Effets du traitement non chirurgical de la parodontite chronique sur la sensibilité à l'insuline et la tolérance au glucose chez sujets non diabétiques

Arnel Redon NANA NANA (nanananaarnelredon@yahoo.fr)
Chirurgie buccale, maxillo-faciale et parodontologie, Université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

Introduction : La parodontite chronique est une infection chronique des tissus de soutien de la dent. Elle se traduit par une perte progressive du support parodontal, avec une mobilité progressive des dents pouvant conduire à leur perte. C'est l’une des plus fréquentes pathologies bucco-dentaires. De récentes études montrent que la parodontite chronique est un prototype d’inflammation chronique de bas grade. De ce fait, elle pourrait augmenter la résistance à l’insuline et accroitre le risque de diabète de type 2. L'on ignore cependant si le traitement de la parodontite chronique pourrait diminuer les marqueurs inflammatoires et l'insulinorésistance et ainsi réduire le risque de diabète de type 2. Notre étude avait pour but d’évaluer les effets du traitement non-chirurgical de la parodontite chronique, sur la sensibilité à l’insuline, sur la tolérance au glucose et sur le taux sérique de CRP chez des sujets non diabétiques.

Méthodologie : Du mois de décembre 2014 au mois de mai 2015, nous avons mené une étude expérimentale de type avant/après où chaque sujet était son propre contrôle. Les participants n'avaient aucune pathologie connue autre que la parodontite chronique. A l'inclusion, nous avons effectué un examen parodontal avec enregistrement de l’indice de plaque, l’indice de saignement, la profondeur des poches et le niveau de perte d’attache. Nous avons effectué le dosage immunoturbidimétrique de la CRP, la mesure de la sensibilité à l’insuline à l’aide du test de tolérance à l’insuline et une épreuve d’hyperglycémie provoquée par voie orale chez tous les participants. Nous avons ensuite réalisé un traitement non chirurgical de la parodontite chronique qui consistait en un détartrage, polissage, surfaçage radiculaire et irrigation des poches à la polyvidone iodée 10% suivi de la distribution de bain de bouche à base de chlorexidine 0,12%. La réévaluation du traitement parodontal a été faite à six puis 12 semaines post traitement. Le dosage de la CRP, la mesure de la sensibilité à l’insuline et l'hyperglycémie provoquée par voie orale ont également été effectués 12 semaines après le traitement parodontal, puis comparés aux valeurs de départ. La taille calculée de l'échantillon par la formule de Whitley et al était de 16 sujets pour une variation attendue de la sensibilité à l'insuline de 20%.

Résultats : Nous avons inclus 20
volontaires (15 hommes et 5 femmes) âgés de 37,3 ± 10,9 ans. Parmi nos patients, 11 présentaient une parodontite sévère et neuf avaient une parodontite sévère. Le traitement non chirurgical a permis une améliora-tion significative des paramètres parodontaux chez tous les patients. L’indice de plaque moyen est passé de 83,2±18,1% à 9,4±10,7% (p<0,001). L’indice de saigne-ment est passé de 59,0±22,9% à 2,5±2,7% (p<0,001) et la profondeur moyenne des poches de 3,3 ± 0,4 mm à 1,7 ± 0,2 mm (p<0,001). La perte d’attache moyenne est passée de 3,6±0,6 mm à 1,8 ± 0,3 mm (p<0,001). Après le traitement non chirurgical de la parodontite chronique, Il y’a eu une amélioration de la sensibilité à l’insuline de 3,6±0,8 %/min à 4,2±0,8 %/min (p=0,001) avec une réduction de 16,67%. Concernant la tolérance au glucose, la glycémie 2h post charge est passée de 121±20 mg/dl à 112±21 mg/dl (p=0,050) soit une diminution de 7,38%. Il y a eu une amélioration du taux sérique de CRP de 2,5±1,5 mg/l à 1,6±0,8 mg/l (p=0,025) soit une réduction de 36%.

Conclusion : Au terme de notre étude nous pouvons conclure que le traitement non chirurgical de la parodontite chronique chez le sujet non diabétique a permis en trois mois, une augmentation significative de la sensibilité à l’insuline et une augmentation marginale de la tolérance au glucose concomitantes d'une réduction significative des marqueurs de l'inflammation. Une validation du potentiel de prévention du diabète par le biais du traitement de la parodontite chronique en population générale est souhaitable.


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