Complications rythmiques de la chirurgie cardiaque en postopératoire précocze chez l'enfant au Cardiac Center Shisong

Nelly Stella ATEBA ATEBA (nellystella@yahoo.fr)
cardiology, Faculty of medicine and biomedical sciences
September, 2014
 

Abstract

Introduction et objectifs : La chirurgie cardiaque a connu une importante évolution durant les cinquante dernières années. Elle a révolutionné l’histoire naturelle des cardiopathies congénitales, et constitue la principale modalité thérapeutique curative des valvulopathies acquises à un stade avancé ou chez les patients symptomatiques. Les arythmies postopératoires précoces représentent une complication reconnue après une chirurgie cardiaque, bien qu’elles soient transitoires et traitables dans la plupart des cas. Elles atteignent aussi bien les adultes que les enfants. Les données concernant la chirurgie cardiaque pédiatrique sont rares en Afrique noire et au Cameroun, et sont issues en majorité des pays développés.
Cette étude avait pour objectif général de déterminer les caractéristiques des arythmies en postopératoire précoce de la chirurgie cardiaque de l’enfant ainsi que les facteurs associés à leur survenue. De façon plus spécifique, il s’agissait d’établir le profil démographique et clinique de notre population, d’évaluer la fréquence des arythmies en postopératoire précoce, de caractériser les types d’arythmie rencontrés, de déterminer les facteurs associés aux arythmies et de décrire leur prise en charge.

Méthodologie : Nous avons mené une étude rétrospective. Elle s’est déroulée au Cardiac Center of the St Elizabeth General Hospital Shisong. Les critères d’inclusion à satisfaire étaient : avoir bénéficié d’une intervention de chirurgie cardiaque quelle qu’en soit l’indication, être âgé de 18 ans au plus au moment de l’intervention et avoir un dossier médical complet. Etaient exclus, les patients ayant un antécédent d’arythmie en préopératoire, sous traitement anti-arythmique en préopératoire, sous stimulation cardiaque à l’entrée en unité de soins intensifs et ceux qui étaient décédés sans association avec un épisode arythmique. Nous avons procédé à un échantillonnage consécutif. Les données ont été recueillies à partir de fiches techniques préalablement établies. Notre travail a consisté dans un premier temps à décrire les caractéristiques de notre population. Les variables quantitatives ont été décrites par leur effectif, leur moyenne ou leur médiane ; les variables qualitatives par des proportions. Ensuite, nous avons réalisé une analyse bivariée à l’aide du test de Chi², à la recherche des facteurs associés aux arythmies. Enfin, une analyse multivariée a été faite afin d’en déterminer les facteurs de risque. Un seuil p < 0,05 était considéré comme statistiquement significatif.

Résultats : A la fin de l’application de nos critères d’inclusion et d’exclusion, un total de 150 patients a été retenu. Notre population était âgée en moyenne de 6,5±5,7 ans et constituée majoritairement de garçons, avec un sexe ratio de 1 :85. Parmi les patients inclus, 108 (72%) ont été opérés de cardiopathies congénitales, 41 (27,3%) de cardiopathies acquises et 1 patient (0,7%) des deux pathologies. Au moins une arythmie postopératoire est survenue chez 53 patients, soit une fréquence relative de 35,3%. La tachycardie supra-ventriculaire (TSV) était la plus fréquemment retrouvée avec 31,6%. Elle était suivie de la bradycardie sinusale (BS) avec 17,5%, de la tachycardie sinusale (TS) avec 15,8% et de la tachycardie jonctionnelle ectopique (JET) avec 14%. Les arythmies survenaient principalement dans les premières 24 heures postopératoires (60,4%) et avaient un retentissement hémodynamique dans 52,9% des cas. Les interventions les plus sujettes aux arythmies étaient la réparation de canal atrio-ventriculaire (CAV) (75%) et la chirurgie des valves mitrale et tricuspide (54%). Une prise en charge spécifique a été faite pour 65% (37/57) des arythmies. Les principales modalités étaient la médication à visée anti-arythmique (27/37) et la stimulation cardiaque (16/37). La mortalité associée à un trouble du rythme était de 2%. L’analyse multivariée a relevé que le faible poids, la chirurgie à cœur ouvert et le support inotropique à forte dose représentaient les facteurs de risque significatifs des arythmies en période postopératoire précoce.

Conclusion : Les arythmies postopératoires précoces sont fréquentes et représentent une cause importante de morbidité après la chirurgie cardiaque pédiatrique. La tachycardie supra-ventriculaire est le trouble du rythme le plus retrouvé. Les patients dont le poids se situait entre 5 et 9 kg, bénéficiant d’une intervention de chirurgie à cœur ouvert et sous un support inotropique à forte dose sont à risque de développer des arythmies postopératoires précoces. La médication anti-arythmique et la stimulation cardiaque constituent les principaux moyens thérapeutiques.


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