Aspects cliniques et paracliniques du rachitisme carentiel au Centre National de Réhabilitation des Personnes Handicapées de Yaoundé

Yolande Sihom Nguidom
pediatrics, Faculty of Medicine and Biomedical Sciences, UYI
June, 2014
 

Abstract

Introduction
Le rachitisme carentiel est défini comme un défaut de la minéralisation du squelette en croissance. Dans les pays en voie de développement, le rachitisme carentiel continue d’être une maladie répandue en raison de l’absence de supplémentation en vitamine D et des habitudes limitant l’exposition des enfants au soleil. Le nombre d’enfants atteints de cette pathologie ne cesse de croitre dans notre milieu pourtant ensoleillé. Nous avons observé que de nombreux enfants viennent consulter au Centre National de Réhabilitation des Personnes Handicapées pour des déformations osseuses et un retard à la marche dont une des étiologies retrouvée est le rachitisme carentiel. Devant ce constat, nous nous sommes proposé de décrire les aspects cliniques et paracliniques du rachitisme. Plus spécifiquement il s’agissait de rechercher les facteurs favorisants et de décrire les aspects cliniques et paracliniques ainsi que les complications.

Matériels et méthodes
Nous avons mené une étude transversale et descriptive de Novembre 2013 à Mai 2014. Ont été inclus tous les enfants venant consulter au Centre National de Réhabilitation des Personnes Handicapées chez qui le diagnostic positif de rachitisme avait été retenu sur la base des arguments cliniques et paracliniques. Ont été exclu de notre étude les enfants dont l’âge n’était pas précisé, les enfants qui avaient un rachitisme secondaire, les enfants n’ayant pas de bilans paracliniques pour étayer le diagnostic et les enfants chez qui on n’aura pas obtenu le consentement éclairé du parent. Les variables étudiées chez les enfants étaient l’âge, le sexe, le rang dans la fratrie, la région d’origine, le motif de consultation, le type d’alimentation, la supplémentation en vitamine D, l’âge gestationnel, les signes cliniques et paracliniques du rachitisme carentiel. Les variables recueillies chez les parents étaient l’âge, le niveau d’instruction, la profession, le statut matrimonial et le revenu familial mensuel. Les données ont été analysées à l’aide du logiciel Epi Info version 3.5.4 et Microsoft Office Excel 2010.

Résultats
42 enfants âgés de 12 à 60 mois et répondant à nos critères d’inclusion ont été retenus pendant la période d’étude.
L’âge moyen des enfants était de 30,19±11,76 mois. La tranche d’âge la plus représentée était celle de 12-23 mois. 59,5% des patients étaient de sexe masculin. Les principaux motifs de consultation étaient les déformations osseuses et le retard à la marche avec respectivement 88,10% et 61,90%. 57,10% des ménages trouvaient nécessaire d’allumer en journée à cause du faible éclairage. La moyenne de la période de début d’exposition au soleil était de 9,57±3,79 mois. Les facteurs favorisants retrouvés dans notre étude étaient la prématurité, le faible poids de naissance, l’absence de supplémentation en vitamine D, l’allaitement maternel exclusif et l’exposition tardive au soleil.
Sur le plan clinique, 81% des enfants avaient une insuffisance pondérale et 97,6% un retard de croissance staturale. Les nouures épiphysaires étaient présentes chez tous les enfants. Les déformations des membres inférieurs et le chapelet costal suivaient respectivement avec 97,60% et 85,70%. Les signes musculo-ligamentaires étaient également retrouvés avec 66,70% des enfants présentant une distension abdominale et 61,90% des enfants avec un retard à la marche.
Sur le plan paraclinique, la déminéralisation osseuse était le signe radiologique constant suivi des épines latérales et l’élargissement de la métaphyse. Les phosphatases alcalines étaient élevées chez tous les enfants. 50% des enfants avaient une hypocalcémie. L’hypophosphorémie et la phosphorémie normale étaient retrouvés chez 38,10% des enfants. La calciurie était basse chez tous les sujets. Le stade III de la classification de Fraser était le plus retrouvé avec 33,33% des patients à ce stade.

Conclusion
Le rachitisme carentiel demeure une maladie courante. Les principaux signes cliniques retrouvés étaient les nouures épiphysaires, les déformations osseuses, la distension abdominale et le retard à la marche. Sur le plan radiologique, la déminéralisation osseuse était le signe constamment retrouvé. Les phosphatases alcalines étaient élevées chez tous les enfants. 50% des enfants avaient une hypocalcémie. L’hypophosphorémie était trouvé chez 38,10% des enfants. La calciurie était basse chez tous les enfants.


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