Évaluation d'une stratégie de prise en charge de l'onchocercose chez les sujets hyperfilaremiques a Loa loa

Marie Bénédicte Mbamba
Santé Publique, Université de Yaoundé I
June, 2018
 

Abstract

RESUMÉ
Introduction : L’onchocercose est une Maladie Tropicale Négligée (MTN) qui sévit principalement en Afrique Centrale. Elle cause des atteintes oculaires sévères, et est la seconde cause de cécité d’origine infectieuse après le trachome. La principale molécule pour le traitement de cette maladie est l’ivermectine qui est distribuée gratuitement dans le cadre des Traitements à l’Ivermectine sous Directive Communautaire (TIDC). Cependant des effets secondaires graves (ESGs) ont été notés après la prise de ce médicament dans les zones de co-endémicité onchocercose et loase. Ceci a justifié la mise sur pied d’une nouvelle stratégie de traitement de l’onchocercose dans les zones où la loase est endémique, c’est la stratégie Test and Not Treat, TaNT. Cette stratégie permet grâce à un test quantitatif rapide au LoaScope, d’exclure des distributions d’ivermectine les patients hébergeant une microfilarémie à Loa loa très élevée (>20 000 mf/mL) et présentant de ce fait un risque élevé de développer des ESGs. Nous présentons dans le cadre cette étude, une stratégie de prise en charge des personnes exclues du traitement à l’ivermectine.

Objectif : Le but de cette étude est d’évaluer une stratégie de dépistage et de traitement de l’onchocercose chez les patients à risque d’ESG post-ivermectine.

Méthodologie : Nous avons réalisé une étude de type interventionnel en population, qui s’est déroulée dans le District de Santé d’Okola, d’Août 2017 à Mars 2018. Notre population d’étude était les sujets exclus des précédentes campagnes TaNT en 2015 et 2017. Nous avons entrepris le recrutement de ces sujets sur la base des informations recueillies lors des campagnes TaNT, puis procédé au dépistage de l’onchocercose. Les examens biologiques réalisés étaient le Test de détection des anticorps IgG4 dirigés contre l’antigène OV16, et l’identification des microfilaires à l’analyse microscopique des biopsies cutanées exsangues. Les sujets qui étaient positifs aux deux examens ont été soumis à une cure de doxycycline 100mg/jr pendant35 jours. Les mêmes examens ont été repris 03 et 06 mois après le traitement. Les données recueillies ont été analysées à l’aide du logiciel Epi Info 7.

Résultats : Des 639 sujets recherchés dans le cadre de cette étude, seulement 180 ont été retrouvés. Le dépistage de l’onchocercose par la technique de Skin Snip a permis d’obtenir une prévalence de 96.67% au sein de notre population d’étude, ce qui nous a semblé discutable pour cette zone connue hypoendémique. La prévalence obtenue à l’aide du test sérologique Ov16 (19,4%) a été de loin inférieure à celle obtenue avec le Skin Snip. L’observance au traitement à la doxycycline était excellente pour 91.30% des sujets. Au total, 87% des individus soumis à la cure de Doxycycline ont présenté une diminution de leur charge microfilarienne d’O. volvulus entre 40 et 100% au sixième mois.

Conclusion : La stratégie de distribution séquencée des comprimés employée s’est révélée faisable et satisfaisante en contexte communautaire. Les données obtenues sur l’évolution de la microfilaridermie d’O. volvulus à 03 et 06 mois ne sont pas suffisantes pour émettre des conclusions sur l’efficacité de la doxycycline dans le traitement de l’onchocercose, et devraient être complétées par des évaluations à 12 et 24 mois.


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