Bilharziose intestinale: enquête malacologique et profil épidémioclinique en milieu extrascolaire dans la localité de Meiganga

Willy Nkamnang Guinété (willnkamnang@gmail.com)
Microbiologie, Parasitologie, Hématologie, Immunonologie, FMSB, Université de Yaoundé I
July, 2015
 

Abstract

La bilharziose ou schistosomose est une maladie parasitaire chronique dues à l’infestation par des vers plats appelés schistosomes, transmise à l’homme par un mollusque d’eau douce. Elle constitue la deuxième affection parasitaire dans le monde. En 2013 l’OMS estimait à 261 millions le nombre de personnes ayant besoin d’un traitement antibilharzien dans le monde dont 90% en Afrique sub-saharienne ; Au Cameroun, 82 % des cas se retrouvent dans les trois régions septentrionales du pays où on retrouve les deux formes de la maladie.

La localité de Meiganga au Sud-Est de l’Adamaoua est un foyer connu de bilharziose intestinale à Schistosoma mansoni et bénéficie depuis 2011 des campagnes de distribution du praziquantel chez les enfants en âge scolaire, dans quatre écoles riveraines de la rivière Zandaba où avait été retrouvé les Biomphalaria.

Nous avons mené pendant sept mois une étude descriptive et analytique dont le but était de définir le profil épidémio-clinique de la maladie en milieu extrascolaire et d’inventorier les hôtes intermédiaires potentiellement infestants présents sur le cours d’eau. Nous avons utilisé un échantillonnage stratifié à deux degrés dans deux quartiers de la ville. Les mollusques ont été collectés sur deux sites particulièrement fréquentés par la population.

Au total 162 participants dont 43, soit 27 % étaient âgés de 2 à 5ans et 119, soit 73,4 % avaient un âge supérieur ou égal à 20 ans. Après avoir obtenu leur consentement éclairé ou celui des parents pour les enfants, ils ont rempli un questionnaire et ont ensuite été examiné avant de recevoir un pot à selle. L’examen parasitologique de la selle était effectué par la méthode de Kato-Katz. Les données ont été enregistrées sur le logiciel CSPRO4.1, puis transférées vers SPSS 18 pour analyse. Le test de khi-2 a servi pour la recherche des signes associés à la maladie et le test multifactoriel a permis d’identifier les facteurs de risque de la maladie.

Dans cette population la prévalence de la schistosomose à Schistosoma mansoni était de 15,4 % dont 24 % d’enfants en âge préscolaire et 64 % âgés de 20 à 40 ans. Avec une différence non significative pour le sexe (p=0,734), 40 % était de sexe masculin et 60 % de sexe féminin soit un sexe ratio de H/F=0,6. Avec 16 % de cas d’infection sévère et respectivement 40 % et 44 % d’infections modérée et légère. La charge parasitaire moyenne de 243,84 œufs par gramme de selle. Les principaux signes cliniques associés à l’infection étaient, le selles sanguinolentes (=0,000) et la pâleur des conjonctives (p=0,000) ; nous avons également relevé 8 % de cas d’hématurie dans la population malade. Les principaux facteurs de risque de la transmission de la bilharziose dans cette population étaient : le quartier de résidence (p=0,005) et le niveau d’étude (p=0,002). Il est par ailleurs à noter que le niveau de connaissance de la maladie était faible, avec seulement 41 % des adultes ayant entendu parler de la maladie dont 31 % ayant une connaissance claire du mode de transmission de la maladie. Le principal moyen de communication était le personnel de santé.

L’enquête malacologique a révélé la présence de deux hôtes intermédiaires de schistosomes dont Biomphalaria pfeffeiri hôte intermédiaire de Schistosoma mansoni et Bulinus globusus, hôte intermédiaire de Schistosoma haematobium. Le test d’émission cercarienne était négatif pour chacune des espèces.

Il ressort de cette étude que la schistosomose est un problème de santé publique dans cette population. Ainsi l’implication des personnes à risque dans la lutte contre cette parasitose à travers une bonne éducation sanitaire et la facilitation de l’accès à l’éducation pourrait avec la chimioprophylaxie contribuer à éradiquer cette endémie. Alors un effort pourrait être fait au niveau du Ministère de la santé par le PNLSHI afin que la distribution de praziquantel puisse aussi se faire fréquemment en milieu extrascolaire, et que l’éducation sanitaire puisse être renforcée au sein des populations à risque.


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