Perception du planning familial dans le District de santé de Mokolo

Date Approved: 15 June 2005

Student Information

Student Maurice GANAVA

Supervisor Information

Supervisor Emile Télesphore MBOUDOU

Academic Information

Degree Doctorat en Médecine Générale (Doctorate)
University Faculté de Médecine et des Sciences Biomedicales-Université de Yaoundé Is
Department Département de Gynéco-obstétrique
Discipline Gynéco-obstetrique; Anthropologie médicale

Abstract

RESUME:
Introduction : Le Cameroun est un pays où la mortalité maternelle ne cesse de croître ces dernières décennies passant de 511 ‰ naissances vivantes en 1998 à 782 ‰ naissances vivantes en 2011. Le planning familial permet de prévenir au moins 25 % de ces décès en apprenant aux couples et aux individus comment espacer ou limiter les naissances, éviter les grossesses non souhaitées ou à haut risque et les avortements. Cependant son taux d’utilisation est faible. Si au plan national, 24 % des femmes en âge de procréer l’utilise, à l’Extrême-Nord, la région la plus peuplée du pays, 3,7 % des femmes en font usage.
Objectif : L’étude visait à décrire la perception du planning familial par la population du district de santé de Mokolo.
Méthodologie : Une étude CAP (Connaissances, attitudes et pratiques) et mixte (quantitative et qualitative) à visée descriptive et analytique a été menée dans le district de santé de Mokolo, situé dans la région de l’Extrême-Nord d’octobre 2014 à avril 2015. Un échantillonnage par quotas a été fait. La collecte des données a été menée à l’aide d’un questionnaire administré et d’un guide d’entretien. Le traitement des données quantitatives a été réalisé grâce aux logiciels Epi-Info version 3.5.4 et Microsoft Office Excel 2007. Les données qualitatives ont été collectées et systématiquement transcrites. L’analyse du contenu s’est faite sur la base de la matrice des dimensions et de code couleur. Les données verbales d’observation directe ont été restituées per verbatim.
Résultats : Il a été recruté 240 sujets d’âge variant entre 15 et 49 ans avec une moyenne de 29,78 ±8,63 ans. Plus de la moitié des participants (62,60 %) était en couple (concubinage et marié). La plupart des participants (77,10 %) avaient au plus cinq enfants et près de la moitié (41,70 %) d’entre eux avait le désir d’espacement ou de limitation des naissances.La majorité des sujets (80,42 %) avaient cité au moins une méthode de contraception, mais cette population d’étude avait une connaissance approximative ou mauvaise (71,20 %) sur le planning familial, illustré par exemple de verbatim suivant : « le planning familial c’est, c’est contre les grossesses précoces. » (Femme peu scolarisée).
Bien que la plupart des interrogés (86,30 %) pensaient que le planning familial était important, 13,70 % disait le contraire. Pour eux, le planning familial était source de discrimination sociale (45,50 %), de divorce/séparation (36,40 %). Pour la majorité de l’échantillon, le planning familial était destiné aux personnes mariées, et déclarait que : « si non tu es une fille, ou bien une fille chez ton papa, tu vas faire le planning familial avec qui ? » (Femme scolarisée). Certains sujets interrogés estimaient que le planning familial favorisait la prostitution (8,30 %) et pouvait être utilisé pour l’avortement (6,70 %). Aussi, la moitié des participants (52,90 %) affirmait que les méthodes de contraception nuisaient à la santé de la femme : « quand on avale un produit, de toutes les manières il a un effet sur l’organisme. » (Homme scolarisé). Concernant les valeurs religieuses, 48,10 % des musulmans ont affirmé à tort que l’islam était contre toute méthode de contraception. Les pratiques traditionnelles de contraception les plus citées étaient la séparation après l’accouchement (57,60 %), les potions traditionnelles (26,10 %), « le retournement du ventre » (12,10 %), « le forgeron tape le dos de la femme » (7,90 %).
La majorité de l’échantillon (73,30 %) n’utilisait pas les méthodes modernes de contraception. Les raisons avancées étaient la peur des effets secondaires (38,10 %), les convictions religieuses (33,00 %) et traditionnelles (17,00 %), le refus du conjoint (16,50 %), dont quelques illustrations suivantes, « ils veulent beaucoup des héritiers, (…), au village surtout les enfants c’est une grande richesse, quand tu as beaucoup d’enfants, on te respecte au village » (Femme scolarisée). « Ils sont contre l’espacement, le planning familial, si non ils ont beaucoup des femmes à la maison; c’est pour pondre comme des poulets » (Femme scolarisée). « Ici chez nous, tant que tu as l’argent, il faut accoucher beaucoup d’enfants en pagaille, tu n’as pas tu t’abstiens, c’est ça le planning sauvage qui est appliqué ici. » (Garçon scolarisé). Chez ceux qui pratiquaient le planning familial, c’était l’homme qui prenait la décision dans ¼ des cas. Pour les autres «c’est d’abord la femme et puis elle s’entend avec son mari, s’il refuse tu prends en cachette » (Femme peu scolarisée).
Conclusion: Malgré le besoin réel d’espacer et de limiter les naissances, la population du district de santé de Mokolo possède un faible niveau de compétences en matière de planning familial. Des connaissances approximatives sur les méthodes de contraception modernes entretiennent des attitudes erronées et favorisent l’utilisation des méthodes traditionnelles à l’efficacité non démontrée.
Aussi l’étude suggère t- elle l’intensification de la promotion du planning familial dans le district de santé de Mokolo, en agissant sur les facteurs culturels et en impliquant les acteurs clés de la religion et de la tradition.
ABSTRACT:
Introduction: Cameroon is a country where maternal mortality continues to grow in recent decades from 511 ‰ live births in 1998 to 782 ‰ live births in 2011. Family planning can prevent at least 25 % of these deaths by training couples and individuals on how to space or limit births, avoid unwanted and high-risk pregnancies and abortions. However its utilization rate is low. If at the national level, 24 % of women of childbearing age use it, in the Far North, the most populous region of the country, 3.7 % of women use it.
Objective: This study aimed to describe the perception of family planning by the people of the Mokolo Health District.
Methodology: A KAP (Knowledge, Attitudes and Practices) and a mixed (quantitative and qualitative) descriptive and analytical study were conducted in Mokolo Health District located in the Far North region from October 2014 to April 2015. Quota sampling was done. Data were collected through questionnaire and interview. The analysis of quantitative data was performed using the software Epi-Info version 3.5.4 and Microsoft Office Excel 2007. Qualitative data were collected and systematically transcribed. The content analysis was carried out on the basis of the matrix of the dimensions and colour code. Verbal data from direct observation were returned per verbatim.
Results: There were 240 subjects recruited aged between 15 and 49 years with an age average of 29.78 ± 8.63 years. More than half of the participants (62.60%) were couples (married and cohabiting). Most participants (77.10%) had more than five children and almost half (41.70%) of them had the desire to space out or limit births.
The majority of subjects studied (80.42 %) were able to list at least one method of contraception, but they had insufficient or poor knowledge (71.20 %) on family planning. Their level of knowledge was illustrated for instance by the following verbatim: « le planning familial c’est, c’est contre les grossesses précoces » (Under educated woman).
Although most of the respondents (86.30 %) believed that family planning was important, 13.70 % said the opposite. For them, family planning was a source of social discrimination (45.50 %), divorce / separation (36.40 %). The majority of the subjects considered family planning for married people and thought that: « si non tu es une fille, ou bien une fille chez ton papa, tu vas faire le planning familial avec qui? » (Educated women). Some interviewees felt that family planning promoted prostitution (8.30 %) and could be used for abortion (6.70 %). Also, half of the participants (52.90 %) stated that contraceptive methods impacted the health of the woman: « quand on avale un produit, de toutes les manières il a un effet sur l’organisme » (Educated man). Following religious values, 48.10 % of muslins wrongly declared that, Islam was against any method of contraception. Most traditional practices of contraception stated in the studied population were separated after delivery (57.60 %), traditional potions (26.10 %), «the reversal of the woman’s belly » (12.10 %), and« the blacksmith hits the back of the woman » (7.90 %).
The majority of the studied population (73.30%) did not practice family planning. The reasons given for this were fear of side effects (38.10%), religious (33.00%) and traditional (17.00%) beliefs, refusal of spouses (16.50%). %) illustrated as follows « ils veulent beaucoup des héritiers, (…), au village surtout les enfants c’est une grande richesse, quand tu as beaucoup d’enfants, on te respecte au village » (Educated woman), « ils sont contre l’espacement, le planning familial, sinon ils ont beaucoup des femmes à la maison ; c’est pour pondre comme les poulets » (Educated woman), « ici chez nous, tant que tu as l’argent, il faut accoucher beaucoup d’enfants en pagaille, tu n’as pas tu t’abstiens, c’est ça le planning sauvage qui est appliqué ici » (Educated young man). In ¼ of cases among those who practiced family planning, man was the decision maker. For others «c’est d’abord la femme et puis elle s’entend avec son mari, s’il refuse tu prends en cachette » (Under educated woman).
Conclusion: Despite the real need to space out and limit births, the population of the Mokolo Health District has a low level of skills in family planning. Approximate knowledge of modern contraceptive methods maintains wrong attitudes and promoting the use of traditional methods at the unproven efficacy.
The study suggests the intensified promotion of family planning in the Mokolo Health District, acting on cultural factors and involving key players of religion and tradition.

Subject & Coverage

Subject Planning familial; Représentations;Mokolo.
Geographic Coverage Mokolo; Cameroun
Chronological Coverage Octobre 2014- Avril 2015
Sample Coverage Homme et femme de 15 à 49 ans.
Methodology Etude CAP;quantitative etqualitative.