Evaluation de l’efficacité du praziquantel dans le contrôle de la bilharziose intestinale après deux années de distribution de masse en milieu scolaire à Meiganga

Roger Guy PILO NDIBO (guyrogerpilo@gmail.com)
Haematology, microbiology, parasitology and infectious diseases, Université de Yaoundé 1, Université de Yaoundé 1
June, 2014
 

Abstract

Contexte et justification : Les bilharzioses sont des affections parasitaires qui affectent 239 millions de personnes à travers le monde, dont 85% en Afrique subsaharienne. Au Cameroun comme dans la plupart des pays endémiques, le principal moyen de lutte contre cette maladie repose sur la distribution de masse annuelle du praziquantel, prioritairement en milieu scolaire. Meiganga dans la région de l’Adamaoua constitue un foyer important de la bilharziose à S. mansoni et une étude menée en 2011 faisait état de statistiques alarmantes avec une prévalence de 32,5% en milieu scolaire. Le but de ce travail était de revenir sur le même site deux années après afin de ressortir les données actuelles de cette bilharziose chez les écoliers et d’en déduire le rôle joué par la distribution de masse du praziquantel dans la prévention de la maladie. Il s’agissait plus précisément de rechercher les indicateurs clinico-biologiques en rapport avec l’infestation bilharzienne et de comparer nos résultats à des données de bases obtenues en 2011.

Méthode : Nous avons mené une étude descriptive et transversale sur une période de quatre mois allant de septembre 2013 à janvier 2014. Les quatre écoles choisies étaient les mêmes que celles de l’étude précédente. Les écoliers inclus étaient ceux des classes supérieures (CE2 ; CM1 ; CM2) âgés de 6 à 15 ans dont l’assentiment avait été obtenu d’eux-mêmes et le consentement éclairé de leurs parents ou tuteurs légaux. Nous avons procédé à un interrogatoire suivi d’un examen physique, ensuite les selles ont été collectées dans des pots étiquetés, conservées avec l’azide de sodium et acheminées au CRM-IMPM à Nkomo, Yaoundé. L’examen parasitologique a été effectué en utilisant la méthode de Kato-Katz. L’analyse statistique des données a été faite à l’aide des logiciels Epi info version 3.5.4 et Microsoft Excel 2010. Les valeurs étaient considérées comme significatives pour un p inférieur à 0,05.

Résultats : Parmi les écoliers retenus dans cette étude, 317 ont effectivement participé. La population était constituée de 160 filles (50,5%) et 157 garçons (49,5%) soit un sexe ratio de 0,98 avec un âge moyen de 11,6 +/- 1,6 ans. Le taux de participation à la dernière campagne de déparasitage était de 95,3%. La prévalence de la bilharziose à S. mansoni retrouvée dans notre étude était de 10,1% (IC à 95%: 7,1-14,1). Les données de base retrouvées en 2011 faisaient état d’une prévalence de 32,5% soit un taux de réduction de la prévalence de 68,9% entre 2011 et 2013 et après deux campagnes de déparasitage, laquelle baisse est statistiquement significative (p=0,000). La participation à au moins une campagne de déparasitage de masse en milieu scolaire, dont la dernière serait un facteur protecteur (OR=0.7169 ; IC à 95% :0,15-6,85), ce qui n’est pas statistiquement significatif (p=0.4595). Parmi les écoliers infestés, 59,4% étaient des garçons et 40,6% des filles. La charge ovulaire variait de 24 à 2016 œufs /gramme de selles avec une charge moyenne de 196,5 œufs /gramme de selles, ce qui n’est pas statistiquement différent de celle retrouvée en 2011 : 204 œufs /gramme de selles (p=0,63). 62,5% des sujets atteints ont évoqué la douleur abdominale comme principale plainte et ce symptôme serait associé à l’infection (OR=1,33 ; p=0,28). La présence du sang dans les selles était significativement associée à l’infection (OR=2,51 ; p=0,02) et 34,4% des sujets atteints l’ont évoqué comme plainte.

Conclusion : La prévalence de la bilharziose à S. mansoni a significativement régressé dans ces quatre écoles de Meiganga passant de 32,5% en 2011 à 10,1% en 2013. Cette baisse pourrait être liée aux activités de distribution de masse du praziquantel en milieu scolaire car 95,3% des sujets de cette étude ont effectivement participé au programme, laquelle participation serait protectrice. Néanmoins la proportion des enfants avec une charge parasitaire sévère reste élevée par rapport aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, bien que nous ayons observé une diminution globale des charges. Il est donc nécessaire que des efforts complémentaires soient faits par les structures en charge de la santé (MINSANTE-PNLSHI) et de l’éducation de base (MINEDUB) afin d’étendre les activités de lutte à l’assainissement par la construction des latrines ainsi qu’à la lutte contre l’hôte intermédiaire. Aussi, la communauté scientifique devra intensifier la recherche concernant la bilharziose.


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