Facteurs d'echec thérapeutique du traitement de l'hépatite virale c chronic au Cameroun

Safiya MBOMBOA NJI-MOULIOM
Medecine interne, Université de Yaoundé 1
July, 2015
 

Abstract

Introduction: L’hépatite virale C (HVC) est une maladie ubiquitaire qui atteint près de 3% de la population mondiale. Le Cameroun appartient à une zone de haute prévalence estimée à 13% selon l’OMS. L’hépatite chronique C évolue de façon insidieuse vers la cirrhose puis le carcinome hépatocellulaire, avec une morbi-mortalité très élevée. Le traitement standard associant l’interféron pégylé et la ribavirine permet d’éradiquer le virus, de stopper ou de ralentir l’évolution de la fibrose. Les taux de réponses thérapeutiques observés dans les pays du Nord sont pour l’instant loin d’être atteints dans la population noire. Face à ce constat, nous avons entrepris ce travail dont l’objectif était de déterminer les facteurs d’échec du traitement dans notre milieu.
Objectif : l’objectif général de notre étude était de rechercher les facteurs d’échec thérapeutique chez les patients camerounais porteurs chronique d’hépatite virale C ,traités par l ‘association interféron pégylé alpha 2a et ribavirine.
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude rétrospective, multicentrique avec une composante cas- contrôle, qui s’est déroulée sur une période de 12 ans. L’étude a porté sur des patients camerounais porteurs chronique d’HVC et ayant reçu au moins 12 semaines de traitement à base d’interféron pégylé associé à la ribavirine. Elle s’est effectuée dans 6 centres de traitement de l’hépatite Ca l’aide des dossiers de patients ; lesquels dossiers devaient contenir les données permettant de conclure sur un échec ou une guérison en fin de suivi.
L’échantillonnage était consécutif. Le recueil de données s’effectuait à l’aide d’une fiche technique à partir de laquelle l’échantillon était reparti en deux par rapport à leur réponse virologique soutenue .Les données sociodémographiques, cliniques, paracliniques et thérapeutiques ont été recueillies, puis comparées entre les deux groupes de réponse, en utilisant le modèle de régression logit ,ainsi que le test de khi carré pour un risque alpha de 5 %
Résultats : Nous avons enregistré 170 patients dont 120 en échec thérapeutique et 50 en guérison.Le sexe masculin était prédominant (60%) avec un sex ratio de 1,74. La moyenne d’âge était de 56,31 ans±8,6. La catégorie professionnelle était principalement celle des cadres supérieurs (37.1%). Au plan des origines des patients, la région de l’Ouest était la plus représentée (35.9 %). Le facteur de risque de transmission le plus représenté était les soins invasifs (47,6%) et la découverte du diagnostic était dans la plupart des cas fortuite (32,4%). Les comorbidités les plus retrouvées étaient une HTA (36,16%), une obésité /surpoids (44 ,16%).
Sur le plan para clinique, 74 patients en échec thérapeutique soit 65% avaient un taux d’ALAT pré thérapeutique supérieur à la normale. Concernant la virologie, le génotype 1 était principalement retrouvé (49%). La charge virale moyenne était de 3.155.401± 5.008.725 UI/mL. 37.6 % sur 109 patients présentaient une fibrose sévère selon le score de METAVIR. L’échec survenait plus dans la population de patients qui n’avaient complété leur traitement. Les réductions et interruptions du traitement étaient généralement causées par la survenue d’effets secondaires.
Les facteurs explicatifs de la variable échec retrouvés dans l’analyse bivariée étaient l’âge avancé, le sexe féminin, la région d’origine, la charge virale élevée, le délai de prise en charge, la réduction de doses, l’absence de réponse biochimique à S48, la RVP, la RVR et la survenue de l’amaigrissement en cours de traitement. Après analyse multi variée, les déterminant de l’échec étaient: le sexe féminin, l’absence de RVP, et la durée incomplète du traitement.
Conclusion : L’échec du traitement de l’hépatite chronique C au Cameroun serait multi factoriel : en rapport avec l’hôte (sexe féminin, l’âge >60 ans), la cinétique virale (charge virale pré thérapeutique élevée, absence d’obtention des RVR et RVP), et lié au suivi du patient (durée du traitement incomplète). Cependant, l’analyse multivariée n’a permis de retenir que: le sexe féminin; la durée de traitement incomplète et l’absence de RVP comme des facteurs associés.


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