Evaluation du tutorat de 14 UPEC par 4 CTA pour la prise en charge des PVVIH dans 4 régions au Cameroun

Ange Laetitia Boade Akibana
Santé Publique, Université de Yaoundé I
June, 2013
 

Abstract

Introduction: Le gouvernement lutte depuis plusieurs années pour contrôler l’évolution de la pandémie du VIH/Sida au Cameroun. À la faveur d’un ambitieux programme de décentralisation, l’accès aux antirétroviraux suit une évolution exponentielle en s’appuyant sur la stratégie du « tutorat » mis en œuvre depuis 2008. Cette stratégie consiste en l’accompagnement des formations sanitaires de niveau inférieur dans la mise en place des services de prise en charge globale des PVVIH afin qu’ils acquièrent leur autonomie. De ce fait, les performances des Unités de Prise En Charge (UPEC) et même des Centres de Traitements (CTA) « tuteurs » ont dû être améliorées dans les divers domaines de la prise en charge globale des Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH) adultes, enfants, et femmes enceintes. Cependant, aucune évaluation de la stratégie du tutorat n’a été faite à ce jour. C’est pourquoi nous nous sommes proposé d’évaluer le « tutorat » de 14 UPEC par 4 (CTA) pour la prise en charge des PVVIH dans 4 régions au Cameroun. Plus spécifiquement il s’agissait de: (i) Décrire l’organisation structurelle des CTA et UPEC. (ii) Mesurer le niveau de la mise en œuvre de la stratégie du tutorat par les CTA « tuteurs ». (iii) Évaluer le niveau d’autonomie des UPEC.
Méthodologie: Il s’agissait d’une étude transversale mixte, avec un volet qualitatif et un volet quantitatif à visée évaluative. Elle s’est déroulée pendant une période de 4 mois dans 14 UPEC, et 4 CTA « tuteurs » dans les régions de l’Adamaoua, Centre, Sud, et Sud-Ouest obtenus à l’aide d’un échantillonnage consécutif. Les données quantitatives étaient collectées à l’aide d’un questionnaire destiné aux CTA et un autre aux UPEC et illustrées sous forme de diagrammes et tableaux. Le dictaphone a été utilisé pour collecter les données qualitatives qui étaient illustrées sous forme de verbatim afin de renforcer nos résultats.
Résultats: Sur 21 répondants interviewés au cours de cette étude, la majorité était des infirmiers (8) soit 44,44%. Dans les UPEC, on ne trouvait pas certaines catégories (Agents de soutien social, Agents de Relais communautaires). Parfois le personnel était complètement absent tel qu’au centre médico-social de l’université de Buea et à l’infirmerie de la police de Mutenguéné qui ne se considéraient plus comme des UPEC depuis longtemps. Le CTA d’EBOLOWA n’avait pas de compteur des lymphocytes CD4. Les UPEC de ZOETELE, TIGNERE n’avaient aucun équipement pour assurer les examens biologiques. L’aide à l’observance était l’activité d’encadrement psychosociale la plus assurée au niveau des structures de prise en charge. Quant au conseil nutritionnel, il était rarement assuré au sein des formations sanitaires, aussi bien dans les CTA (2/4) que dans les UPEC (4/14). Peu de formations sanitaires bénéficiaient de l’assistance d’une structure de collaboration pouvant leur apporter un appui dans la prise en charge psychosociale soit 50% des CTA (2/4) et 28,57% d’UPEC. Au niveau de la pharmacie le CTA de Ngaoundéré et d’Ebolowa manquaient des registres « prophylaxie cryptococcose-candidose », « traitement tuberculose ». Le CTA de Limbe et d’Ebolowa ne disposaient pas d’un outil de gestion des données statistiques. Nous avons constaté une augmentation des personnels de l’équipe de soins des CTA et un infléchissement de la moyenne des effectifs des ARC, et ASS dans les UPEC de 2010 à 2012. Le CTA de Ngaoundéré était celui qui avait le moins couvert les activités dans ce cadre 0%. La réunion de comité thérapeutique était l’occasion de renforcement des capacités la plus exploitée. Aucun CTA tuteur n’avait mené l’ensemble des activités avec un taux de couverture des UPEC tutorées de 100%. Le système de référence / contre référence était animé de façon variable par le CTA. L’Hôpital Central de Yaoundé indépendamment des années était la structure qui avait la file active la plus importante soit 5826 (en 2011) et 7096 (en 2012). L’UPEC de NGOUMOU est celle qui depuis 2011 enregistrait le moins de personnes sous ARV avec 52 en 2011 et 63 en 2012 et l’UPEC de Tignère était celle dont la file active restait stable.
Conclusion: Au terme de notre étude, l’hypothèse selon laquelle les UPEC auraient acquis leur autonomie pourrait être vérifiée chez 7 des 14 UPEC notamment : MFOU, MBALMAYO, BAFIA, BUEA, KUMBA, AMBAM, NGAOUBELA. La décentralisation de la prise en charge des PVVIH était effective entre les « tuteurs » et « tutorées ». Certaines UPEC présentaient des files actives de PVVIH comparables à celles de leurs CTA. Les comités thérapeutiques étaient les seules activités régulièrement tenues dans les UPEC. Certains CTA présentaient des carences dans les domaines pour lesquels ils étaient supposés accompagner les UPEC notamment : la prise en charge nutritionnelle, La prise en charge psychosociale, la numération des lymphocytes CD4, le suivi électronique et de la file active.


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