Effet du vaccin antipneumococcique conjugué 13 valent sur l’incidence relative de la méningite à pneumocoque chez les enfants âgés de 2 à 59 mois a Yaoundé

Edwige Lucia ABOMO OBAMA
Pédiatrie, Université de Yaoundé 1
July, 2013
 

Abstract

INTRODUCTION : Selon l’OMS, le pneumocoque est responsable de 476.000 cas de décès chez les enfants âgés de moins de 5 ans dans le monde, 10% de ces cas sont attribuables aux méningites et 25 à 35% de celles-ci sont retrouvées en Afrique subsaharienne. La méningite à pneumocoque est une pathologie grave, particulièrement dans les pays en développement ou les taux de létalité (50%) et des séquelles neurologiques irréversibles (58%) sont élevés. Au Cameroun, bien qu’il existe peu de données, elle représente 34% des méningites bactériennes. Depuis le 1er juillet 2011, le PCV-13 figure dans le PEV camerounais.
OBJECTIFS DE L’ETUDE : L’objectif général était de déterminer l’effet du vaccin antipneumococcique sur l’incidence relative de la méningite à pneumocoque chez les enfants âgés de 2 à 59 mois aux CME/FCB, CHUY et l’HGOPY. Plus spécifiquement, d’évaluer les couvertures vaccinales dans les districts de santé de la ville de Yaoundé (Biyem-Assi, Cité-Verte, Djoungolo, Efoulan, Nkolbisson et Nkoldongo), de comparer l’incidence relative de la méningite à pneumocoque avant et après l’introduction du vaccin, de déterminer le statut vaccinal des enfants atteints de méningites à pneumocoque, et de comparer les complications et l’évolution de celles-ci avant et après cette introduction.
METHODES : Nous avons mené une étude transversale et descriptive dans les services de pédiatrie du CME/FCB, de l’HGOPY, du CHUY et dans les Districts de santé en ce qui concerne l’évaluation de la couverture vaccinale. Cette étude s’est faite sur une période de 3 ans, dont 18 mois avant l’introduction du vaccin et 18 mois après cette introduction.Ainsi, nous avons inclus : tout enfant ayant été hospitalisé pour méningite bactérienne confirmée par la culture du LCR ou la mise en évidence des antigènes solubles. Ont été exclus de l’étude : les enfants dont l’âge et le statut vaccinal concernant le PCV-13 n’avaient pas été précisés dans les dossiers médicaux.
RESULTATS : Un total de 86 enfants atteints de méningites bactériennes ont été inclus dans notre étude (47 avant l’introduction du vaccin et 39 après cette introduction). On y retrouvait 68 enfants atteints de méningites à pneumocoque, dont 38 avant l’introduction du vaccin et 30 après cette introduction. Le sex-ratio était de 3,0 en faveur du sexe masculin. Les enfants âgés de 2 à 23 mois étaient les plus touchés avec 76,3% (29 enfants/38) avant l’introduction du vaccin et 66,7% (20enfants/30) après celle-ci. Les districts de santé de Djoungolo, Efoulan et Nkoldongo avaient une couverture vaccinale inférieure à 80% (seuil défini par l’OMS). L’incidence relative de la méningite à pneumocoque est passée de 80,9% (38 enfants/47) avant l’introduction du vaccin à 76,9% (30 enfants/39) après celle-ci, soit une réduction de 4% (8 enfants) (p=0,52) après 18 mois. Sur 30 enfants atteints de méningites à pneumocoque après l’introduction du vaccin, 33,3% (10 enfants) avaient été vaccinés contre 66,7% (20 enfants) qui ne l’étaient pas. Plus de la moitié des enfants vaccinés atteints d’une méningite bactérienne soit 62,5% (10 enfants/16) avait développé une méningite à pneumocoque. Concernant l’évolution, le taux des complications est passé de 81,6% (31/38) à 46,7% (14/30) soit une réduction de 35% (p=0,002). Le taux de guérison sans séquelles est passé de 52,6% (20/38) à 60,0% (18/30), par contre celui des séquelles neurologiques est passé de 13,2% (5/38) à 3,3% (1/30). Le taux de létalité est passé de 34,2% (13/38) à 20,0% (6/30).
CONCLUSION : Les couvertures vaccinales de 50% des districts de santé de Yaoundé étaient faibles (soit inférieures à 80% le seuil défini par l’OMS).L’introduction du PCV-13 dans le PEV aurait permis une réduction non significative de l’incidence relative de la méningite à pneumocoque de 4% (8 cas) après 18 mois. Cliniquement, le vaccin aurait diminué significativement l’apparition de formes graves de la maladie (35%) et le pronostic se serait amélioré par diminution du taux de létalité de 10,0% et augmentation du taux de rémission sans séquelles de 7,4%.


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