Évaluation du coût économique de la prise en charge de l'insuffisance rénale aigüe à l'Hôpital Général de Douala

Landry Wakheu Tchuenkam (landrytchuenkus@gmail.com)
Médecine Interne, Université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

Contexte
L’insuffisance rénale aigüe (IRA) est une véritable urgence médicale. Il s’agit d’une entité clinique définie comme une diminution soudaine de la fonction rénale, suffisante pour conduire à une rétention des déchets azotés et à un déséquilibre de l’homéostasie hydro électrolytique. Son incidence en augmentation fréquente aussi bien dans les pays développés que ceux en développement couplée à une morbidité, une mortalité importante font de l’insuffisance rénale aigüe une condition médicale grave qui impose des mesures de prévention, un diagnostic précoce et un traitement adéquat afin de réduire cette morbi mortalité ; et de ce fait, réduire ainsi le fardeau économique lié à cette pathologie. C’est la raison pour laquelle, dans un pays à ressources limités comme le notre, nous nous sommes posé la question de savoir: Quel est le coût économique de la prise en charge de cette pathologie, ceci afin de justifier les stratégies de prévention qui pourront être initiées.

Objectifs
Il s’agissait de déterminer le coût global moyen de la prise en charge de l’insuffisance rénale aigüe par patient ; de façon spécifique, déterminer le coût direct et indirect moyen par patient de la pathologie.
Matériel et méthode
Nous avons mené une étude prospective, descriptive et analytique sur une période de 4 mois (janvier à avril 2015) au sein du service de Médecine Interne d’un hôpital de niveau tertiaire des soins au Cameroun : l’Hôpital Général de Douala.
Etait inclus tout patient avec insuffisance rénale aigüe hospitalisé dans le service de Médecine Interne. Etaient exclus Les patients n’ayant pas obtenu une normalisation de la créatininémie après 3 mois car on ne pouvait savoir s’il s’agissait d’une IRA sur maladie rénale chronique (MRC) ou de l’évolution Naturelle de l’IRA chez ces patient.
Les variables devant nous servir pour le calcul des coûts directs et indirects ont été collectées à l’aide d’une fiche technique. Le coût direct était obtenu en faisant la somme du coût des examens para cliniques, du traitement des complications de l’IRA, du traitement dialytique et des « autres dépenses intra hospitalières ». Les reçus de pharmacie, les fiches de facturation des patients, le barème des prix de l’hôpital, les reçus de dépenses des malades et gardes malades nous servaient dans les calculs.
Les coûts indirects étaient calculés en se servant de la grille salariale en vigueur à la fonction publique de l’année en cours. Le test T de Student était utilisé pour la comparaison des moyennes.
Résultats
Il y avait 45 patients traités pour IRA durant la période d’étude ; 03 patients ont été exclus, 02 pour IRA sur MRC et 01 patient perdu de vue, soit 42 patients inclus au total. 22 (52,4%) patients étaient de sexe féminin. L’âge moyen était de 55.5 ± 19 ans (min : 15 ; max : 81 ans). La classe professionnelle la plus représentée était celle des retraités avec 31% (n=13) des patients. Près de 52% (n= 22) de nos patients avaient un revenu mensuel ≤ 100 000 FCFA. La source de financement était la société d’assurance dans 21% (n= 09) des cas. L’IRA était acquise en communauté chez 90% (n=38) des patients ; 24% (n=10) des patients avaient une IRA au stade 3 de sévérité ; le sepsis (n=23 soit 55%) et la déshydratation (n= 16 soit 38%) étaient les facteurs étiologiques les plus fréquents. En ce qui concerne les données thérapeutiques, 4 patients (9,5%) ont eu recourt à la dialyse, le nombre moyen des séances de dialyse était de 7,25. Nous avons enregistré un décès de suite d’IRA soit une mortalité de 2.38% chez un patient présentant une IRA stade 3 de la KDIGO 2012.
Le coût moyen global par patient de la prise en charge de l’insuffisance rénale aigüe dans notre étude était estimé à 977 556,65 ± 3 170 467,5 FCFA (Méd : 402 473 FCFA). Le coût direct d’une valeur de 455 445,45 ± 383 293,0 FCFA (Méd: 335 815 FCFA) soit 47% du coût global avait pour poste de dépenses prépondérant le traitement de la cause (156 238,45 FCFA soit 34,3%) et l’hospitalisation (168 224,4 FCFA soit 36,9%). Il y’avait une différence statistiquement significative (valeur p : 0,000) entre le coût direct moyen chez les dialysés (1 332 994,4 ± 466 009 FCFA) et le coût direct chez les non dialysées (374 845,1 ± 261 387 FCFA).
Le coût indirect, était en moyenne de 522 111,2 ± 2 969 310,9 FCFA (Min : 7 507 – Max : 19 304 184 FCFA) soit 53% du coût global. Le coût lié à l’incapacité définitive de travail suite au décès prématuré intervenait dans 87,6% dans la genèse de ce coût. Ce coût indirect était statistiquement plus élevé (valeur p : 0,000) chez les dialysés (4 902 183 ± 9 601 477 FCFA) que chez les non dialysés (61 050 ± 53 517 FCFA)
Les principaux postes de dépenses étaient: les frais l’hospitalisation, le traitement de la cause, la dialyse, le coût du décès.

Conclusion
Le coût de la prise en charge de l’insuffisance rénale aigüe est élevé dans notre pays où le salaire minimum interprofessionnel garanti est de 36 270 francs. Ceci suggère qu’une politique soit mise en œuvre en vue de l’identification et du traitement des facteurs de risque de la pathologie au sein des personnes à risque.


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