Complications buccales chimio-induites chez les patients traités pour cancer à l’Hôpital Général de Yaoundé

François Ghislain EYIMI ABESSOLO (fernandezghislain0@gmail.com)
ORL-Stomatologie, Université de Yaoundé 1
June, 2014
 

Abstract

1. Introduction
De nos jours, trois thérapies anticancéreuses sont les plus utilisées: la chirurgie, la radiothérapie, et la chimiothérapie. Cette dernière modalité, à cause de sa non spécificité envers les cellules néoplasiques, occasionne de nombreuses complications parmi lesquelles les complications buccales. On estime qu’environ 40% des patients sous chimiothérapie développent une complication buccale. Cette prévalence peut aller jusqu’à 76% dans les hémopathies malignes. Dans le but d’améliorer la qualité de vie des patients sous chimiothérapie et de leurs éviter les dépenses supplémentaires liées à la prise en charge de ces complications, nous nous sommes proposés de mener une étude portant sur les complications buccales chimio-induites chez les patients traités pour cancer à l’Hôpital Général de Yaoundé. Dans cette étude, nos objectifs étaient de déterminer la prévalence, la fréquence et le délai moyen de ces complications. En parallèle, l’association de ces complications avec quelques facteurs de risque a été évaluée.

2. Méthodologie
Nous avons mené sur une période de 06 mois au service d’oncologie de l’HGY une étude descriptive prospective. Notre échantillon était consécutif non probabiliste. Les patients sélectionnés (1 dossier=1 patient), après avoir reçus leurs cures de chimiothérapie, étaient consultés au 10ème jour pour identifier les complications apparues. L’analyse des données recueillies s’est faite par le logiciel EPI INFO version 7.1.3.10. Lorsqu’un test statistique était nécessaire, une valeur de p<0,05 était considérée comme statistiquement significative.

3. Résultats
Dans cette étude, 95 patients dont 37,89% d’hommes et 62,11% de femmes étaient inclus. L’âge moyen était de 46,22 ans±13. Les tumeurs épithéliales étaient les plus fréquentes avec 62,11%. Le protocole de chimiothérapie le plus administré était celui à base d’adriblastine (63,16%). Dans cet échantillon, 38 patients ont présentés des toxicités buccales soit une prévalence de 40%. Et, au sein de ces 38 patients, quatre types de toxicité ont été rencontrés : la mucite (44,74%), la xérostomie (26,32%), la dysgueusie (23,68%), et la candidose (5,26%).
Ces complications avaient tendance à être fréquentes dans le sexe féminin (57,89% ; p>0,05), dans la tranche d’âge de 30 ans à 40 ans (28,95% ; p>0,05), chez les patients avec tumeurs épithéliales (52,63% ; p>0,05) et chez les patients traités par protocole à base d’adriblastine (65,79% ; p>0,05). Ces toxicités buccales, associées au jeune âge (p=0,025), survenaient après un délai moyen de 8 jours. Une association entre le mauvais état bucco-dentaire et la survenue de la mucite d’une part (p=0,049 ; OR=3,27 IC= [1,09-9,80]), et entre la survenue de cette dernière et la séropositivité au VIH d’autre part (OR=4,78 ; IC= [1,39-16,41] ; p=0,01) a aussi été observée.

4. Conclusion
Les complications buccales chimio-induites sont une réalité au Cameroun. Leur prévalence est de 40%. Elles apparaissent après en moyenne 8 jours et sont associées au jeune âge. Il existe divers types de toxicité la xérostomie, la dysgueusie, la candidose buccale, et la mucite qui serait associée au mauvais état bucco-dentaire et à la séropositivité au VIH.


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