Evaluation de l'état tparodontal des patients infectés par le VIH au l'Hopital Central de Yaoundé.

Christelle Danièle NDJANG (ndjangdany@yahoo.fr)
Chirurgie buccale, maxillo-faciale et parodontologie, Université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

Introduction : Les maladies parodontales sont des pathologies infectieuses et inflammatoires des tissus de soutien de la dent. Elles passent par deux stades distincts : les gingivites et les parodontites. En 2012, selon l’OMS, 15-20% de la population mondiale, âgée entre 35 et 45 ans souffrent de parodontite sévère. Les modifications de la flore buccale, l’immunodépression et la réponse pro-inflammatoire liée à l’infection à VIH, favorisent l’apparition et exacerbent les maladies parodontales des PVVIH. Ces pathologies sont fréquentes au sein des personnes de sérologie positive au VIH, mais pourtant peu étudiées dans notre contexte. Le but de notre travail était de déterminer la fréquence et les caractéristiques cliniques des parodontopathies chez les personnes vivant avec le VIH à l’Hôpital Central de Yaoundé.

Méthodologie : Nous avons mené une étude transversale descriptive, dans le service de « l’hôpital du jour », de l’Hôpital Central de Yaoundé, entre Avril et Mai 2015. Nous avons recruté les PVVIH, en possession d’un bilan de suivi comportant le taux de CD4 datant de moins de trois mois. Les patients diabétiques et les femmes enceintes étaient exclus de notre étude. Les patients inclus étaient identifiés, puis l’investigatrice principale procédait à leur examen parodontal. Pour chaque patient, nous avions évalué le niveau d’hygiène, l’altération gingivale, la profondeur des poches parodontales, les récessions, la mobilité dentaire et le nombre de dents absentes. Le Dutch Periodontal Screening Index (DPSI), nous a permis d’évaluer la sévérité de la maladie parodontale et d’en déduire les besoins en traitement. Les données collectées ont été analysées grâce au logiciel SPSS version 18.0 et l’association entre la sévérité de la maladie parodontale et le niveau d’immunodéficience a été évaluée par le test de Fisher. Le seuil de significativité était ˂ 0,05.

Résultats : Sur les 63 PVVIH examinées, 45/63 (71,4%) étaient des femmes et 18/63 (28,6%) étaient des hommes, soit un sex ratio de 1/2,5 en faveur des femmes. La moyenne d’âge était de 40 ± 2,49 ans, avec le minimum à 22 ans et le maximum à 66 ans. La tranche d’âge la plus représentée était celle allant de 30 à 40 ans. Cinq patients sur 63 (7,9%) ont déclaré être des fumeurs. Le taux de CD4 moyen était de 385,29 ± 230,47cellules/mm3, avec le maximum à 857 cellules/mm3 et le minimum à 15 cellules/mm3. Le stade clinique OMS 1 regroupait le plus de patients examinés soit 25/63 (39,7%). Le traitement ARV était pris par 45/63 patients (soit 71,4%), tandis que 18/63 patients (soit 28,6%) n’étaient pas sous traitement. Plus de la moitié de la population d’étude 52/63 ignorait l’impact de l’infection à VIH sur les maladies parodontales. Par ailleurs, 40/63 enquêtés (43,5%) ont déclaré n’être jamais allés en consultation odontostomatologique. Le niveau d’hygiène était faible pour 56/63 (88,88%) patients. Les maladies parodontales des PVVIH se manifestaient par le saignement au sondage, les poches parodontales de profondeur moyenne à 3,01mm, des récessions, des mobilités dentaires, et des pertes dentaires. Nous avons retrouvé 23,9% de gingivites (soit 15/63) et 76,3% de parodontites modérées à sévères (soit 48/63). Le score DPSI le plus retrouvé était le score 3- (31/63 soit 49,21%), correspondant à la parodontite modérée. Il n’existait pas de lien entre la sévérité de la maladie parodontale et le taux de CD4 ˂ 200 cellules par mm3.

Conclusion : Les maladies parodontales sont fréquentes et modérées au sein de notre population d’étude. Les PVVIH négligent leur santé parodontale et ne fréquentent pas les services d’odontostomatologie.
Nous recommandons :
• Aux patients : d’améliorer leur hygiène bucco-dentaire par le brossage biquotidien après le repas, et l’usage du fil dentaire et des bains de bouche. Et de consulter un médecin bucco-dentaire au moins une fois par an.
• Aux chercheurs : de mener des études multicentriques et sur un plus grand nombre de patients, dans le but de déterminer la prévalence nationale.
• Aux autorités administratives hospitalières : d’organiser des séances d’éducation thérapeutiques portant sur la santé bucco-dentaire.
• Au ministère de la santé publique : d’intégrer au moins une consultation odontostomatologique par an dans le suivi des PVVIH.

Mots clés : évaluation, état parodontal, VIH.


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