Facteurs associés à la transmission du virus de l'hépatite B de la mère à l'enfant dans 3 hôpitaux de la ville de Yaoundé.

Charifa Fouwou Njoya
Médecine interne, Université de Yaoundé 1
June, 2013
 

Abstract

Introduction : L’hépatite virale B représente un problème majeur de santé publique dans le monde. Au Cameroun l’OMS estime sa prévalence moyenne à 10%. Ceci fait du Cameroun une zone de haute endémicité. Les complications de l’hépatite B sont la cirrhose puis le cancer primitif du foie. L’on ne dispose pas encore de traitement curatif à proprement parler contre ces complications. Le cancer primitif du foie touche souvent le jeune adulte, grevant ainsi très sensiblement, la capacité de production des pays de haute endémicité.
Il existe plusieurs modes de transmission de l’hépatite B. Dans les pays africains, l’on s’accorde sur la transmission de la mère à l’enfant comme étant la plus importante dans le jeune âge, et ceci expliquerait en grande partie la haute prévalence qu’on y retrouve. Les facteurs de transmission de l’hépatite B de la mère à l’enfant sont liés à la haute prévalence dans la population générale, mais aussi très probablement aux niveaux de connaissances, aux attitudes et aux pratiques vis–à-vis de cette maladie, des femmes enceintes et du personnel de santé. C’est dans cette optique que nous avons entrepris d’étudier les facteurs associés à la transmission de l’hépatite virale B de la mère à l’enfant dans la ville de Yaoundé.

Objectifs : Il s’agissait d’identifier les déterminants de la transmission mère-enfant de l’hépatite B dans 3 hôpitaux de la ville de Yaoundé à travers la prévalence de l’hépatite B et l’évaluation des CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques) des femmes enceintes sur la TME/VHB d’une part, et l’évaluation des CAP du personnel médical en matière de PTME/ VHB d’autre part.

Méthodologie : Il s’agissait d’une étude transversale à visée analytique. Elle s’est déroulée au Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé, l’hôpital de district d’Efoulan, et l’hôpital de district de la Cité-verte. Pour l’enquête CAP des femmes enceintes, celles-ci ont été recrutées de manière consécutive, en excluant celles qui appartenaient au personnel médical. Nous avons utilisé un questionnaire pré testé. L’enquête CAP du personnel médical s’est faite à l’aide d’un questionnaire adapté à la profession médicale et para médicale.
Comme marqueurs d’infection de l’hépatite B, nous avons recherché l’AgBHs, l’AgHBe, l’AcHBc selon un algorithme pré conçu. Nous avons utilisé les tests ELISA suivants : Murex HBsAg Version 3, Murex anti HBc (total), et EASE BN-96. Les résultats étaient communiqués par la suite aux femmes enceintes, celles-ci étaient ensuite, orientées pour une consultation spécialisée le cas échéant.

Résultats : Nous avons recruté au total, 242 femmes enceintes et 45 personnels médicaux. L’enquête CAP a porté sur 235 femmes enceintes et tout le personnel médical. Chez les femmes enceintes, la moyenne d’âge était de 26,18±5,37ans. Tous les niveaux d’études étaient représentés. Concernant les données obstétricales, la majorité soit 39,26% des femmes, était des primipares.
La moyenne d’âge du personnel médical était de 32,42±9,94ans. Ce personnel était constitué de 10 médecins (22,22%), 4 infirmiers diplômés d’état (53,33%), 3 infirmiers brevetés (6,67%), et 8 aides-soignants (17,78%). La plupart du personnel médical (75,56%) avait une ancienneté d’au plus, de 5 ans. La prévalence de l’AgHBs a été de 16,11%. La prévalence de l’AcHBc a été de 64,02% et nous n’avons pas retrouvé d’AgHBe. Le niveau de connaissances est apparu faible chez 55,3% de femmes enceintes et classé au moins acceptable chez 65,53%. Le niveau de connaissances et le type d’attitudes des femmes enceintes étaient fonction de l’instruction (p<0,05) et de la profession (p<0,05). Dans l’ensemble, les femmes enceintes avaient de mauvaises pratiques. Le statut sérologique AgHBs des femmes enceintes était lié au type de pratiques (p<0,05). Il y avait une liaison entre les connaissances et les attitudes des femmes enceintes (p<0,05), entre les attitudes et les pratiques des femmes enceintes (p<0,05), et aussi entre les connaissances et les pratiques des femmes enceintes (p<0,05). Concernant l’enquête CAP chez le personnel médical, dans l’ensemble le niveau de connaissances était moyen avec un pourcentage de 42,22% et le type de pratiques était acceptable (51,11%). Les connaissances et attitudes du personnel médical étaient liées à la profession (p <0,05). Quant aux pratiques, elles étaient mauvaises dans 60% des cas.

Conclusion et Recommandations : Les risques de transmission de l'hépatite B de la mère à l'enfant sont liés à la haute prévalence du VHB et au faible niveau de connaissances sur la TME/ VHB observés chez les femmes enceintes. Ce dernier, serait dû à l'insuffisance des attitudes et pratiques du personnel médical vis-à-vis de la PTME/VHB. Aussi recommandons nous, un programme de PTME/VHB par des formations continues du personnel de santé, par l'information l'éducation et la communication sur l'hépatite B comme pour la PTME/ SIDA.


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