Corrélation radiologique et anatomopathologique dans le diagnostic des tumeurs odontogènes

Félicité Dorise FOE NOAH (foedoris@yahoo.fr)
odonto-stomatologie, université de Yaoundé 1
June, 2014
 

Abstract

INTRODUCTION
Les tumeurs odontogènes sont des tumeurs issues des tissus embryonnaires de l’organe dentaire. La littérature révèle uniquement leurs aspects anatomopathologiques, et sémiologiques radiologiques. Le diagnostic de ces lésions se heurte à des difficultés vue leurs similitudes cliniques, radiologiques et parfois anatomopathologiques. L’hypothèse selon laquelle il serait possible de prédire un type histologique à partir de ses signes radiologiques nous a permis de nous fixer comme objectif, d’établir la corrélation entre les aspects anatomopathologiques et les aspects sémiologiques radiologiques des tumeurs odontogènes. Pour le faire, nous avons d’abord déterminé les données socio-démographiques de notre série de cas. Ensuite, nous avons déterminé leur profil histologique et leurs aspects sémiologiques radiologiques et enfin nous avons corrélé ces aspects sémiologiques radiologiques et les types histologiques rencontrés.

MÉTHODOLOGIE
Nous avons mené une étude d’observation de type corrélationnelle à visée diagnostique. L’étude a duré neuf mois. Elle a concerné les dossiers médicaux vus sur une période de sept ans allant du 1er Janvier 2007 au 31 Mars 2014. Ces dossiers provenaient des services d’odontostomatologie et d’ORL du Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé. Les dossiers médicaux inclus dans l’étude possédaient soit le cliché radiologique soit le compte rendu radiologique et les résultats anatomopathologiques. Leur choix s’est fait de manière consécutive. La distribution de la population en fonction de l’âge et du genre a été évaluée. Les fréquences des types histologiques et des signes radiologiques sur la population ont été calculées. Les valeurs-p des signes radiologiques dans le diagnostic de l’améloblastome et de la tumeur odontogénique kératokystique ont été déterminé. Pour chacun de ces signes ayant une valeur-p supérieur à 0,005, nous avons déterminé : la sensibilité, la spécificité, les valeurs prédictives positives et négatives. Le traitement de ces données s’est effectué avec les logiciels de statistiques CS. Pro 4.0, SPSS 20, Excel version 2007.




RÉSULTATS
Nous avons retrouvé 50 cas de tumeurs odontogènes. L’âge moyen a été de 36,3 + /- 2,7 ans compris entre cinq ans et 78 ans. Le sexe ratio a été de 0,8/1 en faveur des femmes. Les sept types histologiques recensés ont été : l’améloblastome dans 78% de cas (39 cas) , la tumeur odontogénique kératokystique dans 8% de cas (4 cas), le fibrome améloblastique dans 4% de cas (2 cas), l’odontome complexe dans 4% de cas (2 cas), le cémentoblastome bénin dans 2% de cas (1 cas), la tumeur odontogénique épithéliale calcifiée dans 2% de cas (1 cas) et le carcinome améloblastique de type secondaire dans 2% de cas (1 cas).
Nous avons déterminé les signes radiologiques de l’améloblastome et de la tumeur odontogénique kératokystique. Les cas d’améloblastome ont présenté une ostéolyse sans ostéocondensation périphérique (66,6 %), une matrice osseuse en plage de densification nuageuse (89,7%), un contenu hétérogène (87,1%), une image polycyclique (89,7%), une image multiloculaire (84,6%) et une corticale conservée dans 46,1% des cas. Les rhizalyses et les déplacements dentaires étaient autant présents dans 51,2% des cas. La lésion atteignait la symphyse dans 28 cas (71,7%) et la branche horizontale dans 23 cas (46 %). Les cas de tumeur odontogénique kératokystique ont présenté une ostéolyse géographique avec autant de cas sans ostéocondensation périphérique (50%) que de cas avec ostéocondensation périphérique (50%). Les matrices osseuses se présentaient en verre dépoli (50%) et en plage de densification nuageuse (50%). Une corticale conservée et une corticale réduite étaient pareillement retrouvées dans 50% de cas. Tous les cas avaient une image polycyclique et les images multiloculaires et uniloculaires étaient pareillement retrouvées dans 50% de cas. Le contenu était homogène dans 50% de cas et également hétérogène dans 50% de cas. Les dents refoulées et les rhizalyses étaient pareillement présentes dans 75% de cas. Les lésions atteignaient la branche horizontale de la mandibule dans les quatre cas recensés.
La matrice osseuse en plage de densification nuageuse était le signe radiologique ayant une valeur-p de 0,004 < 0,005 dans le diagnostic de l’améloblastome. Ainsi, elle a revélé une valeur prédictive positive de 87,5% et une valeur prédictive négative de 60%.




CONCLUSION
En définitive, nous pouvons prédire l’améloblastome à partir de leurs aspects radiologiques. Par contre, nous ne pouvons pas le faire pour les autres types histologiques car, la corrélation radiologique et anatomopathologique de ces tumeurs n’a pas pu être établie du fais de leur faible fréquence dans l’étude. Par conséquent, nous recommandons d’une part aux praticiens d’odontostomatologie, d’ORL et de radiologie, de tenir compte des valeurs prédictives de l’améloblastome lors de leur proposition diagnostique et d’autre part aux chefs services des hôpitaux, de conserver les dossiers médicaux avec les radiographies pour permettre la réalisation des études similaires.


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