Epidémiologie, clinique et déterminants de la gale humaine dans quatre internats du Cameroun

MICHELE KOUAWA KOMGUEM (Maecky86@yahoo.fr)
Médecine interne, Université de Yaoundé 1
July, 2015
 

Abstract

INTRODUCTION : La gale humaine ou scabiose représente une des maladies cutanées contagieuse affectant tous les âges. Bien que la gale soit rarement létale, elle a un impact important en termes d’absentéisme, de peine psychologique et de trouble de concentration chez les jeunes adolescents en quête de savoir. De plus, le surpeuplement des lits, les échanges d’objets personnels et la promiscuité sont des facteurs de risque de la gale reconnus par l’Organisation Mondiale de la Santé. D’où l’intérêt de réaliser des études dans des milieux communautaires à risque notamment au sein des élèves résidant dans les internats scolaires. Plusieurs auteurs ont récemment décrit sa recrudescence dans ces milieux. En contexte camerounais, les praticiens ont remarqué une flambée de patients infestés par Sarcoptes scabiei chez les élèves provenant des internats des établissements de l’enseignement secondaire lors des consultations dermatologiques.
OBJECTIF : Nous nous sommes proposé de déterminer le profil épidémiologique et clinique et les facteurs associés à la survenue de la gale humaine au sein des élèves résidant dans les internats de certains collèges du Cameroun.
METHODOLOGIE : Nous avons mené une étude transversale descriptive et analytique sur deux (02) mois (allant de février à mars 2015) dans trois internats scolaires de la ville de Yaoundé dans la Région du Centre Cameroun et un internat de la ville de Buéa dans la Région du Sud-Ouest du Cameroun sélectionnés par convenance sur la liste des établissements de l’enseignement secondaire possédant un internat à Yaoundé. Le dépistage a été mené à l’aide d’un questionnaire chez les élèves recrutés suivant un échantillonnage consécutif non probabiliste de l’enseignement secondaire sans distinction d’âge ni de sexe se trouvant dans les internats au moment du passage de l’investigateur. Le diagnostic était clinique posé sur la base de caractéristiques cliniques organisées en algorithme notamment celui développé au Mali en 2005. Les données collectées à l’aide d’une fiche technique ont été analysées grâce au logiciel Epi Info version 3.5.4. Le rapport de côtes et son intervalle de confiance à 95% ont été utilisés pour apprécier le degré d’association des variables étudiées avec la survenue de la gale chez les élèves. Le test exact de Fisher et le test de Chi carré ont été utilisés pour la comparaison des variables. Le seuil de significativité statistique était de P< 0,05. Les données étaient transférées dans SPSS version 20.0 pour la régression logistique multivariée. Toutes les variables statistiquement significatives étaient inclues dans le modèle de régression logistique.
RESULTATS : Au total, 1.902 des 2.235 ont consentis à participer à l’étude soit un taux de participation de 85,1%. La prévalence globale de la scabiose dans ces institutions a été de 17,80% soit 338 élèves malades. La prévalence de scabiose la plus élevée était retrouvée chez les élèves de sexe masculin âgés de 10 à 14 ans, scolarisés au premier cycle dans les internats situés en milieu semi urbain. Parmi les 338 élèves atteints de scabiose, nous avions une notion de contage chez 68% des élèves, le prurit 85,79% et le lieu de contamination principal était l’établissement (89,65%). Les lésions non spécifiques étaient les plus observées siégeant de façon prédominante aux espaces interdigitaux, aux poignets et aux fesses. Les complications de la gale sont observées chez 8,58% malades. Il a découlé de cette investigation que les facteurs indépendamment associés à la gale humaine étaient : le sexe masculin, l’âge inférieur à 15 ans, la situation de l’internat, la promiscuité, la mauvaise hygiène personnelle, la difficulté d’accès à l’infirmerie et l’échange de vêtements entre camarades.
CONCLUSION : Loin de disparaître, la scabiose est présente dans les internats, justifiant un traitement de masse par les autorités de la santé et de l’enseignement pour en contenir la transmission. Nous recommandons donc une institutionnalisation d’un dépistage de cette ectoparasitose à chaque rentrée scolaire de tous les internes et du traitement adéquat afin de prévenir la transmission et les complications de cette maladie.


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