Lésions expansives de la région sellaire: Etude anatomoclinique et du pronostic visuel chez les patients reçus à l'Hopital Central de Yaoundé et au centre médico-chirurgical VERJOSEL de 2010 à 2016

Marvin Richie Tsopmene (pyt.tsopmene@gmail.com)
neurochrurgie, Université de Yaoundé 1
June, 2016
 

Abstract

Introduction
Les lésions expansives de la région sellaire sont variées. Elles se présentent sous les aspects soit de formations tumorales adénomateuse, non-adénomateuse, kystique soit rarement à type de lésions inflammatoires envahissant la région de la selle turcique. Elles sont fréquentes et retrouvées chez 10% à 20% de la population générale après examen de neuro-imagerie [24]. Dans la population générale, elles représentent 10% à 1 5% des tumeurs intracrâniennes [1]. Au Cameroun, elles représentent 9,1% des tumeurs intracrâniennes chez l’adulte [2]. Les lésions expansives de la région sellaire peuvent se présenter cliniquement par des signes endocriniens en rapport à une atteinte hypophysaire, des signes neurologiques liés à l’expansion tumorale tels que l’hypertension intracrânienne et les signes de compressions des structures adjacentes, notamment des signes ophtalmologiques et ou d’atteinte des paires crâniennes intra caverneuses. L’amélioration des techniques diagnostiques à savoir les dosages hormonaux et les techniques de neuro-imagerie permet un diagnostic précoce avec mise en évidence des lésions de petit volume au stade où celles-ci ne peuvent être déjà responsables d’anomalie ophtalmologique ou autre anomalie d’origine compressive [1, 3, 4, 6]. Dans certaines séries Européennes, seul 10% des patients avec ces tumeurs se présentaient avec des troubles neuro-ophtalmologiques [6]. Au Cameroun, les troubles neuro-ophtalmologiques restent au premier plan de la clinique des tumeurs sellaires expansives, ces troubles étant souvent irréversibles. Existe-t-il une corrélation entre la découverte tardive de la lésion expansive sellaire et le risque visuel ?
Telle est la question d’où découlent l’intérêt et la justification de notre travail.

Objectifs :
L’objectif général était d’étudier la corrélation entre le délai diagnostique et le pronostic visuel postopératoire à court terme chez les patients reçus dans les différentes unités de neurochirurgie de Yaoundé.
Plus spécifiquement il s’agissait pour nous d’établir le profil épidémiologique des lésions expansives sellaires, de décrire les présentations cliniques et scanographiques des tumeurs sellaires, de déterminer la relation entre le délai du diagnostic des tumeurs sellaires et l’atteinte visuelle, d’évaluer le pronostic visuel à court terme et enfin de déterminer les facteurs d’associations ainsi que les facteurs prédictifs du pronostic visuel.

Patients et méthodes
Pour atteindre ces objectifs, nous avons de novembre 2015 à mai 2016 mené une étude de cohorte rétrospective observationnelle de janvier 2010 à janvier 2016 dans le service de neurochirurgie de l’Hôpital Central de Yaoundé et à la clinique VERJOSEL.
Ont été inclus dans notre étude, les patients souffrant d’une lésion expansive sellaire, ayant été opérés à l’Hôpital Central de Yaoundé ou à la clinique VERJOSEL durant la période délimitée pour l’étude.
Les patients ayant un dossier médical incomplet ou ayant leurs examens des champs visuels par périmétrie cinétique manuelle réalisés par des médecins ophtalmologues différents ont été exclus
La collecte de données s’est faite sur une fiche technique standardisée de recueil de données

Résultats
Vingt-huit patients ont été colligés dans notre étude avec pour sex-ratio 1,55. Leur âge variait de 11 ans à 64 ans avec une moyenne de 41 ans 3mois. Le délai de diagnostique moyen était de 33,32 mois, d’où la fréquence élevée des troubles visuels (75%), de l’hypertension intracrânienne (46,43%). Cependant, il existait une différence statistiquement non significative (p˃0,05) entre la médiane des délais diagnostiques dans le groupe des patients ayant une atteinte visuelle comparée à celui des patients n’en ayant pas. Les troubles endocriniens étaient retrouvés chez 67,9% des patients. Les adénomes hypophysaires représentaient 71,4% des lésions avec 20% d’adénomes géants et 75% de macroadénomes. Par ailleurs, on retrouvait 05 méningiomes et 03 craniopharyngiomes. Le diagnostic était affirmé principalement par la TDM (26 cas) et les dosages hormonaux puis confirmé par l’histologie. Le traitement chirurgical par voie haute avait été pratiqué chez 64,3% des patients et l’abord transphénoïdale classique dans 35,7% des cas. Le traitement médical à base d’agoniste dopaminergique a été réalisé chez trois patients et la radiothérapie chez cinq patients, dont trois en association à un traitement médical. L’amélioration post-opératoire de l’acuité visuelle a été observée chez 57,14% des patients. Cette amélioration était meilleure dans le groupe des patients ayant un délai de diagnostique inférieur à deux ans comparé aux autres, cette différence était statistiquement significative. Il existait une forte corrélation partielle positive entre l’acuité visuelle préopératoire et l’acuité visuelle post-opératoire, une faible corrélation partielle négative entre la taille de l’adénome et l’acuité visuelle post-opératoire et une forte corrélation partielle négative entre le délai du diagnostic et l’acuité visuelle post-opératoire, toutes statistiquement significatives. L’évolution post chirurgicale de l’acuité visuelle chez les patients qui présentaient une atrophie optique était moins bonne que chez du groupe n’ayant pas d’atrophie optique, la différence étant statistiquement significative. Le délai de diagnostique long était prédicteur d’un mauvais pronostic visuel.

Conclusion
Dans notre contexte, les lésions expansives de la région sellaire parviennent en neurochirurgie à un stade tardif, les troubles neuro-ophtalmiques étant au premier plan de la présentation clinique. La tomodensitométrie demeure un outil diagnostique incontournable dans le bilan des lésions expansives sellaires. La chirurgie reste bénéfique sur les troubles visuels incomplets. Le pronostic visuel dépend du délai du diagnostic de l’acuité visuelle préopératoire, de la taille de la tumeur, du type de tumeur et de la présence ou non d’une atrophie optique. Cependant, la présence d’une atrophie optique et un long délai diagnostique sont seuls prédicteurs d’un mauvais pronostic visuel. Un diagnostic précoce et une prise en charge adéquate permettrait d’améliorer le pronostic visuel chez nos patients.


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