Connaissances, attitudes et pratiques des parents dans la prise en charge de l'ingestion des produits toxiques par l'enfant à Yaoundé

Philippe Norman LAMERE NSANGOU (lnpnk1@yahoo.fr)
Pédiatrie, Université de Yaoundé 1
July, 2015
 

Abstract

Introduction : L’intoxication aigue de l’enfant est une situation fréquente et cosmopolite. Elle n’est qu’une forme clinique d’une entité encore plus grande qu’est l’ingestion des produits toxiques. Cette enquête se propose d’évaluer les connaissances, attitudes et pratiques des parents dans la prise en charge de l’ingestion des produits toxiques par l’enfant à Yaoundé.
Objectif général : Déterminer les compétences des parents dans les prise en charge de l’ingestion des produits toxiques par l’enfant;
Objectifs spécifiques :
• Evaluer le niveau de connaissances des parents concernant l’ingestion des produits toxiques ;
• Déterminer leur attitudes vis–à-vis de l’ingestion des produits toxiques ;
• Déterminer les pratiques des parents dans la prise en charge de l’ingestion des produits toxiques par l’enfant à Yaoundé ;
Méthodologie : Nous avons réalisé une enquête CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques) complétée d’un groupe de discussion, de Décembre 2014 à mai 2015. Pour la composante quantitative nous avons retenu 453 questionnaires pour la collecte des données. La composante qualitative quant à elle s’est faite à partir de 6 groupes de 6 à 10 parents ou tuteurs. Nous avions une moyenne de 8 informateurs par groupe de discussion, pour une taille 48 parents ou tuteurs. L’analyse des données quantitatives s’est faite l’aide de SPSS, tandis que celle des données qualitatives a été faite sur la base de la matrice des dimensions, et les données verbales ont été restituées par verbatim.
Résultats : Dans notre enquête, les âges des mères variaient entre 24 et 55 ans, avec une moyenne de 35,38 ans. Elles étaient dans la quasi-totalité scolarisées (97,3%), et un peu plus de la moitié (55,9%)des mamans assuraient la garde de leurs enfants elles même lorsqu’ils ingéraient les produits toxiques.
Tous les participants avaient déjà entendu parler de produits toxiques et d’intoxication. «(…) tout le monde sait ça, même les gens qui ne sont pas parti à l’école. ». 23,8% des parents avaient une définition approximative d’un produit toxique, de même que 21,1% définissaient approximativement l’intoxication. 82,5% de ces participants disaient obtenir leurs informations quant à la nature du produit toxique et de la prise en charge de l’ingestion des produits toxiques, de leur entourage et famille. Ainsi, les connaissances totales étaient moyennes (58,5%) :« Les produits toxiques selon moi, ce sont des produits qui peuvent détruire l’organisme (…), je pense que tout ce qui peut tuer. ». Il existait une association significative entre ceux ayant des antécédents d’ingestion de produits toxiques par l’enfant dans le ménage et ceux n’en ayant pas (P=0,000).
Parmi les 453 parents ayant participé à l’enquête, seulement 37,4% pensaient que l’ingestion de produits toxiques était une situation d’urgence, 88% pensaient qu’il n’y avait pas d’heure de la journée favorisant l’ingestion des produits toxiques. Seulement 6,8% des parents pensaient que la prise en charge traditionnelle des ingestions de produits toxiques par l’enfant était inappropriée. Les attitudes des participants à notre enquête étaient globalement erronées (59,1%) : «Je pense en plus que ça dépend, (…) si c’est le vinaigre par exemple je ne vais pas m’inquiéter comme si s’était le pétrole. En plus, s’il ne boit pas beaucoup je ne panique pas trop !!! ».Il n’existait pas d’association significative entre les antécédents d’ingestion de produits toxiques par l’enfant et les attitudes (P=0,701).
En cas d’ingestion de produits toxiques par l’enfant, 38,1% des parents induiraient le vomissement, 30,4% donneraient de l’huile rouge. 48% de ces parents le feraient pour diminuer la quantité de produits toxiques, tandis que 52% le feraient pour neutraliser le produit toxique. 3 ou 4 variables Plus de la moitié (62,8%) des participants avaient des pratiques inadaptées: « Ils [personnel d’un centre de santé] ont fait quoi ? Moi-même je pouvais faire ce qu’ils ont fait !!! (…) je gère ça moi-même, ce n’est pas compliqué !!! ». Il existait une association significative entre les pratiques et les antécédents d’ingestion des produits toxiques par l’enfant (P=0,006).
Conclusion : Les résultats de l’enquête indiquent que les connaissances, attitudes et pratiques des parents, étaient respectivement insuffisantes, erronées et inadaptées dans l’ensemble. Cette observation est valable aussi bien pour les parents ayant des antécédents d’ingestion de produits toxiques par l’enfant, que pour ceux n’en ayant pas eu. Aussi, suggérons-nous au Ministère de la Santé Publique d’organiser des campagnes d’information de masse et de créer un numéro d’appel gratuit, en direction de la prise en charge des cas d’ingestion des produits toxiques par l’enfant.


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