Enquête épidémiologique sur la tungose chez les écoliers des districts de santé de Mbouda et de Bangangté

TOUBUE Jean brice
Microbiology, Faculty of Medicine, University of Yaounde 1
October, 2014
 

Abstract

RESUME

Introduction :
La tungose est une maladie parasitaire de la peau causée par Tunga penetrans qui sévit dans les communautés rurales défavorisées d’Amérique latine, des caraïbes et d’Afrique sub Saharienne. Sa prévalence est élevée en zones endémiques et la sévérité des complications liées à la pathologie est un phénomène fréquent. Pourtant, elle reste une affection tropicale négligée nécessitant encore plus de données épidémiologiques en Afrique.

Méthodologie :
Nous avons menés en saison sèche (période de prédilection de l’affection) une étude transversale descriptive chez 676 écoliers de 7 écoles primaires situées dans 2 aires de santés en milieu rural des DDS de Mbouda et Bangangté (Ouest-Cameroun). Les participants étaient examinés cliniquement pour rechercher la présence des lésions dues à la tungose. La localisation, le nombre et le stade des lésions, ainsi que les signes et symptômes associés étaient documentés. Un questionnaire structuré était administré aux écoliers pour collecter des données concernant : l’étude de la population, l’identification des facteurs socio démographiques et environnementaux associés à la survenue de l’affection, et enfin, les connaissances-attitudes et pratiques des écoliers vis-à-vis de la tungose.
Résultats :
Notre population d’étude était constituée de 55% de garçons et 45% de filles, avec une moyenne d’âge de 8,54 + 1,69 ans. La prévalence de la tungose dans notre étude était de 68,3%.
La moyenne des lésions par individus affectés était de 2,74+3,74. Le sexe masculin (p=0,0008) et le niveau scolaire bas (p=0,04) étaient associés à un nombre de lésions élevée.
La région péri unguéale des orteils était la localisation préférentielle des lésions (53,1%). Le prurit était la trouvaille clinique la plus rencontrée dans la population (67,98%). La déformation des ongles des orteils était la principale séquelle retrouvée (44,60%). Les lésions suspectes de surinfection étaient présentes chez 3,95% d’individus. Des 1270 lésions rencontrées, 760 (59,84%) étaient aux stades de lésions résiduelles contre 510 (40,15%) aux stades de lésions récentes. Dans 39,96% de cas, les lésions étaient visiblement manipulées.
Les connaissances des écoliers sur les possibles causes de la maladie étaient justes chez 55,76% des écoliers. Le port de chaussures fermées était fréquent (64,94%). L’auto-traitement à l’aide d’objets pointus (bambous aiguisés+++) était la méthode de traitement la plus rencontrée (91,56%).
Après analyse multi variée par régression logistique, les facteurs de risques de tungose dans notre étude étaient le sexe masculin (p=0,0007), la présence de chats dans les enclos (p=0,04) et le bas niveau d’instruction (p=0,03). Les facteurs protecteurs étaient le type d’habitat en dur (p=0,01) et le port de chaussures fermées (p=0,009).

Conclusion et recommandation :
La prévalence de la tungose dans l’étude était élevée, et la morbidité associée non négligeable. La présence de l’affection dans la population était déterminée par un nombre de facteurs de risque. En milieux scolaires primaires dans les arrondissements de Mbouda et de Bangangté (Ouest-Cameroun), la tungose doit être considérée comme un problème de santé publique nécessitant des mesures d’interventions effectives et durables pour une éradication définitive.
Nous recommandons pour l’éradication de la maladie une approche intégrée associant : le contrôle des réservoirs animaux, le contrôle des facteurs environnementaux, l’éducation à la santé des populations.
Des mesures d’interventions doivent être mises en place par une équipe interdisciplinaire agissant avec la participation des communautés affectées.


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