Connaissance, Attitudes et pratiques des professionnels de santé sur la notification en pharmacovigilance

Christian DJOUSSE NGNIMPA (chrisdn23@yahoo.fr)
Pharmacotoxicologie/Pharmacocinétique, Yaoundé 1
June, 2014
 

Abstract

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la Pharmacovigilance comme la science ou l’ensemble d’activités relatives à la détection, l’évaluation, la compréhension et la prévention des risques d’effets indésirables (EI) ou de tout autre problème lié aux médicaments. En effet, l’utilisation des médicaments expose à un certain nombre de risques parmi lesquels les effets indésirables. Ces effets indésirables sont responsables d’une morbidité et d’une mortalité importante. Dans le but de mieux gérer ces EI, les systèmes de santé ont optés pour la surveillance postmarketing ou pharmacovigilance. Cependant, les systèmes de pharmacovigilance des pays font face à la sous notification qui l’empêche de jouer pleinement son rôle. La cause de ce faible taux de notification est le plus souvent le manque d’information, conséquence d’une formation insuffisante des professionnels de la santé chargés de cette notification. C’est pourquoi nous avons mené une étude des Connaissance des Attitudes et des Pratiques (CAP) en vue de contribuer à l’amélioration de la notification à travers l’identification des besoins éducationnels des notificateurs.

Méthodologie
Il s’agissait d’une étude transversale descriptive qui s’est déroulée à l’Hôpital Central de Yaoundé, au Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé, à l’Hôpital de District d’Efoulan et dans quelques officines du département du Mfoundi. Les hôpitaux ont été choisis de manière à ce que chaque niveau de la pyramide sanitaire soit représenté. L’enquête s’est faite à l’aide d’un questionnaire auto-administrable pré-testé. Nous avons utilisé le test de chi carré pour mesurer la dépendance entre les variables.

Résultats
Un total de 188 professionnels de santé dont 50 (26,6%) médecins, 14(7,4%) pharmaciens, 2(1,1%) dentistes, 112 (59,6%) infirmiers et 10 (5,4%) sages-femmes a été enrôlé dans l’étude. Le sexe ratio homme/femme était de 3:7.
Quarante sept pour cent des praticiens étaient au courant de l’activité de notification des EIM au Cameroun. Quarante un pourcent des PS connaissaient l’existence du CNPV. Cinquante six pour cent des infirmiers et quarante pour cent de sages femmes n’avaient pas connaissance du système de notification des Evènements Indésirables Médicamenteux.
Le score de connaissances des 4/5 (78,2%) des PS de notre échantillon était faible avec 45 sujets/188 qui présentaient un niveau de connaissance très faible. Les pharmaciens présentaient un assez bon score moyen de connaissance (10,57/20). Il y avait une différence statistiquement significative entre le niveau de connaissances des pharmaciens d’une part et celui des autres PS d’autre part (valeur p = 0,021). Par contre il n’existait pas de différence statistiquement significative entre les PS exerçant dans les structures différentes ou de sexes différents.
Quatre vingt quatorze pour cent des répondants ont reconnu que la notification des EIM est nécessaire. Neuf praticiens sur dix (91%) pensent que cette activité doit être obligatoire. La majorité des PS interrogés souhaiteraient, s’ils arrivaient à notifier un EIM, recevoir du CNPV la conduite à tenir (62,8%) et/ou recevoir plus de détails sur l’évènement indésirable notifié (39,9%).
Cent cinquante cinq participants sur cent quatre vingt huit (155/188) avaient déjà été confrontés aux EI, mais seuls 38,1% (59/155) affirmaient avoir notifié l’effet indésirable diagnostiqué. Seules 1,7% (1/59) des notifications étaient faites au CNPV. L’absence de la fiche de notification des effets indésirables (70,4%) et l’ignorance du type d’EI à notifier (24,8%) étaient les principales raisons de non-notification données par les praticiens.

Conclusion : Les CAP des participants en notification des EIM était faibles. Le taux de notification des EIM était de 0,65%. La nécessité d’une formation continue des PS dans le domaine de la pharmacovigilance et une meilleure organisation du CNPV semblent être les points importants selon cette étude.


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