Connaissances, attitudes et pratiques des parents et des enseignants sur les erreurs de réfraction de l’enfant d’âge scolaire dans l’arrondissement de Yaoundé III

Iyawa Clarisse ALMA
Ophtalmologie, Université de Yaoundé I
June, 2014
 

Abstract

Introduction : Les erreurs de réfraction représentent la première cause de déficience visuelle dans le monde et la plus facile à corriger. Au Cameroun elles sont la première pathologie retrouvée chez les enfants de 6 à 15 ans en consultation ophtalmologique. Les enfants d’âge scolaire n’étant pas toujours capables d’exprimer la gêne visuelle qu’ils peuvent ressentir, c’est à travers leur entourage proche à savoir leurs parents et leurs enseignants, qu’elle peut être évoquée, en vue d’un diagnostic précoce de l’amétropie.
Objectifs : Il s’est agi de déterminer le niveau de connaissances, les attitudes et les pratiques des parents et des enseignants, vis-à-vis des erreurs de réfraction des enfants d’âge scolaire.
Méthodologie : De Janvier à Avril 2014, nous avons mené une étude transversale, descriptive et analytique, dans des écoles primaires de l’arrondissement de Yaoundé III. Les parents et tuteurs d’élèves ont été interrogés sur la base d’un échantillon minimum, et les enseignants sur un échantillon exhaustif. Les données ont été recueillies par interviews guidés par questionnaires. Les résultats obtenus ont été analysés à l’aide des logiciels SPSS version 18 et STATA 9.0. L’interdépendance entre les variables a été évaluée à l’aide des tests de khi-deux et de Fisher. Le seuil de significativité a été fixé à 0,05.

Résultats : L’étude a été menée auprès de 160 parents d’élèves et 56 enseignants. Le sexe féminin était le plus représenté dans les deux groupes. L’âge moyen des parents était de 35,6 +/- 8,7 ans et celui des enseignants de 39,5 +/- 7,8 ans. Les niveaux d’étude les plus représentés étaient secondaire (46,9%) et universitaire (46,2%) pour les parents; alors qu’il était secondaire pour les enseignants (64,3%). Les parents d’élèves et enseignants avaient globalement de bonnes connaissances en matière d’erreurs de réfraction de l’enfant (47,5% de parents et 60,7% d’enseignants). Pour les parents, l’âge (p= 0,009), le sexe (p= 0,002), le niveau d’étude (p= 0,000) et un antécédent de port de lunettes prescrites (p= 0,010) ont été retrouvés associés à la connaissance des amétropies de l’enfant.
Les attitudes en matière d’erreurs de réfraction de l’enfant étaient globalement approximatives (parents 61,9% et enseignants 55,4%) et erronées (parents 17,5% et enseignants 23,2%). Ainsi 31,3% de parents et 26,8% d’enseignants pensaient que le port des lunettes chez des enfants en bas âge pouvait aggraver leur amétropie et les enfants portant des lunettes étaient perçus comme des handicapés par 27,3% de parents et 25% d’enseignants.
Les pratiques des parents étaient inadéquates pour 61,9% d’entre-eux et néfastes pour 15%. Seul 38,1% de parents interrogés avaient déjà fait subir un examen ophtalmologique à au moins un de leurs enfants. Les enseignants quant à eux, avaient des pratiques inadéquates pour 34% d’entre-eux et néfastes pour 31,9%. Leurs pratiques lorsqu’ils faisaient face à un trouble visuel chez un élève se limitaient pour la plupart à un changement de place en classe (48,2%) et seul 32,2% pensaient à alerter la direction de l’école ou les parents. Une association statistiquement significative a été retrouvée entre les connaissances et les attitudes dans les deux groupes (p= 0,000 pour les parents et p= 0,027 pour les enseignants), et également entre les connaissances et les pratiques des parents (p= 0,000).
Conclusion : Malgré un bon niveau de connaissance sur les amétropies de l’enfant, les parents d’élèves et les enseignants avaient une mauvaise perception de la correction optique chez l’enfant, ce qui se traduisait par des pratiques inadaptées, ne concourant pas à une prise en charge précoce et efficace des enfants.
Les résultats suggèrent au Ministères de la Santé Publique, de la Promotion de la Femme et de la Famille et de l’Education de Base, un plan intégré de communication de promotion de la santé, sur les erreurs de réfractions chez l’enfant.


********************************************************************************************