Profil des traumatismes à l'Hôpital Central de Yaoundé

Laurent Stéphane NDONGO MVELA (frederinemalarse@gmail.com)
Chirurgie, Yaounde I
July, 2015
 

Abstract

Introduction
Les traumatismes pourvoient annuellement dans le monde 10% de décès et 16% des incapacités. Quatre-vingt-dix pour cent de ces décès sont observés dans les pays à ressources limitées et sont justifiés, en partie, par la mise en œuvre dans ces pays de politiques préventives non fondées sur des données locales sur les traumatismes. Ces données sont souvent absentes ou insuffisantes. Le Cameroun ne dispose pas d’outil de surveillance épidémiologique des traumatismes ; les études disponibles sont hospitalières, rétrospectives et ponctuelles. En absence de registre national des traumatismes, rapporter de façon prospective des données hospitalières contribue à actualiser et à enrichir la connaissance du traumatisme dans notre pays. Nous nous sommes interrogés sur le profil des traumatismes à l’Hôpital Central de Yaoundé. Notre objectif général était de déterminer les caractéristiques des traumatismes à l’Hôpital Central de Yaoundé, plus spécifiquement de donner les caractéristiques démographiques des traumatisés, d’identifier les causes, de décrire l’environnement de survenue des traumatismes, de décrire la morbidité et la mortalité observée au cours des 30 jours qui ont suivi l’incident.

Méthodologie
Il s’agissait d’une étude descriptive et prospective à l’Hôpital Central de Yaoundé allant de février 2015 à avril 2015. Pendant cette période, nous avons inclus les victimes de traumatisme corporel. Les données concernant les variables ci-après ont été collectées : l’âge, le sexe, le groupe socioprofessionnel, le mode d’admission et de transport des traumatisés, les lieux des traumatismes, l’activité exercée au cours du traumatisme, le port du dispositif de protection et le type d’usager de la route, les causes des traumatismes la nature des lésions et leur gravité selon l’Abbreviated Injury Scale et l’Injury Severity Score. La topographie des lésions et la mortalité observée au cours des 30 jours qui ont suivi l’incident. Nous avons exclus de notre étude, les traumatisés : ayant retiré en cour d’étude leur accord de participation et ceux qui ne disposaient pas d’examens complémentaires permettant d’établir un diagnostic précis des lésions traumatiques. Nous avons utilisé le logiciel Epi info version 3.5.3 pour l’analyse statistique. La Clairance Ethique a été obtenue et le traitement des données s’est fait dans le respect de la confidentialité.

Résultats
Nous avons inclus 204 traumatisés âgés de 9 mois à 82 ans, avec une médiane d’âge de 32 ans et 64, 2% de ces traumatisés avaient un âge compris entre 15 et 45 ans. Notre échantillon était constitué de 78% de sujets de sexe masculin, le sexe ratio était de 3,5 et était supérieur à 1 dans toutes les tranches d’âges. Les artisans et les ouvriers étaient le groupe socioprofessionnel le plus représenté (20,2%) et comptait majoritairement les sujets âgés de 15 à 45 ans tandis que les sujets de plus de 45 ans prédominaient chez le groupe socioprofessionnel des agriculteurs et éleveurs (17,3%).
Les proportions des traumatismes urbains, de la route et du travail étaient respectivement de : 66,67%, 60,78% et de 34,31%. Le nombre de traumatisé diminuait en zone urbaine à mesure que l’âge augmentait et inversement croissait en zone rurale. La proportion des traumatisés de la zone rurale admis après 24 heures à l’Hôpital Central de Yaoundé était de 40,90% et celle des polytraumatisés ayant bénéficié d’un transport médicalisé était de 2,56%.
Les traumatismes intentionnels (13,72%) étaient Quatre fois plus fréquents en zone commerciale que les traumatismes accidentels. Les accidents de la route (55,88%) étaient la première cause de traumatisme à tous les âges. Ils étaient suivis par les chutes (17,64%) et les agressions par arme blanche (10,3%).
Les membres inférieurs (42,7%), la tête (28,2%) et la peau (19,9%) étaient les régions corporelles les plus atteintes et 19% des traumatisés étaient des polytraumatisés. Les fractures (57,61%), les plaies et contusions cutanées (19,58%) et les hématomes des espaces méningés (8,8%) étaient les lésions les plus rencontrées. L’ISS moyen était de 10,9 et les lésions sévères étaient présentes dans 24%. Les lésions les plus graves étaient rencontrées au niveau du rachis (88,2%), des membres inférieurs (73,2%), de la tête (65,4%) et de l’abdomen (64,7%).
Le taux de mortalité au cours des 30 jours qui ont suivi l’accident était de 4,9%. Ce taux de mortalité réalisait deux pics aux âges extrêmes : 0-14 ans (12,5%) et 76-82 ans (16,67%). Le taux de mortalité passait de 1,2% pour les traumatismes modérés à 22,7% pour les traumatismes très graves. Cette mortalité était cinq fois plus et trois fois plus importante respectivement chez les polytraumatisés et chez les piétons. Les causes de traumatisme associées à un taux de mortalité élevé étaient : les brûlures (9,1%), les accidents de la route (7,3%) et les agressions par arme blanche (6,3%). Aussi, les taux de mortalité associés à la tête, le rachis, la peau et l’abdomen étaient respectivement de : 20,6%, 20%, 11% et 9,1%.

Conclusion
Notre étude nous a permis de décrire les caractéristiques démographiques, accidentologiques et la morbimortalité des traumatismes enregistrés à l’Hôpital central de Yaoundé. Ces résultats devront contribuer à enrichir l’épidémiologie des traumatismes dans notre milieu et à orienter les autorités de l’Hôpital central de Yaoundé dans l’élaboration de politiques hospitalières devant permettre l’obtention de meilleurs résultats thérapeutiques. Nous leurs recommandons l’institution d’un registre hospitalier des traumatismes afin de permettre une évaluation continue du pronostic des traumatisés et de ses facteurs dans cet hôpital.


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