Maladie de Kaposi stomatologique chez les personnes vivant avec le VIH/Sida:étude de 12 cas observés à Yaoundé

Alain GUIMA NDOUMA (alainguima@yahoo.fr)
ORL et Stomatologie, Yaoundé I
June, 2014
 

Abstract

Introduction
Le nombre de personnes vivant avec le VIH/Sida dans le monde en fin décembre 2013 d’après le rapport ONU/Sida, a été estimé à 35 millions. Le Cameroun a connu une régression de cette maladie dont la prévalence est passée de 5,5% en 2004 à 4,3% en 2011. La maladie de Kaposi est l’une des néoplasies les plus fréquentes au cours de l’infection à VIH. Son apparition chez un sujet vivant avec le VIH peut traduire le passage au stade SIDA. Elle est d’emblée multi focale, pouvant toucher aussi bien la peau, les muqueuses et les viscères. Les localisations stomatologiques de la maladie de Kaposi associée au SIDA peuvent être les seules manifestations du SIDA. Au Cameroun, peu d’études ont été menées sur la question. Dès lors et dans le souci d’inscrire des données ciblées sur la maladie de Kaposi associée au SIDA, nous avons jugé nécessaire d’apporter notre modeste contribution à l’étude de cette tumeur dite opportuniste au cours de l’infection à VIH dans notre milieu.
Objectifs
Nous avions pour objectif général d’étudier la maladie de Kaposi stomatologique chez les personnes vivant avec le VIH/Sida. Les objectifs spécifiques étaient : d’évaluer la prévalence de la maladie de Kaposi stomatologique associée au SIDA chez les patients séropositifs examinés à l’hôpital de jour; d’étudier la répartition des patients recrutés en fonction de l’âge et du sexe; de relever la distribution anatomique des lésions stomatologiques de la maladie de Kaposi chez les personnes vivant avec le VIH/Sida; d’établir une relation entre la maladie de Kaposi stomatologique et les stades cliniques et biologiques de l’évolution de l’infection à VIH.
Méthodologie
Nous avons mené une étude transversale, descriptive et multicentrique sur une période de trois mois, allant du 09 Janvier 2014 au 09 Avril 2014. Le recrutement s’est effectué dans quatre centres hospitaliers de la ville de Yaoundé : l’Hôpital Central de Yaoundé, l’Hôpital Général de Yaoundé, le Centre Hospitalier d’Essos et le Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé. Etait inclus dans notre étude, tout patient VIH positif présentant une lésion Kaposienne de la sphère stomatologique et ayant donné son consentement éclairé. Pour chaque patient nous avons recherché la localisation stomatologique de la lésion, évalué le stade clinique OMS et la classification CDC. Les lésions étaient corrélées au taux de CD4 et à la charge virale plasmatique.
Résultats
Nous avons examiné 471 personnes vivant avec le VIH/Sida. Sur cet échantillon, nous avons observé 12 cas de maladie de Kaposi stomatologique dont six cas à l’Hôpital Central de Yaoundé, trois cas à l’Hôpital Général de Yaoundé, deux cas au Centre Hospitalier d’Essos et un cas au Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé. Cet échantillon était constitué de patients âgés de 29 à 55 ans, avec une moyenne d’âge de 37,5 ± 8ans. Huit patients étaient de sexe masculin et quatre de sexe féminin. La prévalence était calculée dans le sous-groupe des 465 patients examinés à l’hôpital de jour où six cas de maladie de Kaposi stomatologique avaient été dépistés soit une prévalence de 1,29%. Au plan clinique, la distribution des lésions stomatologiques était palatine chez 91,70% des patients (11cas), linguales (quatre cas), labiales (deux cas), gingivale (un cas) et jugale interne (un cas).Tous les patients étaient classés au stade IV de la classification clinique OMS et à la catégorie C de la classification CDC. Dix patients avaient un taux de CD4 inférieur à 200 cellules/mm3, soit 83,33% des cas. Le taux de CD4 moyen était de 84 ± 19 cellules/mm3. Chez 91,70% des patients (11cas), la maladie de Kaposi était corrélée à une charge virale supérieure à 100. 000 copies/ml. La charge virale moyenne était de 378.491 ± 719 copies/ml.
Conclusion
Ces valeurs prédictives pourraient être exploitées en médecine et en odontostomatologie pour un meilleur suivi et une évaluation des personnes vivant avec le VIH/Sida.


********************************************************************************************