Pratique de la prévention médicamenteuse de la maladie thrombo-embolique veineuse à la Maternité de l’Hôpital Central de Yaoundé

Arlette Joëlle MOUKITEK BANAKEN (banakenmoukitek@yahoo.fr)
Chirurgie, Université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

Introduction
La maladie thromboembolique veineuse (MTEV) est une entité clinique regroupant la thrombose veineuse profonde(TVP) et l’embolie pulmonaire(EP). Son incidence annuelle serait de 120 cas pour 100 000 habitants en France et de 60 à 100 cas pour 100 000 habitants dans le monde. Peu d’études ont été réalisées en Afrique ne permettant pas ainsi d’avoir une incidence de cette maladie. Néanmoins, Kingue et coll au Cameroun en 2002 et Ondze-Kafata au Congo-Brazzaville en 2010 retrouvaient des fréquences respectives de 9 cas / an et 7.3 cas/ an.
Au Cameroun, la prévention de la MTEV est souvent fonction des services. C’est pourquoi nous nous sommes intéressés à la prévention dans un centre de référence de notre pays d’où le choix de notre étude intitulée : « « Pratique de la prévention médicamenteuse de la maladie thromboembolique à la maternité de l’Hôpital Central de Yaoundé ». Objectifs
L’objectif général de notre travail était d’évaluer la qualité de la prévention médicamenteuse de la MTEV chez les patientes opérées à la maternité de l’HCY et nos objectifs spécifiques étaient :
1. Identifier les facteurs de risque de MTEV chez les patientes opérées de la maternité de l’HCY.
2. Répertorier les moyens médicamenteux utilisés pour la prophylaxie de la MTEV.
3. Déterminer la fréquence péri-opératoire des complications thrombo-emboliques.
Méthodologie
Nous avons effectué une étude observationnelle de type cohorte prospective à visée pronostique sur une période de 3 mois allant du 1er janvier au 31 mars 2015. Le recrutement était effectué à la Maternité Principale de l’Hôpital Central de Yaoundé. Etaient inclues dans l’étude toutes les patientes admises pour une chirurgie pelvienne, sous prophylaxie médicamenteuse ou non de MTEV, et consentantes à l’étude. Les considérations éthiques ont été respectées. Le suivi des patientes qui a commencé pendant l’hospitalisation s’est poursuivi après la sortie. Les patientes ont été revues au 14ième et au 42 ième jour post-opératoires.
Les données ont été analysées et présentées par les logiciels CSPro 5.0, SPSS 17, Microsoft Word et Excel 2007.
Résultats
Nous avons retenu un total de 165 patientes pour notre étude. L’âge moyen dans notre population d’étude était de 29,88 ans ± 7,763 ans. Les principaux facteurs de risque retrouvés étaient la grossesse (86,7%), l’obésité (32,1%), la notion d’immobilisation prolongée dans le mois précédant (14,5%) et l’âge supérieur à 40 ans (10,9%). La césarienne d’urgence était l’intervention la plus récurrente (52,7%) suivie de la grossesse extra-utérine (20%). la durée moyenne des interventions était de 64,29 minutes. Selon les critères de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR), des patientes ont été classées à risque modéré soit 85,4%. Toutes les patientes présentant un risque thrombo-embolique étaient mises sous prophylaxie médicamenteuse. Selon le score clinique de Wells, 16 patientes ont eu une probabilité modérée de faire une TVP et une seule patiente présentait une probabilité élevée.
Les HBPM étaient la classe d’anticoagulant exclusivement utilisée pour la prophylaxie médicamenteuse et le lever précoce au premier jour post-opératoire la mesure physique appliquée à toutes les patientes. La molécule prescrite pour la prophylaxie médicamenteuse était l’énoxaparine. L’horaire de début de la prophylaxie médicamenteuse a été respecté chez 55,4% des patientes et la durée moyenne de celle-ci était de 2,05 ± 1,538 jours.
Une patiente a présenté des complications thrombo-emboliques qui se sont suivies d’un décès en cours d’hospitalisation.
L’évaluation après la sortie n’a été possible que pour 59 patientes au 14ième jour, et chez 03 patientes au 42ième jour et nous n’avons noté aucune complication.
Conclusion
A la maternité principale, nous n’avons trouvé aucun protocole établi, cependant, le lever précoce est systématiquement prescrit et observé chez toutes les patientes. Les facteurs de risque que nous avons identifié étaient liés au caractère pelvien de la chirurgie et à ceux liés aux patientes se résumaient à la grossesse, l’obésité, l’alitement prolongé. Sept patientes seulement ont reçu la dose correcte d’enoxaparine. Nous avons retrouvé 0,6% des patientes ayant présenté des complications thromboemboliques.
De ce constat nous formulons la recommandation principale suivante : que les anesthésistes et les gynécologues de la maternité de l’HCY travaillent ensemble pour l’élaboration d’un protocole de prévention rigoureux de la MTEV tenant compte des réalités cliniques qui sont les nôtres et des niveaux de risque des patientes pour un meilleur suivi.


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