Marqueurs biologiques des métabolismes osseux et phosphocalciques des patients diabétiques de type 2 à l’Hôpital Central de Yaoundé

Francky Teddy ENDOMBA ANGONG (tedissimo@yahoo.com)
Médecine Interne et Spécialités, Université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

Introduction
Le diabète sucré est la maladie métabolique la plus fréquente indépendamment, du sexe ou de l’origine ethno-géographique. Il peut être considéré comme une maladie systémique dont l’impact sur l’os a été longuement étudié dans la littérature. S’il est bien connu que le diabète de type 1 est un facteur de risque d’ostéoporose et de fractures, il n’en est point cas pour le diabète de type 2, malgré le grand nombre d’études déjà réalisées à ce sujet. De telles études, qui évalueraient la densité minérale osseuse ou les marqueurs du métabolisme osseux chez les diabétiques de type 2 sont rares en Afrique Sub-Saharienne.

Objectif
Evaluer les marqueurs biologiques des métabolismes osseux et phosphocalcique, chez des patients diabétiques de type 2 suivis à l’Hôpital Central de Yaoundé.

Méthodologie
L’étude était transversale comparative, incluant les patients diabétiques de type 2 appariés pour l’âge, le sexe et l’IMC (indice de masse corporelle) à des individus non diabétiques recrutés dans la population générale. Tous les sujets de l’étude étaient préalablement consentants. Les critères de jugement étaient la calcémie, la phosphorémie, le taux sanguin de phosphatases alcalines, et le rapport calciurie sur créatininurie à jeun (Index de Nordin). L’analyse statistique a été effectuée en utilisant les logiciels EpiData3.1, Stata12.0 et S.P.S.S. 20.0. Le niveau de significativité était fixé à 5%.

Résultats
Soixante-douze sujets ont été recrutés de manière consécutive dans le groupe des cas, et trente-six dans celui des témoins. Le sex ratio était de 1 :1. L’âge moyen des patients diabétiques de type 2 était de 49±8 ans (extrêmes de 25 et 70 ans), et pour les sujets témoins de 49±10 ans (extrêmes de 26 et 67 ans). 45,8% des diabétiques étaient obèses. L’âge moyen au moment du diagnostic était de 45±10 ans, pour la plupart dans un contexte de syndrome polyuro-polydipsique (78,0%). En monothérapie ou en association ; les antidiabétiques oraux étaient pris par 94,4% des patients, parmi lesquels 91,1 % étaient traités par biguanides (seuls ou en association) et 33,8% par sulfamides hypoglycémiants (seuls ou en association). La complication la plus fréquemment rencontrée parmi les patients était la polyneuropathie avec une fréquence de 54,2%. Elle était suivie par les décompensations hyperglycémiques sans comas (30%) et de la rétinopathie diabétique (16,7%). Par ailleurs 11,1 % des patients avaient une microalbuminurie. Le niveau moyen d’HbA1c était de 7,3±1,9% et 41,7 % des patients étaient suivis pour HTA. La calcémie était en moyenne de 2,63±0,27 mmol/l chez les cas, contre 2,35±0,15 mmol/l chez les témoins (valeur-p ˂ 0,0001). La phosphorémie était en moyenne de 1,24±0,22 mmol/l chez les cas, et de 1,13±0,18 mmol/l chez les témoins (valeur-p = 0,01). L’index de Nordin quant à lui était en moyenne de 0,14±0,09 chez les patients, et de 0,08±0,03 chez les non diabétiques (valeur-p = 0,0001). Le taux sérique de phosphatases alcalines totales était en moyenne de 90,01± 8,57 UI/l chez les cas, contre 97,23±6,35 UI/l chez les témoins (valeur-p ˂ 0,0001). Au sein du groupe des cas, les patients traités par biguanides avaient une calcémie significativement plus élevée que ceux qui ne l’étaient pas (valeur p = 0,03), tandis qu’une diminution significative de la calcémie était notée chez les diabétiques traités par sulfamides (valeur-p = 0,02). Les patients avec rétinopathie avaient une calcémie significativement plus élevée que les patients sans rétinopathie (valeur-p = 0,02). Les patients chez qui il était documentée une microalbuminurie avaient également une calcémie significativement plus élevée que ceux sans microalbuminurie (valeur-p = 0,02). Des taux significativement plus bas de phosphatases alcalines totales étaient retrouvés chez les patients traités par biguanides (valeur-p = 0,01) et chez ceux avec rétinopathie (valeur-p = 0,008), en comparaison respectivement avec les patients non traités par biguanides et les patients sans rétinopathie. L’index de Nordin était significativement plus élevé chez les patients avec microalbuminurie (valeur-p = 0,02) comparé aux patients sans microalbuminurie. Le niveau d’HbA1c était significativement et positivement corrélé à des calcémies plus élevées (r de 0,51 ; valeur-p ˂0,0001), ainsi qu’à des valeurs plus élevées d’index de Nordin (r de 0,36 ; valeur-p = 0,002). L’hémoglobine glyquée était par ailleurs négativement et significativement corrélée au taux de phosphatases alcalines (r de -0, 39; valeur p = 0,0006). La fréquence de l’hypercalcémie était de 48,6% chez les patients, dominés par les hypercalcémies légères (91,4%). Chez les témoins, elle était de 8,3%, toutes étant classées en légères. L’l’hypercalcémie était significativement associée au traitement par biguanides (OR de 19, 31; valeur-p de 0,01; IC à 95% de 1,71 à 219,94). La rétinopathie était associée aux niveaux pathologiquement élevés d’index de Nordin (OR de 11,68; valeur-p de 0,01; IC à 95% de 1,54 à 89,59). L’hyperphosphatémie avait une fréquence de 22,2% chez les cas et de 11,1% chez les témoins, sans facteur associé retrouvé après analyse multivariée.

Conclusion
Le diabète de type 2 avait une influence sur les marqueurs des métabolismes osseux et phosphocalciques, traduisant une augmentation de la résorption osseuse et une diminution de l’ostéoformation. Les facteurs de cette influence étaient principalement le traitement antidiabétique oral et les complications chroniques microvasculaires.


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