Toxidermies chez les Personnes vivant avec le VIH à l'Hôpital de jour de l'Hôpital Central de Yaoundé

Vanessa Nancy NGONO (nancedoc@yahoo.fr)
Dermatologie, Université de Yaoundé 1
July, 2015
 

Abstract

Les allergies médicamenteuses représentent 30% des effets secondaires notifiés dans les centres de pharmacovigilance. Les Toxidermies en font partie et sont les plus fréquentes manifestations cliniques de ces allergies. Elles sont un facteur de morbidité et de mortalité aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte ou le sujet âgé. Environ 1 à 3% des médicaments d’usage commun peuvent être à l’origine des toxidermies. La prévalence et l’incidence des toxidermies varient significativement dans le monde et sont influencées par certains facteurs dont l’infection par le VIH. En effet, le VIH est un facteur de risque majeur de survenue de toxidermies. Au cours de cette infection, les formes graves sont plus fréquentes et la mortalité plus élevée avoisinant dans certains cas les 70% en Afrique. Les médicaments majoritairement incriminés sont les antirétroviraux et les médicaments à but prophylactique ou curatif des infections opportunistes. La prévalence de cette affection cutanéo-muqueuse est plus importante en Afrique sub-saharienne du fait de son importante proportion de PvVIH.
Objectif général : l’objectif de cette étude était de ressortir les spécificités des toxidermies chez les Personnes vivant avec le VIH à l’Hôpital de Jour de l’Hôpital Central de Yaoundé.
Matériels et Méthodes : nous avons effectué une étude rétrospective descriptive allant de la période de Janvier 2010 à Décembre 2014 chez les PvVIH au sein l’Hôpital de Jour de l’Hôpital Central de Yaoundé. Ces PvVIH étaient âgées d’au moins quinze ans, étaient sous traitement antirétroviral et avaient manifesté une réaction cutanée fortement imputable à un médicament dont l’imputabilité extrinsèque était établie. L’approbation pour effectuer cette étude a été demandée au comité d’éthique de la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales (FMSB) de l’Université de Yaoundé I. Nous avons également obtenu une autorisation de recherche auprès des autorités administratives de l’Hôpital Central de Yaoundé. La collecte des données s’est effectuée en deux étapes : dans un premier temps, nous avons procédé à un recrutement informatisé des patients à partir de la base de données de suivi et de prise en charge des PvVIH, « ESOPE ». Dans un second temps, nous avons exploité les dossiers médicaux physiques des patients. L’analyse statistique s’est faite par le logiciel SPSS version 20. Les résultats ont été exprimés en effectif, en proportion (pourcentage) et en moyenne ± écart type.
Résultats : Des 6829 PvVIH sous ARV suivis dans cet Hôpital de Jour, 41 ont fait des toxidermies ces 05 dernières années soit une prévalence de 0 ,6%. Le sexe féminin était le plus représenté avec un sexe ratio F/H de 4,86. L’âge moyen était 41,07± 11,36 ans avec des extrêmes de 22 et 70 ans. Les toxidermies étaient majoritairement rencontrées chez des patients de sexe féminin et ceux classés au Stade clinique I de l’OMS (34%). Le prurit et la fièvre étaient les deux signes fonctionnels les plus associés aux toxidermies. Les muqueuses étaient atteintes dans 21,9% des cas avec une prédominance de l’atteinte buccale. Dix-sept des toxidermies retrouvées n’avaient pas été spécifiquement identifiées et ont été regroupées sous l’appellation « éruption médicamenteuse probable ». Elles représentaient 41,4% des toxidermies. Des formes individualisées, l’exanthème maculo-papuleux était la toxidermie la plus fréquente (36,6% des cas). Les formes bénignes représentaient 83,3% et les formes graves 17,7% des toxidermies. Les formes bénignes retrouvées étaient l’exanthème maculo-papuleux (15/41), l’érythème pigmenté fixe (3/41) et l’urticaire (2/41). Les formes graves étaient représentées par le Syndrome de Lyell (1/41), l’érythème polymorphe (2/41) et le syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse (1/41). Le protocole Lamivudine+ Zidovudine + Efavirenz était reçu par 48 ,8% des patients et 69% des patients recevaient le cotrimoxazole en prophylaxie. La névirapine, l’éfavirenz, la zidovudine et le cotrimoxazole ont respectivement été incriminés dans 43,7%, 4,8%, 2,4% et 26,8% des toxidermies. Dans 17% des cas une difficulté de discrimination du médicament inducteur a été retrouvée. La molécule suspectée a été substituée dans 51,2% des cas et définitivement arrêtée dans 17% des cas.
Conclusion: la toxidermie est une affection rare chez les PvVIH dans notre contexte avec une prévalence de 0,6%. Les sujets de sexe féminin, ceux classés au Stade clinique I de l’OMS et l’adulte jeune en sont les plus atteints. Les formes bénignes étaient les plus récurrentes et l’exanthème maculo-papuleux était la toxidermie la plus retrouvée dans cette population. Peu de toxidermies étaient survenues au cours d’une infection opportuniste ou d’une comorbidité. La névirapine et le cotrimoxazole étaient les principaux médicaments inducteurs de toxidermies chez les PvVIH. L’attitude correctrice principale au décours d’une toxidermie était la substitution du médicament incriminé.
Mots clés: Toxidermies, PvVIH, Cameroun


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