cas ont présenté des manifestations cliniques évocatrices (crampes = 4 %, paresthésies = 16 % et parésies = 12 %). Cependant, la parésie était retrouvée uniquement au-delà d’une kaliémie ≥ 7,5 mmol/l et était résolutive après la dialyse. Deux (8 %) cas sur les 25 avec des kaliémies ≥ 6 mmol/l ont présenté un signe ECG évocateur d’hyperkaliémie, il s’agissait uniquement d’une onde T ample retrouvée chez un même participant lors de sa première et deuxième séance hebdomadaire de dialyse, pour des kaliémies respectives de 6,82 et de 6,94 mmol/l.

Conclusion : L’hyperkaliémie est une affection fréquente (27,8 %) dans notre population d’hémodialysés chroniques, prédominant avant la première séance hebdomadaire de dialyse (38,7 %) en raison d’un intervalle interdialytique plus long (3jours). La parésie serait un signe évocateur de gravité de l’hyperkaliémie. Les signes ECG évocateurs d’hyperkaliémie sont rares et minimes (8 %), malgré l’absence d’hypercalcémie. Ainsi, la mise en place des conditions nécessaires à une pratique optimale (12heure/semaine reparti en 3 séances) de la dialyse nous semble justifiée. Cependant, vu la rareté de signes ECG évocateurs d’hyperkaliémie, il convient de s’interroger sur la place de l’électrocardiogramme dans la prise en charge de l’hyperkaliémie chez ces patients.


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