Accidents d'exposition au sang à l'Hôpital Central de Yaoundé: Connaissances, attitudes et pratiques du personnel paramédical

Hans Christian MBOCK EOCK (mbock_hans@yahoo.fr)
Chirurgie et spécialités, université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

Introduction
Les AES représentent un problème majeur pour les professionnels de santé. Leur gravité réside dans le risque de contamination virale, notamment le VIH, le VHB et le VHC. Le personnel paramédical, a été identifié par plusieurs études comme étant plus exposé au risque de survenue de ces accidents. Notre étude, réalisée à l’Hôpital Central de Yaoundé avait pour objectifs de déterminer ses connaissances, ses attitudes et ses pratiques sur la problématique des AES.
Méthodologie
Durant les mois d’avril et de mai 2015 nous avons mené à l’HCY une étude transversale et descriptive. Nous avons enquêté trois catégories professionnelles à savoir les infirmiers diplômés d’état, les aides-soignants, et les techniciens de laboratoire. La collecte des données s’est faite à l’aide d’un questionnaire anonyme, auto-administré.
Résultats
Notre échantillon était constitué de 50 personnes, représentant 47,6% de la population à risque ciblée. Concernant les connaissances, cette étude nous informe que les AS sont les moins fréquemment informés sur les AES durant leur formation (62,5%). Près du tiers (30%) des enquêtés pensent qu’un AES correspond à toute exposition accidentelle avec du sang seulement. Le lavage des mains est la mesure préventive la moins connue par le personnel. Par contre, plus de la moitié du personnel (58%) enquêté indique à tort le recapuchonnage des aiguilles souillées comme moyen de prévention des AES. Enfin, les connaissances sur la transmission, la prévention et la prise en charge des hépatites virales dans le cadre des AES étaient globalement insuffisantes. En effet, seul 82% des enquêtés connaissaient la transmissibilité du VHC par les AES, et moins du quart (22%) évoquaient la sérovaccination comme prophylaxie contre le VHB.
Concernant les attitudes on relève que moins de la moitié du personnel (40%) considère la vaccination contre le VHB comme un moyen de prévention efficace. Une majorité des enquêtés (58%), est favorable à une application discriminative des Précautions standard selon le statut infectieux des patients.
Sur le plan des pratiques, on note que le lavage des mains est systématique chez 87,8% des enquêtés, après contact avec du sang ou des liquides biologiques. L’injection est le geste présentant la plus faible fréquence du port des gants (54,3%). Dans près de la moitié des situations à risque (44%), les conteneurs de sécurité ne sont pas disponibles. Le recapuchonnage des aiguilles est pratiqué par 83,3% du personnel enquêté et la désadaptation manuelle par la quasi-totalité. Seuls 12% des enquêtés sont convenablement vaccinés contre l’hépatite B.
Enfin la prévalence des AES dans les services au cours des 12 derniers mois à l’HCY est estimée à 39,6%. La proportion des accidents évitables est de 68,5% , représentée par les AES imputables au recapuchonnage, à la désadaptation manuelle des aiguilles et au défaut des ports de lunettes de protection. Les sérologies des hépatites virales B et C des patients sources sont restées indéterminées dans 68,4%. Seulement 73,7% de ces cas ont été déclarés. L’analyse statistique de nos résultats montre que l’accroissement de l’âge du personnel est significativement associé à une diminution de la survenue des AES.
Conclusion
Nous pouvons conclure qu’un besoin d’information sur les risques, la prévention et la prise en charge des hépatites virales , s’est fait ressentir chez le personnel de l’HCY, en particulier les jeunes et les aides-soignants. Une sensibilisation accrue du personnel sur les situations à risque d’AES, notamment la pratique du recapuchonnage et la désadaptation manuelle des aiguilles souillées, responsables de prè-s d’un tiers des AES de l’étude, s’avère nécessaire. Enfin des actions pratiques allant dans le sens de la sensibilisation et de la facilitation de l’accès du personnel à la vaccination contre l’hépatite B, ainsi que la mise à la disposition du nécessaire pour l’application des précautions standard doivent être entreprises.
Mots clés :
Connaissance, attitude, pratique, personnel de santé, exposition au sang.


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