Evaluation de la réponse aux protocoles antiémétiques prescrits au cours de la chimiothérapie à l'Hôpital Général de Yaoundé

David Donald SAME (samedaviddonald@yahoo.fr)
Médecne Interne et Spécialités, Université de Yaoundé 1
June, 2014
 

Abstract

INTRODUCTION ET OBJECTIFS
Les nausées et vomissements chimio induits (NVCI) sont l’un des effets indésirables les plus redoutés par les patients malgré l’évolution de la thérapeutique antiémétique. Leur mauvais contrôle a un impact majeur sur la qualité de vie des patients. Cela peut même imposer le refus ou le report du traitement. Il est donc nécessaire d’adopter une stratégie pour leur prise en charge. C’est dans cette optique que plusieurs recommandations ont été émises par des sociétés savantes pour l’utilisation des antiémétiques. Ces recommandations rendent possible la maîtrise de 90% des vomissements aigus et de 81% des vomissements retardés pour une chimiothérapie hautement émétisante avec cisplatine. De plus, on peut aussi contrôler 88% des vomissements aigus et 81% des vomissements retardés pour une chimiothérapie avec association d’anthracyclines et de cyclophosphamide, 20 à 30% des vomissements aigus et retardés pour une chimiothérapie à haute dose sur plusieurs jours (sans inhibiteur de substance P). Nous n’avons pas retrouvé d’étude évaluant le contrôle des NVCI au Cameroun où la chimiothérapie est pratiquée depuis 20 ans, raison pour laquelle nous avons mené cette étude évaluant la réponse complète aux protocoles antiémétiques prescrits au cours de la chimiothérapie à l’Hôpital général de Yaoundé et le contrôle complet des NVCI.
MATERIEL ET METHODES
Sur une période de 3 mois, nous avons mené une étude descriptive et prospective au service d’oncologie médicale de l’Hôpital Général de Yaoundé. Nous avons recruté consécutivement tous les patients admis pour leur toute première cure de chimiothérapie. Tous les patients inclus dans l’étude ont reçu un agenda des nausées et vomissements dans lequel il reportait le nombre de vomissements et l’intensité des nausées ressenties jusqu’à 120 heures après la fin de l’administration de la chimiothérapie. Le suivi du remplissage de cet agenda était effectué quotidiennement au chevet du malade pour les patients hospitalisés dans le service. Les patients ambulatoires après leur cure de chimiothérapie étaient appelés quotidiennement jusqu’à 5 jours après la fin de la chimiothérapie pour leur rappeler de remplir l’agenda des nausées et vomissements. Les données recueillies ont été analysées à l’aide du logiciel Epi Info 7 et les figures ont été réalisées avec le logiciel Microsoft Office Excel 2007. Le test statistique utilisé était le test exact de Fisher et une valeur-p < 0,05 était considérée comme statistiquement significative.
RESULTATS
Nous avons inclus 39 patients parmi lesquels 19 hommes et 20 femmes ; l’âge moyen était de 43,87 ans ± 13,54 ans. Les cancers les plus représentés étaient par ordre décroissant d’effectifs le cancer du sein, le sarcome de Kaposi et le lymphome non Hodgkinien. Parmi les protocoles de chimiothérapie prescrits 31 étaient hautement émétisants et 8 moyennement émétisants. Les protocoles antiémétiques prescrits étaient essentiellement à base de benzamides (alizapride et lévosulpiride), de anti-5HT3 (ondansétron) et de corticoïdes (métylprednisolone, béthaméthasone et prednisolone). Les antiémétiques les plus utilisés étaient les benzamides et les anti-5HT3. Le seul critère pris en compte lors de la prescription de la prophylaxie antiémétique était le protocole de chimiothérapie. Le contrôle complet des NVCI était de 38,46% et la réponse complète de 48,72%. Les facteurs exposants à la survenue de nausées identifiés étaient un âge inférieur à 40 ans (OR : 5,63 ; IC95 [1,25 ; 25,29] ; p=0,02) et une chimiothérapie hautement émétisante (OR : 6,30 ; IC95 [1,07 ; 36,93] ; p=0,045). Le facteur protecteur de nausées serait des habitus alcoolo-tabagiques (OR : 0,07 ; IC95 [0,008 ; 0,715] ; p=0,013). Pour les vomissements, le facteur d’exposition serait la survenue de nausées (OR : 71,250 ; IC95 [7,19 ; 706,08] ; p<<0,05) après l’administration de la chimiothérapie et le facteur protecteur des habitus alcoolo-tabagiques (OR : 0,11 ; IC95 [0,12 ; 1,06] ; p=0,04). Le contrôle complet des NVCI aigus était de 71,79% pour une réponse complète de 82,05%. Le contrôle complet des NVCI retardés était de 41,03% pour une réponse complète de 48,72%. Le contrôle complet (pas de nausées, pas de vomissements, pas de thérapie de secours) des NVCI et la réponse complète (pas de vomissements, pas de thérapie de secours) était respectivement de 52,63% et 63,16% chez les hommes et 25% et 35% chez les femmes mais ces différences n’étaient pas statistiquement significatives.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Le contrôle complet des NVCI aigus et la réponse complète à la phase aiguë dans notre étude se rapprochent des données de la littérature malgré le fait que les protocoles antiémétiques utilisés ne soient pas les mêmes. Le contrôle complet des NVCI retardés et la réponse complète à la phase retardée restent modestes. Ainsi, nous recommandons l’utilisation du palonosétron, un anti-5HT3 de seconde génération qui est très puissant, très sélectif avec une demi-vie plus grande, l’ajout d’un inhibiteur de substance P dans la prophylaxie antiémétique pour la phase retardée, de prendre en compte les facteurs de risque de NVCI liés au patient lors de la prescription de la prophylaxie antiémétique afin d’obtenir un meilleur contrôle complet des NVCI, de doter le service d’oncologie médicale d’un pharmacien clinicien en oncologie et de promouvoir la formation des pharmaciens cliniciens afin de rendre possible les soins pharmaceutiques, l’optimisation des traitements et la prise en charge de l’iatrogénie médicamenteuse.


********************************************************************************************