Activité sexuelle au cours de la grossesse et pronostic du travail: étude de cohorte comparative

Souley Baba
Gynaecology and Obstetric, University of Yaounde I
June, 2013
 

Abstract

INTRODUCTION
L’activité sexuelle aurait un effet sur le déclenchement du travail chez la femme enceinte mais aucune étude n’a rapporté son effet sur le pronostic du travail. Nous nous sommes proposés de mener une étude donc le thème est: activité sexuelle au cours de la grossesse et pronostic du travail : étude de cohorte comparative.
L’objectif de notre travail était de déterminer l’effet de l’activité sexuelle à terme sur le déclenchement et le déroulement du travail.
METHODOLOGIE
Il s’agissait d’une étude de cohorte comparative, réalisée sur une période de trois mois du 1er décembre 2012 au 28 février 2013 à la maternité de l’HGOPY, hôpital de référence pour les prises en charge obstétricales et gynécologiques.
Les données collectées à l’aide d’un questionnaire pré-testé ont été analysées grâce aux logiciels SPSS 18.0 et Excel 2007. La comparaison des variables a été réalisée grâce au test de Fisher, et le seuil de signification statistique était P < 0,05.
RESULTATS
Un total de 144 femmes a été inclus dans notre étude, dont 72 cas et 72 femmes non-cas.
Caractéristiques sociodémographiques. Il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes pour les tranches d’âge (P>0,05), la profession (P>0,05), la région d’origine (P>0,05), la religion (P>0,05) ; le statut matrimonial (P>0,05) et le niveau d’instruction (P>0,05).
Caractéristiques obstétricales. Nous n’avons pas observé une différence significative entre les deux groupes pour la gravidité (P>0,05), la parité (P>0,05) et pour l’âge gestationnel (P=0,22).
Caractéristiques de la sexualité au cours de la grossesse. La fréquence des rapports sexuels variait selon les groupes et selon l’évolution de la grossesse. Une différence significative (P<0,001) a été observée tout au long de la grossesse entre les deux groupes. Avant 28 semaines, la plupart des femmes du groupe cas avaient 2 à 3 rapports par semaine, soit 63,8% des cas, tandis que la plupart des femmes témoins (54,2%) avaient 1seul rapport par semaine (P<0,001 ; RR=2 ; IC=1,5-3,32). Entre 28 semaines et 36 semaines 6 jours, la majorité des femmes avaient 1 seul rapport par semaine, soit 54,9% dans le groupe cas contre 82,6% des témoins (P<0,001 ; RR=2,05 ; IC=1,5-5,64). Néanmoins, à cet âge de la grossesse, 39,4% des femmes du groupe cas contre 17,4% des témoins avaient 2 à 3 rapports par semaine (P<0,002 ; RR=2,23 ; IC=1,5-5,64). A terme, la plupart des femmes sexuellement actives avaient un seul rapport par semaine, soit 77,8% des cas.
Caractéristiques du travail. Plus de la moitié des femmes sexuellement actives, soit 52,11% avaient eu un déclenchement spontané de travail deux jours après leur dernier coït. Cependant, il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes pour les modes de déclenchement du travail (Spontané/induit P=0,12) et également pour l’état des membranes à l’admission (P=0,926). Par ailleurs, nous avons observé une différence statistiquement significative entre les deux groupes pour la dilatation du col à l’admission (P<0,001 ; RR=2,4 ; IC=1,6-5,35) , la station à l’admission [station-2 à -1 : (P=0,001 ; RR=0,5 ; IC=0,16-0,74) ; station 0 : (P=0,001 ; RR=1,5 ; IC=1,13-2,28)], la durée de la phase active à partir de l’arrivée [entre 1 à 2 heures : (P=0,001 ; RR=1,7 ; IC=1,5-3,7) ; à plus de 4 heures : (P=0,005 ; RR=0,47 ; IC=0,12-0,56)], la durée du stade d’expulsion (P=0,01 ; RR=1,53 ; IC=1,22-3,36), l’utilisation de l’ocytocine au cours du travail (P<0,05 ; RR=0,5 ; IC=0,2-0,75), l’évolution du travail [normal : (P=0,01 ; RR=2,16 ; IC=1,21-5,30) ; dilatation stationnaire : P=0,02] et le mode d’accouchement [Spontané : P=0,003 ; RR=2,08 ; IC=1,49-4,5 ; Césarienne : P=0,01 ; RR=0,46 ; IC=0,1-0,82]. Nous n’avons observé aucune différence significative entre les deux groupes pour la fièvre maternelle au cours du travail (P= 0,99), l’hémorragie du post-partum (P= 0,67), la déchirure du col (P=0,214), du vagin (P=0,479), du périnée (P=0,168) et l’état du nouveau-né à la naissance [Apgar à la 1ère minute : P=0,17, à la 5ème minute : P=1].

Conclusion
L’activité sexuelle sur une grossesse à terme :
A un effet bénéfique sur le déclenchement spontané du travail avant 41 SA, améliore la dilatation du col en début de travail, réduit la durée de la phase active, réduit la durée de la phase d’expulsion et réduit l’utilisation de l’ocytocine au cours du travail. Il facilite la descente fœtale et favorise l’accouchement par voie basse.
Par ailleurs, nous n’avons pas observé d’effet sur le risque de rupture des membranes, les complications maternelles au cours du travail et sur l’état du nouveau-né à la naissance.
Nous recommandons le counselling chez les femmes enceintes ne présentant aucune contre-indication à la sexualité, sur l’effet bénéfique de ce dernier sur le pronostic du travail.

Mots clés : sexualité, grossesse, pronostic du travail, Cameroun


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