Troubles épileptiques, cognitifs et psychiatriques associés aux traumatismes crânio-encéphaliques chez l'adulte à Yaoundé

Malika Rosalie Beyeme Seng
Médecine Interne et spécialités, Université de Yaoundé 1
June, 2013
 
Médecin généraliste, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales
 

Abstract

Introduction: Les traumatismes crâniens représentent aujourd’hui un véritable problème de santé publique, tant par leur taux de mortalité élevé que par les complications qui en découlent. Parmi ces complications, les troubles épileptiques, cognitifs et psychiatriques sont fréquents ; et ils auraient une influence sur le devenir socioprofessionnel des patients. Il existe peu d’études sur ces complications en Afrique, et une seule étude sur les troubles psychiatriques au Cameroun.

Objectifs: L’objectif général de notre étude était de dresser le profil neurologique et psychiatriques des patients adultes, victimes de traumatismes crânio-encéphaliques dans la ville de Yaoundé.

Méthodologie: Nous avons réalisé une étude de cohorte rétrospective sur une période de dix ans, dans quatre hôpitaux de Yaoundé (Centre Hospitalier d’Essos, Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé, Hôpital Central de Yaoundé et Hôpital Général de Yaoundé). La première phase était centrée sur la revue des dossiers médicaux à partir d’une fiche technique, et la seconde phase concernait les appels téléphoniques. Ces appels permettaient de rechercher, chez des patients qui avaient un emploi au moment du traumatisme, d’éventuels changements dans l’activité et le statut matrimonial, la survenue de complications à distance du traumatisme et des hospitalisations ultérieures. L’autonomie des patients au moment des entretiens téléphoniques était évaluée grâce à l’échelle de devenir de Glasgow (Glasgow Outcome Scale ou GOS). Les données ont été sauvegardées par le logiciel Cs Pro 4.0, et analysées grâce aux logiciels SPSS 18, Statistica 6.0 et Stata 11.1. Pour la recherche des déterminants, nous avons utilisé le test de Khi-carré (analyses bi-variées), l’analyse factorielle des correspondances multiples et la régression logistique binaire (analyses multi-variées). Les données étaient significatives pour une valeur p<0,05.

Résultats: Quatre cents dix-neuf (419) dossiers de patients âgés de 16 à 60 ans, ont été retenus dans notre étude ; 84,2% étant de sexe masculin. La tranche d’âges des 25-34 ans représentait 34,1% des patients, et l’âge moyen était de 32,71 ans. La majorité des patients était constituée de célibataires (47,8%) et travailleurs (66,0%). Les accidents de la voie publique représentaient 73,8% des étiologies, et le traumatisme était sévère le plus souvent (53,9%). Les troubles neurologiques et psychiatriques étaient présents chez 49,6% des patients au moment du traumatisme, et 53,1% à distance. Nous avions 9,5% de troubles épileptiques précoces et 4,7% de troubles tardifs. Les crises épileptiques étaient essentiellement tonico-cloniques généralisées, l’épilepsie post-traumatique était partielle en majorité. Les déficits cognitifs ont été identifiés chez 8,6% des patients au moment du traumatisme et 25% à long terme ; avec une prédominance d’amnésie, d’aphasie, de lenteur à l’idéation et de désorientation temporo-spatiale. Les troubles psychiatriques survenaient chez 36,3% durant l’hospitalisation et 43,8% après. Le syndrome subjectif des traumatisés crâniens prédominait dans les deux phases, et était associé à un stress post-traumatique (20,3%) à distance. De façon globale, les facteurs les plus explicatifs de la survenue de ces complications étaient le traumatisme grave (OR=4,72), la durée d’hospitalisation de 13 jours et plus (OR=2,20) et la présence d’une fracture du crâne au scanner (OR=30,14). La présence de complications neurologiques et psychiatriques entrainait 27,36% de pertes d’emploi à distance du traumatisme, et la Glasgow Outcome Scale moyenne était de II sur V.
Conclusion: Dans notre contexte, le risque de développer une complication épileptique, cognitive ou psychiatrique à la suite d’un traumatisme crânien est de 49,6% au moment du traumatisme, et de 53,1% à distance. Leurs manifestations cliniques sont variées. La survenue de ces troubles est liée de façon globale, à la gravité du traumatisme, la durée d’hospitalisation prolongée et la présence d’une lésion cérébrale au scanner. Ces complications perturbent le devenir socioprofessionnel des patients traumatisés crâniens.


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