Etude de cosmétovigilance dans trois hipitaux de Yaoundé

Peggy Ivalda NGADOU NTCHOBAHA (ngadoupgy@yahoo.fr)
Pharmacie galénique et législation pharmacuetique, Yaoundé I
June, 2014
 

Abstract

Depuis quelques années, le marché des cosmétiques ne cesse de croitre. En effet, chaque consommateur emploie quotidiennement de nombreux produits cosmétiques ; par définition, le cosmétique est une substance ou une composition destinée à être appliquée sur les parties superficielles du corps humain en vue de les embellir, nettoyer et de les protéger.
On a constaté que la croissance de consommation des cosmétiques est associée à une augmentation des manifestations indésirables liées à ces produits. Afin de parer à cette situation la plupart des autorités de réglementation mettent sur pied des systèmes de cosmétovigilance, afin de surveiller les effets indésirables dus à ces produits. Cependant au Cameroun, aucune disposition réglementaire nationale ne permet de suivre de manière opérationnelle les effets indésirables des cosmétiques. Face à cette situation, une étude transversale descriptive, s’est déroulée dans 3
hôpitaux de la ville de Yaoundé : Hôpital de district de Biyem-Assi , CMA Elig – Essono, et l’Hôpital central de Yaoundé du 14 janvier 2014 au 18 Avril 2014 . L’objectif était de recenser et évaluer les effets indésirables liés à l’utilisation des produits cosmétiques à Yaoundé. Il s’est agi de répondre aux interrogations suivantes : les cosmétiques utilisés à Yaoundé sont-ils responsables d’effets indésirables ? Quelle est la composition des produits responsables de ces différentes réactions ? Les données étaient collectées à l’aide d’une fiche préétablie décrivant les effets indésirables, les caractéristiques sociodémographiques des patients et les caractéristiques des différents produits. L’analyse des données a été faite à l’aide des logiciels Epi info version 7.1.1.14, du logiciel SPSS version 18.0 et Excel 2007. Le seuil de significativité était fixé à P < 5%. Les variables quantitatives étaient décrites par leur moyenne, leur médiane, leur écart- type, leurs valeurs maximale et minimale. L’intervalle de confiance pour les valeurs moyennes était fixé à 95%.En guise de résultats : 82 patients présentant des effets indésirables dus aux produits cosmétiques ont été enregistrés, 51% (42/82) venaient de l’Hôpital Central de Yaoundé, 33% (27/82) de l’Hôpital de District Biyem-Assi et 16% (13/82) du CMA d’Elig Essono. Les femmes représentaient 91,5% (soit 75/82) des effectifs contre 8,5% (soit 7/82) d’hommes. La majorité des patients, 68,3 % (56/82) étaient âgés de 18 – 40 ans; 13,4% (11/82) de patients étaient de la tranche d’âge de 40 – 65 ans. L’eczéma à 26,8% (22/82), l’acné à 25,6% (soit 21/82), et la dermatite irritative à 18,2% (soit 15/82) étaient les réactions les plus rencontrées. De plus, 40,3% de patients présentaient des réactions d’intolérance d’origine allergique contre 18,2% d’origine irritative. Les cosmétiques les plus impliqués étaient les produits dits « dépigmentants » dont 46,1% (24/52) contenant de l’hydroquinone : RAPID CLAIR lait et CARO LIGHT lait ; 29,6% (14/52) contenant des dermocorticoïdes : BIO CLAIRE lait corporel et 19,2%(10/42) contenant des dérivés mercuriels : Savon MEKAKO. Une relation de cause à effets a été trouvée entre l’usage des produits cosmétiques contenant l’hydroquinone et la survenue de l’ochronose (P = 0,016) et la folliculite (P = 0,046). De même entre l’usage des cosmétiques contenant des dermocorticoïdes et la survenue de l’acné (P =0,026). Une autre a été trouvée entre l’usage des produits cosmétiques contenant des dérivés mercuriels et la survenue de la dermatite irritative (P = 0,00). La majorité des cosmétiques impliqués dans notre étude (37,8%) provenait des supermarchés et des parfumeries.
En définitive, l’étude a prouvé que les cosmétiques utilisés à Yaoundé sont responsables de nombreux effets indésirables, et que leur commercialisation pourrait causer des problèmes de santé publique. Aussi, recommandons-nous à la Faculté de Médecine la réalisation dans de meilleurs délais, d’une étude de cohorte visant à évaluer l’incidence et le risque liés à l’usage de ces produits ; au MINSANTE, la mise en application et le renforcement de la législation existante en matière de
cosmétique et la mise en place d’un système de cosmétovigilance opérationnel sont des orientations prioritaires pour protéger la santé de nos populations.


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