Profil épidémiologique de la maladie rénale chronique chez les membres de famille des patients en stade terminal à l'Hôpital Général de Yaoundé

TEMGOUA NGOU MAZOU
Internal medecine, University of Yaounde I
September, 2014
 

Abstract

Contexte : L’antécédent familial de la maladie rénale chronique est reconnu comme un des facteurs de risque classiques de cette affection. En effet plusieurs études en occident ont montré que 14 à 40% des membres de famille de patients en hémodialyse chronique étaient atteints. Ceci a été attribué à des facteurs environnementaux et génétiques. Les habitudes de vie communes des membres de famille expliquent l’agglomération de nombreux facteurs de risque de la maladie rénale chronique au sein des familles. De même, l’hérédité joue un rôle majeur dans le développement de l’hypertension artérielle et du diabète qui sont connus comme étant les principaux facteurs de risque de la maladie rénale chronique. Au Cameroun comme dans le monde entier, le nombre de patients en hémodialyse chronique est croissant et ceci est corrélé avec l’augmentation de l’incidence de l’hypertension artérielle et du diabète. Vu le coût de la prise en charge de ces malades, la morbidité et la mortalité qui sont élevées, il est nécessaire d’identifier les groupes à risque afin de mettre sur pieds des mesures préventives bénéfiques et à moindre coût.
Objectifs : Il s’agissait de déterminer le profil épidémiologique de la maladie rénale chronique chez les membres de famille des patients en stade terminal à l’Hôpital Général de Yaoundé, à travers : (i) la prévalence de la maladie chez les consanguins et conjoints, (ii) les facteurs de risque classiques dans cette population et (iii) la relation entre les facteurs de risque chez les membres de famille et les étiologies de la maladie rénale chronique chez les patients.
Méthodologie : Nous avons mené une étude transversale descriptive et analytique dans deux groupes de personnes, du 15 décembre 2013 au 15 Avril 2014. Le premier groupe était constitué des membres de familles de patients hémodialysés chroniques de l’Hôpital Général de Yaoundé, et on y retrouvait des consanguins et conjoints, ces derniers ayant été inclus dans l’étude pour rechercher les facteurs de risque environnementaux. Les familles avec maladies rénales héréditaires telle que la polykystose rénale, et les femmes enceintes étaient exclus. Le deuxième groupe était celui des témoins de l’étude, il s’agissait de personnes qui n’avaient pas dans leur entourage un patient atteint de maladie rénale chronique. Ceux-ci ont été recrutés par le biais d’une campagne de dépistage de la maladie rénale chronique, notamment dans les quartiers Ekounou et Ngoa-Ekelé de Yaoundé. Les autorisations administratives ainsi que le consentement des participants ont été obtenus avant leur recrutement. Les données cliniques et biologiques nécessaires ont été collectées chez ces derniers. La pression artérielle était vérifiée le lendemain en cas de valeur élevée, le dosage de la protéinurie était réalisé avec des échantillons d’urines aléatoires et répétés à un et à trois mois, la glycémie était réalisée à jeun et répétée 48 heures après lors des anomalies, le dosage sérique de la créatinine a été effectué dans un laboratoire de la place « PRIMA ». Nous avons analysé les données à l’aide des logiciels CSPro version 4.1 et SPSS version 18. L’analyse des variables s’est faite à l’aide des tests de Chi² et de Fisher selon les besoins. Le seuil de significativité a été fixé à une valeur p<0,05.
Résultats : Au total nous avons recrutés 92 membres de famille de 40 patients hémodialysés chroniques. Le nombre moyen de membres par famille était de 2,4±1,9 avec des extrêmes de 1 à 11. L’âge moyen dans ce groupe était de 38, 39± 14,85 ans. Parmi les membres de famille, 13% étaient des parents (n= 12), 11% des conjoints (n= 10), 38% des frères et sœurs (n= 35), 38% des enfants (n= 35). Le groupe témoin constitué de 75 personnes, était comparable à celui des membres de famille sauf pour leur niveau d’instruction et le revenu mensuel. Nous avons retrouvé une prévalence de la maladie rénale chronique de 14,13% chez les membres de famille et cette valeur était similaire à celle du groupe témoin de 14,7% (p= 0,94). Les consanguins étaient atteints dans 15,8% des cas, tandis que tous les conjoints étaient indemnes. La prévalence des facteurs de risque était presque similaire à celle retrouvée dans le groupe témoin (60,8% vs 61, 3, p=0,95). Les principaux facteurs de risque étaient: L’hypertension artérielle (30%), la consommation d’herbes médicinales (22%), l’obésité (18%) et la consommation d’analgésiques/AINS (15%). La consommation d’herbes médicinales était statistiquement plus élevée chez les membres de familles par rapport au groupe témoin (p=0,01, OR=4), alors que l’obésité était plus retrouvée dans le groupe témoin (p=0,003, OR=0,33). Les consanguins avaient une fréquence plus élevée des facteurs de risque par rapport aux conjoints. Le facteur de risque retrouvé chez le membre de famille n’était pas prédictif de l’étiologie de la maladie rénale chronique du patient correspondant.
Conclusion : La prévalence de la maladie rénale chronique et des facteurs de risque classiques, est autant élevée chez les consanguins des patients hémodialysés chroniques, que dans un groupe témoin à haut risque de la maladie rénale chronique. Cette étude suggère une éducation préventive des membres de famille des patients hémodialysés chroniques sur les facteurs de risque de la maladie rénale chronique.
Mots clés : Maladie rénale chronique, Famille de patients, exposition.


********************************************************************************************