CONNAISSANCES, ATTITUDES ET PRATIQUES DES ETUDIANTES DE L’UNIVERSITE DE MAROUA VIS-A-VIS DE LA CONTRACEPTION D’URGENCE HORMONALE

Jérôme BILDI HAWANGA (bildijerome@yahoo.fr)
Gynéco-Obstétrique, Université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

Introduction: L’utilisation de la contraception d’urgence hormonale (CUH) reste faible dans les pays en voie de développement. Cette faible utilisation expose les femmes en général et les étudiantes en particulier au risque de grossesses non désirées et des avortements provoqués. Les étudiantes seraient un maillon essentiel dans la divulgation et l’utilisation de cette méthode contraceptive. Cette étude se propose ainsi d’évaluer le niveau de connaissances, des attitudes et des pratiques des étudiantes de l’Université de Maroua vis-à-vis de la contraception d’urgence hormonale.
Objectif général : Décrire les compétences des étudiantes de l’Université de Maroua vis-à-vis de la contraception d’urgence hormonale.
Méthodologie: Nous avons mené une étude CAP (connaissances, attitudes et pratiques) mixte (qualitative et quantitative) de Novembre 2014 à Mai 2015. Nous avons retenus 305 questionnaires des étudiantes pour la collecte des données quantitatives. Concernant l’étude qualitative, nous avons recruté 37 étudiantes reparties par niveau en 5 groupes. Chaque groupe était constitué d’au moins 6 étudiantes et d’au plus 10. L’analyse statistique des données quantitatives a été faite à l’aide du logiciel Epi Info version 3.5.4; tandis que celle des données qualitatives a été faite sur la base de la matrice des dimensions. Les données verbales et observations directes ont été restituées par verbatim.
Résultats: Dans notre étude, 74,75% des interrogées avaient entendu parler de la contraception d’urgence hormonale. La seule méthode contraceptive d’urgence citée était la pilule du lendemain connue sous le nom de Norlevo. Aucune étudiante n’avait de bonnes connaissances sur la pilule du lendemain: « A l’Université nous sommes peut-être plus ignorantes que celles qui sont encore au Lycée. »(Etudiante de 3ème année); 1,00% avait des connaissances moyennes, tandis que 47,20% étaient insuffisantes et 51,80% de mauvaises connaissances. Malgré le fait que 80,30% avaient bien défini la pilule du lendemain, 57,50% ignoraient le délai à respecter pour qu’elle soit efficace. « Il faut d’abord savoir quand est ce qu’on l’utilise, juste après le rapport, après 1 mois ou après 1 semaine. » (Etudiante de 1ère année).
Le niveau de connaissances sur le cycle menstruel et la contraception régulière étaient faible: 17,70% de bonnes connaissances, 21,00% de connaissances moyennes, 30,80% de connaissances insuffisantes et 30,50% de mauvaises connaissances. Peu d’informatrices possédaient des attitudes justes (19,30%), tandis que la majorité avait des attitudes approximatives (42,10%) : « Si en voulant décaper l’œuf tu te retrouves en train de décaper jusqu’à l’utérus, ça va entraîner des complications néfastes ; donc je ne peux pas encourager ça.» (Etudiante de 3ème année). Les autres avaient de mauvaises attitudes avec, 16,20% d’attitudes erronées : « La pilule du lendemain rend stérile.» (1ère année); et 22,40% d’attitudes néfastes : « On te voit peut être comme une prostituée » (Etudiante de 3ème année). Aussi, 74,60% pensaient que la contraception d’urgence hormonale était importante après un rapport sexuel à risque de grossesse. La peur des effets secondaires (48,70%) était la principale raison de la non utilisation de la contraception d’urgence hormonale.
Concernant les pratiques, 90,80% des étudiantes avaient des pratiques inadéquates vis-à-vis de la contraception d’urgence hormonale : « Je vais attendre un peu plus de 2 semaines et faire le test de grossesse avant de voir comment utiliser la pilule du lendemain.» (Etudiante de 1ère année). En cas d’échec de la contraception, pour 14,10% des participantes, l’avortement serait le prochain recours.
Une association statistiquement significative a été retrouvée entre les plus jeunes étudiantes et les attitudes erronées vis-à-vis de la contraception d’urgence hormonale (OR=1,9 et p=0,02). Concernant les pratiques, les célibataires étaient plus vulnérables d’avoir de pratiques inadéquates (OR=2,8 et p=0,01). La religion musulmane était associée aux pratiques inadéquates (OR=3 et p=0,006). Tandis que les protestantes l’étaient moins (OR=0,1 et p=0,04). Les conceptions erronées sur la contraception d’urgence hormonale influençaient de façon significative les pratiques des étudiantes (OR=4,3 et p=0,003).
Conclusion : Au terme de cette étude, il ressort que les compétences des étudiantes de l’Université de Maroua vis-à-vis de la contraception d’urgence hormonale étaient insuffisantes. Les connaissances approximatives de la méthode, les attitudes mauvaises et les de pratiques inadéquates étaient les principales conséquences de ces faibles compétences.
Recommandations: Aussi suggérons-nous, la mise sur pied d’un programme de promotion de la santé au sein de l’Université de Maroua de manière générale. Plus spécifiquement, un plan intégré de communication sur la contraception d’urgence hormonale, en direction des étudiantes de l’Université de Maroua.


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