Compétences des médecins en matière de maladie parodontale

Rose Ornella Alexandra Abedier (abedierornella@yahoo.fr)
Ophtalmologie ORL, Université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

Introduction : Les maladies parodontales ou parodontopathies sont des pathologies multifactorielles des tissus de soutien de la dent. Elles peuvent être à l’origine de nombreuses pathologies générales. Parallèlement, les maladies parodontales peuvent aussi être des manifestations des maladies systémiques. De bonnes compétences des médecins en matière de maladie parodontale, permettraient d’améliorer la prise en charge des patients et la bonne intégration du système de référence entre médecins généralistes et médecins bucco-dentaires. La plupart des études menées sur les compétences des médecins en matière de parodontopathies dans le monde ont révélé un niveau insuffisant. A notre connaissance, aucune étude portant sur ce sujet n’a été réalisée au Cameroun. Ainsi nous nous sommes proposé de mener une enquête CAP (connaissances, attitudes, pratiques) auprès des médecins de Yaoundé.
Objectifs : Evaluer les compétences des médecins en matière de maladie parodontale à travers leur niveau de connaissance sur cette maladie, leurs attitudes vis-à-vis des relations entre la dite maladie et les pathologies générales et leurs pratique d’orientation des patients face à elle.
Méthodologie : Nous avons mené une étude CAP (connaissances, attitudes, pratiques) transversale à visée analytique. Notre étude s’est déroulée du 21 avril 2015 au 21 mai 2015. L’échantillonnage consécutif et exhaustif a permis de recruter 93 médecins généralistes. La collecte des données s’est faite à l’aide de questionnaires auto administrables, anonymes, pré-testés comportant 34 items. Le traitement des données a été réalisé à l’aide du logiciel Epi Info version 7.0 sur la base de la matrice de dimension. L’association entre les variables a été évaluée à l’aide du test de Chi-carré. Un P < 0,05 a été considéré comme significatif.

Résultats : De l’échantillon final obtenu, les hommes étaient plus nombreux (61,3%) que les femmes (38,7%), soit un sex-ratio de 1,58 en faveur des hommes.
La distribution selon l’âge montrait que la tranche d’âge de 28 - 33 ans était la plus représentée. L’âge moyen des médecins généralistes était 29 ans ± 1.54.
Seuls 16% de médecins généralistes ont pu définir exactement la maladie parodontale, 25% a pu identifier ces organes cibles et 23% évoquaient sa principale cause.
Concernant les connaissances globales sur la maladie parodontale, 9,7% de notre population d’étude avaient de bonnes connaissances ; 35,5% avaient des connaissances insuffisantes ; 32,2% possédaient des mauvaises connaissances ; 22,6% avaient des connaissances moyennes.
La majorité de l’échantillon, soit 95% de médecins généralistes pensait que la maladie parodontale peut être dangereuse.
Nous avons noté que 83% de la population d’étude estimaient que diabète peut compliquer d’une maladie parodontale.
Une proportion de 23% de médecins généralistes pensaient que la maladie parodontale peut être à l’origine d’un accouchement prématuré.
Parlant des attitudes globales, seuls 10,7% de participants avaient des attitudes justes ; 46, 2% avaient des attitudes approximatives ; 26,8% possédaient des attitudes néfastes ; 15 % avaient des attitudes erronées.
Nous avons observé que 27% de la population d’étude avaient déjà eu à éduquer leurs patients sur les maladies bucco-dentaires. Par ailleurs, 26 % de médecins généralistes affirmaient réaliser systématiquement un examen de la gencive et des dents.
S’agissant des pratiques globales, 54,9% de notre population d’étude avaient des pratiques d’orientation inadéquates ; 23,6% réussissaient à avoir des pratiques adéquates ; jusqu’à 20 d’entre eux qui représentaient 21,5% de l’échantillon avaient des pratiques néfastes.
Les compétences globales des médecins généralistes en matière de maladie parodontale étaient un niveau de connaissance insuffisant, des attitudes approximatives et des pratiques inadéquates.
Par ailleurs, il existait une association significative entre l’âge et les connaissances des médecins généralistes ; entre l’ancienneté et les connaissances des médecins généralistes sur la maladie parodontale ; entre l’ancienneté et les attitudes des médecins généralistes vis-à-vis des relations entre la maladie parodontale et les conditions générales ; entre l’âge et les pratiques des médecins généralistes ; entre l’ancienneté et les pratiques d’orientation des médecins généralistes face aux patients.
Conclusion : Parvenu au terme de notre étude, il apparait que les connaissances des médecins sur la maladie parodontale sont insuffisantes car seuls 9,7% de la population d’étude avait un bon niveau de connaissance sur la maladie parodontale, leurs attitudes vis-à-vis des relations entre la maladie parodontale et les pathologies générales sont inappropriées car seuls 10,7% de la population d’étude présentaient des attitudes justes et leurs pratiques d’orientation des patients face à la maladie parodontale sont inappropriées car seuls 23,6% présentaient des pratiques adéquates. Ces résultats nous montrent que les compétences des médecins en matière de maladie parodontale ne leur permettent pas d’être à mesure de prendre la bonne décision au moment où apparait cette maladie.
Aussi l’étude suggère-t-elle aux médecins de s’intéresser davantage à la maladie parodontale, aux Facultés de Médecine d’approfondir les enseignements de Médecine bucco-dentaire reçus par les étudiants en médecine générale ainsi que les formations médicales continues.


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