Evaluation des connaissances, attitudes et pratiques du personnel soignant en matière d'iso-immunisation Rhésus D

Marie-Noelle Bissek
Gynécologie, Université de Yaoundé I
June, 2013
 

Abstract

Introduction
Le système de groupe sanguin Rhésus se caractérise par la présence d’un grand nombre d’antigènes à la surface des globules rouges. L‘antigène Rh D, présent chez l’homme est particulièrement important sur le plan clinique. Les individus portant un antigène Rh D sur la membrane de leurs hématies sont qualifiés de Rhésus positif; ceux qui n’en portent pas, de Rhésus négatif. L’incompatibilité fœto-maternelle dans le système Rhésus se produit chez les femmes enceintes Rh négatif- qui portent des fœtus Rh positif+. Ces femmes, lors de la première grossesse donnent habituellement naissance à des bébés bien portants. Cependant il arrive qu’un certain volume de sang du fœtus entre en contact avec le sang maternel, dans ces conditions, le système immunitaire de la mère réagit et forme des agglutinines anti D. C’est ce que l’on appelle une iso-immunisation Rhésus. Si aucune précaution n’a pas été prise, au cours d’une seconde grossesse, les agglutinines anti D de la mère (type IgG) traversent la barrière placentaire et détruisent les globules rouges du fœtus Rh+, qui portent l’agglutinogène D. Le fœtus sera atteint de la maladie hémolytique du nouveau-né, ou érythroblastose fœtale, et souffrira d’anémie et d’hypoxémie, ce qui pourra causer des dommages à l’encéphale et même la mort.

Au Cameroun comme dans la plupart des pays d’Afrique Sub-saharienne, les connaissances en matière de prophylaxie devraient être améliorées auprès des obstétriciens, professionnels en sciences biomédicales, sages-femmes, accoucheuses traditionnelles, pharmaciens et infirmiers. Ceci améliorerait la qualité des soins anténatals et post-natals proposés aux femmes enceintes Rhésus négatif. D’où l’intérêt de notre étude portant sur : EVALUATION DES CONNAISSANCES, ATTITUDES ET PRATIQUES EN MATIERE DE PREVENTION ET PRISE EN CHARGE DES ISOIMMUNISATIONS RHESUS.

Méthodologie
Notre étude s’est déroulée dans 14 formations sanitaires de niveau Central et périphérique de la ville de Yaoundé auprès d’aides-soignants, sages-femmes, infirmiers, médecins généralistes et gynécologues des services de maternité et gynécologie. Les données étaient collectées grâce à un questionnaire auto-administré après le consentement éclairé des participants. Par la suite elles ont été saisies et traitées avec les logiciels Epi Info version 3.5.3. et Excel 2007 grâce à des échelles prédéfinies pour les connaissances et la qualité de la pratique. Une valeur de p<0,05 était considérée comme significative.
Résultats
La population d’étude comptait 150 personnes dont 80 infirmiers, sages-femmes et aides-soignants et 70 médecins généralistes et spécialistes. Toutes les personnes interrogées avaient déjà entendu parler de l’incompatibilité Rh à 72% (108/150) par le biais de la formation professionnelle. Le niveau de connaissance était jugé faible pour : 38% (57/150) des personnes interrogées, moyen pour 29% (44/150) et élevé pour 33% (49/150) des enquêtés. Parmi les 150 personnels interrogés, 63% (94/150) avaient une pratique inadéquate de la prévention des iso-immunisations Rh contre 37% (56/150) qui avaient une pratique adéquate. L’ignorance (31,3%), l’indigence (12,7%) et la mauvaise prise en charge par le personnel soignant (16,7%), étaient les principaux motifs d’absence de prévention de l’iso-immunisation Rh chez les femmes Rh négatif-. Néanmoins, 62,7% (94/150) des enquêtés disaient pouvoir être concernés eux-mêmes ou un membre de leur famille par cette pathologie, 39,3% (59/150) la considéraient comme grave, 87,3% (131/150) pensaient en être concernés en tant qu’africains au même titre que les européens.
Conclusion et recommandations
A l’issue de cette étude, nous concluons que : le personnel soignant (personnel médical et paramédical confondus) avait des connaissances insuffisantes sur la prévention et la prise en charge des iso-immunisations Rhésus ; la formation professionnelle autour de cette pathologie était lacunaire ; la pratique de la prévention des iso-immunisations Rhésus était inadéquate car les récentes directives n’étaient pas connues des personnes interrogées ; lorsqu’elle était pratiquée, la prévention de l’iso-immunisation Rhésus était rendue difficile par le surcoût engendré sur les frais courants relatifs à une grossesse non pathologique; l’ignorance des patientes, la mauvaise prise en charge par les soignants étaient selon les enquêtés autant de causes qui contrariaient également la prévention des iso-immunisations Rhésus. Enfin, les personnes interrogées se sentaient concernées par cette pathologie et la considérait comme grave.


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