Evaluation de l'offre de service des Centres de Traitement Agréés pour le VIH/SIDA de la ville de Yaoundé

Gilbert FISSOU
Médecine Interne et spécialités, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de l'université de Yaoundé I
June, 2013
 

Abstract

Objectifs
Avec une prévalence à 4,3% dans la population générale, le Cameroun fait face à une épidémie généralisé du VIH. L’un des principaux axes stratégiques de la riposte du gouvernement est la prise en charge globale des personnes vivant avec le virus de l’immunodéficience humaine (PVVIH) par les Centres de Traitement Agréés (CTA). Les CTA devaient offrir aux PVVIH des prestations de très haut niveau et encadrer de ce fait des formations sanitaires de niveau inférieur. Afin de contribuer à l’amélioration de la prise en charge globale des PVVIH au Cameroun et de proposer d’éventuelles réorientations managériales et stratégiques au programme chargé du suivi de ces patients, nous nous sommes fixés l’objectif général de réaliser une évaluation de l’offre de services des CTA de la ville de Yaoundé. Plus spécifiquement il s’agissait de décrire le cadre de l’offre de service de prise en charge globale des PVVIH des CTA en termes de paquet de services offerts, d’application des directives de prise en charge globale et les comparer aux normes du ministère de la santé publique ; de déterminer le nombre total et le profil des prestataires de soins impliqués dans la prise en charge globale des PVVIH ainsi que la file active des CTA afin d’apprécier la charge de travail et la qualité technique des différentes catégories professionnelles des CTA; enfin de recueillir l’opinion des prestataires de soins sur la fonctionnalité des dispositifs de prise en charge globale des PVVIH.

Méthodologie
Nous avons mené une recherche évaluative externe à caractère descriptif de novembre 2012 à avril 2013. La technique d’investigation faisait appel à un questionnaire administré aux coordonateurs, responsables d’unités, prestataires des CTA et à la revue documentaire.

Résultats
Nos résultats ont montré qu’aucun CTA n’offrait les 14 prestations de prise en charge globale des PVVIH. Les CTA qui offraient le plus de services étaient par ordre décroissant : CHE : 12/14 services soit un taux de disponibilité de 85,7%; HCY : 9/14 services (64,3%) ; CME : 9/14 services (64,3%) ; HMY : 9/14 services (64,3%) ; HGOPY : 8/14 services (57,1%) et HJ : 7/14 services (50%). En général, les services les plus disponibles étaient le conseil et dépistage, le comité thérapeutique, la prise en charge sociale et le laboratoire. Les prestations les moins disponibles étaient le suivi à domicile, la prévention des infections opportunistes et la pharmacie. Cinq directives sur 16 n’étaient pas rigoureusement mise en œuvre dans tous les CTA, à savoir : l’application de l’option « opt-out » pour le conseil et dépistage; le respect du rythme des rendez-vous de suivi clinique; le respect du tarif des bilans biologiques subventionnés; la surveillance des 5 indicateurs d’alerte précoce de résistance aux ARV et le respect des termes de référence des ARC ; la prise en charge des PVVIH restait concentrée à un nombre réduit de professionnel de santé soit 36/758 personnels à l’HCY; 50/242 personnels à l’HJ; 72/623 personnels à HGOPY ; 70/287 personnels au CHE ; 77/198 personnels à l’HMY. La charge de travail était très élevée pour : les médecins de l’HCY (1996 PVVIH/médecin) ; le personnel infirmier de l’HCY (1996 PVVIH/infirmier) et du CHE (1302 PVVIH/infirmier) ; les TMS de l’HCY (1140 PVVIH/TMS) ; les assistants sociaux de l’HCY (2661 PVVIH /assistant social) ; les ARC de l’HCY (1597PVVIH/ARC) ainsi que pour les psychologues, les nutritionnistes et les ARR de tous les CTA qui en disposaient. Le personnel infirmier et les techniciens médico-sanitaires étaient les moins qualifiés dans le domaine spécifique à la prise en charge des PVVIH avec moins de 50% de personnels formés de chacune de ces catégories. La formation de base fournissait 1,4 à 5,5% de prestataires avec des capacités requises pour une prise en charge globale des PVVIH à la fin de leur formation. Concernant l’opinion des prestataires la plupart pensaient que : la charge de travail est importante ; le bilan biologique de prise en charge et de suivi des PVVIH demeure onéreux et la décentralisation de la prise en charge des PVVIH jusqu’au niveau des Centres de Santé Intégrés n’en altérera pas la qualité.

Conclusion et recommandations
Nous recommandons à tous les CTA: D’améliorer la disponibilité du suivi et soins à domicile des PVVIH et de la pharmacie. A ceux ne disposant pas de la prise en charge psychologique la rendre opérationnelle. De respecter les directives sur la surveillance des 5 indicateurs d’alerte précoce pour la prévention des résistances aux ARV et sur le counseling à l’initiative du personnel soignant (« opt-out »). Au ministère de la santé publique : Dans tous les CTA renforcer en qualité et en quantité les ressources humaines (toutes catégories) ; rendre opérationnels ou renforcer le suivi électronique de la file active par le logiciel ESOPE, la prise en charge nutritionnelle et la pharmacie ; subventionner les bilans biologiques des PVVIH; palier au problème de rupture de stock des ARV et des médicaments contre les infections opportunistes; décentraliser la prise en charge des PVVIH à l’intérieur des CTA; étendre l’étude évaluative dans tous les CTA du pays. A la FMSB : Intégrer le module du DIU dans le cursus des étudiants en médecine, pharmacie et médico-sanitaires. Aux chercheurs : Elaborer des indicateurs consensuels d’évaluation de la qualité de l’offre de services des CTA plus détaillés dans les études futures.

Mots clés : Evaluation, offre services, centre traitement agréé, VIH/SIDA.


********************************************************************************************