Lésions anatomiques et fonctionnellles des traumatismes oculaires de guerre à l'Hopital d'Instruction d'Applicationet des Réferences des Armées de Yaoundé(HIARAY)

Olivier FANDI (fandiolivier@ymail.com)
Chirurgie et Spécialités, Université de Yaoundé I
June, 2017
 

Abstract

Introduction : Depuis le XXe siècle, la fréquence des blessures oculaires par arme de guerre n’a cessé de croître parallèlement au développement des armes de guerres (explosifs) contre une faible protection oculaire. La majorité des traumatismes oculaires sont dus à l’effet blast. L’œil occupe 0,1% de la surface corporelle totale mais, il représente 8 à 13% des blessures au combat durant les guerres modernes qui parcourent le monde entier. Le conflit au Nord Cameroun depuis novembre 2013 avec la secte terroriste Boko-Haram, n'y échappe pas. Les lésions réalisées sont des traumatismes ouverts ou fermés du globe. La gravité de ces blessures réside non seulement dans l’atteinte locale, mais aussi dans la survenue de polytraumatisme cranio-facial chez un patient souvent à la fois brûlé, blasté et choqué. C’est alors qu'il paraissait opportun de décrire les différentes lésions anatomiques et fonctionnelles des traumatisés oculaires au cours des conflits armés qui opposent le Cameroun à la secte terroriste Boko-Haram à l'Extrême-Nord du pays, et à l'Est en Centrafrique.

Méthodologie : Une étude rétrospective à visée descriptive a été menée à l'Hôpital d'Instruction, d’Application et de Référence des Armées de Yaoundé de Janvier à Avril 2017. Cette étude concernait les militaires et civils blessés à l'œil par armes de guerre depuis le début du conflict armé de Novembre 2013 à Avril 2017 à l'Extrême-Nord du pays et en République Centrafricaine et évacués dans le service d'ophtalmologie de l'HIARAY. Un échantillonnage consécutif de convenance a été fait. La collecte des données a été menée à l'aide d'une fiche préétablie et prétestée. Le traitement des données a été réalisé grâce aux logiciel Epi-info version 7.2.0 et Microsoft Office Excel 2013.

Résultats : Ils sont 34 militaires, tous de sexe masculin présentant un traumatisme oculaire, d’âge variant entre 20 et 43 ans avec une moyenne de 30,02 ± 6,4 ans. Cet effectif était constitué de 30 Camerounais dans 88,24% des cas, de 03 Tchadiens et d'un Nigérian. Quarante -un(41) yeux ont été blessés avec 07 atteintes bilatérales dont la plupart était survenue en 2015. Les traumatismes oculaires par explosifs étaient les plus fréquents avec une valeur de 51,26%. Les traumatismes à globe fermé étaient fréquents, représentés essentiellement par les traumatismes contusifs oculo-palpébraux (24,35%). Les lésions anatomiques ophtalmologiques retrouvées avant la prise en charge étaient dominées aux annexes par l'hyperhémie conjonctivale (14,10%), au niveau du segment antérieur par l’hyphéma (7,69%), au segment postérieur par l'hémorragie choroïdienne (5,12%) et nous avons enregistré deux cas d'éclatement du globe soit 1,28% des cas. L'OTS 3 était le plus représenté avec 15 yeux soit 36,58% sur le plan fonctionnel.
Tous les patients ont bénéficié d'un traitement médical et le recourt à la chirurgie réparatrice a eu lieu dans 52,94% des cas. Nous avons noté un cas d'œil éviscéré.
Après prise en charge, 14yeux (34,14%) contre 22 (53,65%) avant, ont présenté une acuité visuelle inférieure à 3/10, soit 7 yeux malvoyants (17,07%) et 7 yeux cécitants (17,07%).

Conclusion : Au terme de cette étude, on a constaté que la prévalence des traumatismes oculaires est encore élevée. Ils étaient surtout l’apanage de l’adulte jeune de sexe masculin. Ils constitueraient un problème de santé publique en ophtalmologie.

Recommandations : Nous recommandons :
 la mise en place des structures spécialisées d’ophtalmologie dans les hôpitaux militaires et civils en zone de conflit pour une prise en charge optimale et rapide dans les délais des lésions oculaires de guerre.
 La nécessité de choisir des équipements de protection oculaire individuelle conformes à la réglementation militaire internationale, adaptés au poste de travail du soldat et si nécessaire avec correction individuelle incorporée ou convenable pour les porteurs de lunettes de correction.
 La mise en place d’une unité de suivi psychologique et sociale des traumatisés de guerre dans ces hôpitaux civils ou militaires.
 De réformer professionnellement les personnels vétérans de guerre le plus souvent sans qualification en dehors des armées.

Mots clés : Traumatisme oculaire de guerre, Lésions anatomiques, Lésions fonctionnelles, Ocular trauma score
ABSTRACT
According to the BETT, Ocular trauma is a set of visible or non-visible lesions of one or more ocular structures observed after direct or indirect percussion of open or closed Ocular Globe by a blunt or sharp traumatic agent.
The eye occupies 0.1% of the total body surface area, but it represents 8-13% of combat wounds during modern wars around the world. The conflict in Northern Cameroon since November 2013 with the terrorist sect Boko-Haram, does not escape. The lesions performed are open or closed traumas of the globe. The severity of these injuries resides not only in the local involvement but also in the occurrence of craniofacial polytrauma in a patient who is often burnt, blasted and shocked. It was then appropriate to describe the different anatomical and functional lesions of eye trauma during the armed conflicts between Cameroon and the Boko-Haram terrorist sect in the far north of the country and in the East In the Central African Republic.
From January first to April thirty one, two thousand and seventeen, we carried out a retrospective transverse descriptive study at the Yaoundé Armed Forces Training, Application and Referral Hospital
We obtain authorizathions from the site of study and a clearance of the Institutionnal Comittee for Ethics and Research of the Faculty of Medicine and Biomedical Sciences. Statistical analyses were performed using the software S.P.S.S. version twenty point zero and Epi-info version seven dot two dot oh (7.2.0)The significance level was set at zero point zero five.
Thirty-four (34) military personnel were included, all of whom are male.
The mean age was thirty point zero two more or less six point four years old.
This workforce consisted of 30 Cameroonians in Eighty eight point two four percent(88.24%) of the cases,
Forty-one (41) eyes were injured with twenty one percent bilateral involvement, The difference was statistically insignificant.Most of which occurred in 2015. Explosive eye injuries were the most frequent.Closed-field trauma was frequent, predominantly represented by contusive oculo-palpebral trauma
Anatomical ophthalmological lesions found before management were dominated in the annexes by conjunctival hyperaemia , IN anterior segment by hyphama , in posterior segment by choroidal haemorrhage. All patients received medical treatment and restorative surgery were performed in 52.94% of cases.
OTS 3 was the most represented with 15 eyes.After treatment, 14 eyes (34.14%) compared with 22 (53.66%) before, had visual acuity less than 3/10, 7 visually impaired eyes (17.07%) and 7 blind eyes (17, 07%).
.We can conclude that The prevalence of ocular trauma was still high. They were mostly the prerogative of the young adult male. They would constitute a public health problem in ophthalmology.
We therefore recommend
To the Ministry of Defense and Public Health
 To Establish a specialist ophthalmological structures in military and civilian hospitals in the peripheral areas for optimal and rapid management of eye lesions during war.
 To Establish a psychological and social follow-up unit for war traumatized in these hospitals, civil or military.
To Operational Military Commands
To provide Individual eye protection equipment in accordance with international military regulations
 To professionally reform the war veterans most often without qualification outside the armed forces.
To Soldiers in combat
To Soldiers in combat
 Combat goggles integrated into the combatant's equipment must be worn rigorously
To Researchers
- Initiate similar large-scale studies in conflict areas


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