Etude de la fonction gonadique d'un groupe d'adolescents drépanocytaires au Centre Mere et Enfant de la Fondation Chantal Biya

Malloum Oumate Hamidou
Pediatrie, Université de Yaoundé 1
June, 2018
 

Abstract

INTRODUCTION : L’hypogonadisme est présent chez 8 % des drépanocytaires et constitue souvent l’étiologie de leur retard pubertaire. La physiopathologie de cet hypogonadisme ainsi que ses facteurs de risque ne font pas encore l’objet d’un consensus d’autant plus que son origine (primaire ou secondaire) est encore discutée. Les complications liées aux maladies telles que l’ischémie chronique, la toxicité de la surcharge martiale et la malnutrition seraient impliquées. En Afrique, il y a peu de données sur ce sujet. Nous nous sommes donc proposé d’évaluer la fonction gonadique d’un groupe d’adolescents drépanocytaires de sexe masculin suivis au Centre Mère et Enfant de la Fondation Chantal Biya à Yaoundé.
OBJECTIF : L’objectif de notre étude était d’évaluer la fonction gonadique des adolescents drépanocytaires de sexe masculin.
MÉTHODOLOGIE : Il s’agit d’une étude de type cas-témoin menée de Janvier à Mai 2018. Un groupe d’adolescents drépanocytaires homozygotes âgés de 9 à 18 ans, en « steady state », a été apparié à un autre groupe d’adolescents ayant une électrophorèse de l’hémoglobine de type AA selon l’âge et le profil clinique. Le bilan hormonal comprenait la FSH, la LH, l’AMH et la testostérone. Les stades pubertaires ont été évalués selon la classification de TANNER. Le profil biologique des drépanocytaires a été défini par les marqueurs de la fonction médullaire (HbF, leucocytes et plaquettes) et les marqueurs d’hémolyse (taux d’Hb, bilirubine et LDH). Le profil clinique des sujets a été défini par leurs paramètres anthropométriques (taille, poids, IMC) et leurs compositions corporelles (masse maigre et masse grasse). L’analyse statistique a été réalisée à l’aide du logiciel SPSS version 23.0. Le test t de Student a servi pour la comparaison des moyennes alors que le test de Chi2 a permis la comparaison des proportions. Le seuil de significativité a été fixé à une valeur p < 0,05.
RÉSULTATS : Nous avons apparié 28 cas à 28 témoins. L’âge moyen était de 12,71 ans chez les cas et 11,67 ans chez les témoins. Nous n’avons trouvé aucune différence significative de concentration de FSH, de LH et de testostérone. La concentration médiane en testostérone était identique dans les deux groupes (0,11 nmol/L). Le taux médian en LH était de 0,15 UI/L dans le groupe des cas et 0,43 UI/L chez les témoins (p = 0,063). Le taux médian de FSH était de 2,23 UI/L chez les cas et 2,19 UI/L chez les témoins (p = 0,609).
Par contre, les valeurs d’AMH étaient significativement différentes entre les deux groupes. Chez les cas, la médiane était de 17,65 ng/ml (IQR 11,4 - 40,3) et chez les témoins la médiane était de 45,9 ng/ml (IQR 22,7 – 80,7) p= 0,018. Par ailleurs, Il existait un retard pubertaire chez 10% des adolescents drépanocytaires avec un écart moyen de 1,7 an par rapport aux sujets sains. En effet, l’âge médian au début de la puberté était de 13 ans chez les drépanocytaires et 11,3 ans chez les garçons sains. Les facteurs biologiques associés à ce retard de développement pubertaire étaient un taux de leucocytes supérieur à 10.000/mm³ et un pourcentage d’hémoglobine F inférieur à 10 %.
CONCLUSION : Il existe un hypogonadisme chez les drépanocytaires de sexe masculin. Cet hypogonadisme est caractérisé cliniquement par un retard pubertaire et biologiquement par un taux bas d’AMH (moyenne 17,65 ng/ml). Ce retard pubertaire d’environ 1,7 an touche 10% d’entre eux ; il est associé à un taux de leucocytes supérieur à 10.000/mm³ ainsi qu’à un pourcentage d’hémoglobine F inférieur à 10 %. Le taux bas d’AMH retrouvé pourrait indiquer une maturité précoce des cellules de sertoli chez les drépanocytaires. Une étude devrait être faite dans le but d’évaluer leur fertilité


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