Itineraires thérapeutiques des patients VIH positif sous traitement antiretroviraux à l'Hôpital Catholique de Salapoumbé

Hervé Jim Nemy
santé publique, Université de Yaoundé I
June, 2018
 

Abstract

Introduction : L’infection au VIH demeure un véritable problème de santé publique dans le monde en général et au Cameroun en particulier. Des avancées spectaculaires ont été opérées réduisant ainsi la mortalité et la morbidité causées par ce virus. Ces avancées ont débuté par la découverte de l’infection au VIH, puis la découverte d’un traitement qui a pour objectif de réduire la charge virale des personnes sous traitement. Certains malades qui prendront régulièrement leur traitement pourront atteindre une suppression virtuelle de leur charge virale. Bien qu’il soit recommandé de débuter immédiatement la prise des antirétroviraux, force est de constater que beaucoup de patients tardent à débuter leur prise de traitement ou à s’y maintenir. Notre étude se propose donc de décrire l’itinéraire thérapeutique des personnes vivant avec le VIH (PvVIH) à l’Hôpital Catholique de Salapoumbé dans le but de proposer des interventions permettant d’améliorer le moyen de thérapie ARV dans cette localité.

Objectif : Décrire le parcours thérapeutique des PvVIH à l’Hôpital Catholique de Salapoumbé.

Méthodologie : Nous avons mené une étude transversale descriptive dans la localité de Salapoumbé de novembre 2017 à juin 2018 sur un échantillon de 105 patients. L’enquête a été faite par collecte des données provenant des registres, des dossiers médicaux, du personnel de l’Unité de Prise en Charge (UPEC) et des fiches d’enquêtes remplies par les patients. Les patients enquêtés ont été recrutés de façon exhaustive. Les données collectées concernaient des caractéristiques sociodémographiques de PvVIH, leur suivi à l’Hôpital Catholique de Salapoumbé et les différents parcours thérapeutiques empruntés par les patients. Les données ont été analysées à l’aide des logiciels Epi Info 7, SPSS 20.

Résultats : la population est majoritairement constituée des personnes de sexe féminin (66,7%), la moyenne d’âge était 34,4 ans, l’âge des patients variait de 13 à 71 ans. Les patients résident majoritairement à une distance comprise entre 10 et 25 kilomètres du site de prise en charge (32%).
S’agissant de l’itinéraire thérapeutique, 15,2% ont eu un second recourt, 2,9% ont eu un troisième recourt thérapeutique. Parmi les patients rencontrés, 90,5% des PvVIH ont débuté leur prise en charge à l’UPEC, 2,9% par la médecine traditionnelle et 5,7% ont débuté par une abstention thérapeutique. En dépit de ces premiers choix, tous les patients ont eu recours à l’UPEC pour leur prise en charge, 8,6% des PvVIH ont eu recours à la médecine traditionnelle et 7,6% ont réalisé une abstention thérapeutique à un moment donné de leur parcours. Les principales motivations du choix d’un parcours thérapeutique par rapport à un autre étaient la peur de la mort, l’avis du médecin et la proximité des services.
En ce qui concerne le suivi des patients, 63,8% des PvVIH ont été conseillées avant le dépistage, 59,1% se sont fait dépister volontairement et 42,9% ont été dépistées lors de leur hospitalisation. Dans cet échantillon,56,2% des PvVIH ont refait le test et 42,9% l’ont refait avant de débuter leur traitement. La mise sous traitement a été effective chez 99,1% des PvVIH, 38,1%des cas ont arrêté leur suivi à un moment donné et certains patients ont repris leur traitement (19,1%des PvVIH). Parmi les patients sous traitement, 61% des PvVIH ont débuté leur prise de médicaments immédiatement après le diagnostic et la rétention à 12 mois était de 75,7%. Ceux qui contrôlent leur charge virale représentent 11,8% des PvVIH sous traitement et 4,7% contrôlent leur taux de CD4.
Conclusion : Ces résultats nous montrent que près de la moitié des patients ont découvert leur statut à un stade avancé de la maladie, près d’un tiers des patients ne bénéficient pas d’un counseling pré-test. La majeure partie des PvVIH est mise sous traitement immédiatement après le diagnostic. Tous les patients ont fait recours à l’UPEC pour leur prise en charge, de même, un pourcentage non négligeable de la population d’étude fait recours à la médecine traditionnelle. Des migrations ont été observées entre l’UPEC, la médecine traditionnelle, l’abstention thérapeutique. De ce fait nous recommandons au personnel de santé que : Le dépistage se fasse suivant la procédure nationale de dépistage du VIH ; (ii) Les stratégies avancées de dépistage du VIH soient organisées au sein de cette population en vue de dépister et de prendre en charge précocement toutes les personnes infectées par le VIH vivant à distance éloignée de l’UPEC. (iii) Nous recommandons aux autorités qu’une action d’information et de sensibilisation des tradipraticiens soit faite sur la problématique de l’infection au VIH, les moyens de prévention et de dépistage, l’existence d’une prise en charge adéquate des personnes infectées par le VIH dans le souci de leur permettre de contribuer à une prévention primaire de la maladie au sein de la population.


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