OMD4 et itinéraires thérapeutiques pluriels à l’hôpital de district d'Obala

Régine Mylène MBALLA MBA (mylenemballa@yahoo.fr)
Département de Pédiatrie, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales - Université de Yaoundé I
June, 2015
 

Abstract

Introduction:
En Afrique, l’éventail de recours thérapeutiques est large, en raison de la coexistence de plusieurs systèmes de santé. Ils vont de la médecine moderne aux médecines traditionnelles, en passant par les cultes de guérison des religions judéo-chrétiennes ou prophétiques ou encore les pratiques maraboutiques. Ce pluralisme médical africain est l’un des déterminants du retard au recours hospitalier, en raison de l’allongement des itinéraires de soins.
Objectif : Décrire la part des itinéraires thérapeutiques pluriels dans la faible réduction de la morbi-mortalité des enfants de moins de 5ans à l’Hôpital de District d’Obala (HDO). En décrivant leur profil clinique, la proportion d’enfants scarifiés, leurs itinéraires thérapeutiques et en analysant les motifs du recours prioritaire à l’ethnomédecine.
Méthodologie : Sur une période de 02 mois, nous avons reçu tous les enfants amenés en urgence au service de pédiatrie de l’Hôpital de District d’Obala; l’échantillonnage était exhaustif. Nous avons interrogé leurs parents, en entretien approfondi et en discussion de groupe (focus group discussion). L’analyse quantitative a été faite avec le logiciel Epi info 3.5.4 et les données qualitatives ont été retranscrites en corpus textuels et l’analyse du contenu s’est faite sur la base de la matrice des dimensions et de code couleur. Les données verbales en observation directe sont restituées par verbatim.
Résultats : Nous avons inclus 102 enfants de 1 à 59 mois, l’âge moyen était de 24mois, le sexe ratio était de 1.3. 82,4% des parents étaient originaires de la forêt, principalement de l’ethnie Eton. Les mères elles-mêmes (83,3%) amenaient leurs enfants à l’hôpital.Elles vivaient en union libre pour la plupart; 44,1% habitaient à moins de 3km et 36,3% à plus de 10km de l’HDO.
Le motif principal de consultation était la fièvre persistante (67,6%) et 12,7% étaient référés. Le principal facteur de gravité retrouvé était l’anémie sévère (48,0%), 27,5% des enfants avaient une détresse respiratoire. Le paludisme grave était la pathologie en cause dans 74,5% des cas. Nous avons retrouvé 14,7% de pneumonie. 9,8% des enfants sont sortis de l’hôpital avant que le diagnostic de certitude n’ait été posé. La gravité était associée de façon significative à un délai de 11à 21 jours (P=0,02, OR= 7,8) et l’analyse multivariée a démontré que le fait d’avoir un seul recours était protecteur.
Nous avons trouvé des scarifications chez 64,7% des enfants.Les délais de recours à l’Hôpital de District étaient en moyenne de 7,7 jours ; 36,3% des enfants avaient eu 2 recours avant leur arrivée, 31, 4% avaient eu un seul recours, 28,4% avaient eu au moins 3 recours et seulement 3,9% avaient été amenés directement à l’HDO. Des 98 enfants qui ont bénéficié de soins précédemment, 96,9% ont reçu une automédication qui était pour 72,6% d’entre eux faite de produits pharmaceutiques et de la pharmacopée traditionnelle. 54,1% sont passés par un CSI ou une clinique privée ; 28,6% ont été amenés chez un tradithérapeute; 10,2% dans les prières et seulement 7,1% avaient été transférés d’un autre hôpital. Le construit de l’itinéraire de soins de recours de l’échantillon pourrait-être résumé dans le verbatim suivant « Dès le premier jour, (…) je suis partie à l’hôpital, il n’y avait pas le docteur, il y avait rien que les stagiaires, elles m’ont demandé d’acheter (…) 2 jours après j’ai constaté qu’elle devenait déjà pâle, blanche on m’a demandé d’acheter le ranferon, j’ai acheté, ça n’allait pas, on m’a fait part que c’était la rate et que je dois aller traiter ça à l’indigène, on a commencé à traiter à l’indigène ; c’est hier quand je m’en vais pour le massage, qu’on me fait comprendre que, l’enfant, ça ne va pas je dois amener l’enfant à l’hôpital pour le sang, parce que l’enfant n’avait plus le sang. Je suis arrivée ici »(Mère d’un nourrisson de 10mois de sexe féminin, qui était traité pour paludisme grave.).
Sur 102 enfants reçus 32 soit 31,4% avaient un itinéraire pluriel.Ils avaient 3,8 et 9,8 fois de risque d’arriver respectivement avec une détresse respiratoire ou une malnutrition aigue sévère. L’infection urinaire était la pathologie associée aux itinéraires pluriels avec OR= 5 et P= 0,03. Tous les délais de plus de 11 jours étaient largement à risque d’itinéraires pluriels. 42,6% des enfants ayant un itinéraire pluriel sont arrivées dans un état grave, avec un risque 7,6 fois plus élevé.Les raisons évoquées pour justifier le recours sont l’efficacité sur le type de maladie (96,4%); le conseil d’un proche (75,0%), en l’occurrence un grand parent (46,4%) ; le manque de moyens financiers (42,9%) ; la pratique est naturelle (39,3%) ; 7,1% habitaient proche du tradipraticien. « noon (rire) du côté-là c’est sa grand-mère, tu sais, chez nous les BETI, quand l’enfant chauffe, il faut faire ça, il faut vraiment le faire ». 8,8% des enfants ont perdu la vie.
Le décès était significativement associé à la présence d’une détresse respiratoire (OR : 6.5 valeur P= 0.01), à un délai de plus de trois semaines (OR : 17.8 P= 0.001),sur les 4 sur 9 décès enregistrés étaient dus au paludisme, cette même proportion avaient eu un itinéraire pluriel, mais ce résultat n’était pas significatif.
Conclusion : Les itinéraires thérapeutiques pluriels constituent un risque de mortalité des enfants de moins de cinq ans à l’hôpital de district d’Obala, en raison du recours tardif. Aussi l’étude suggère-t-elle d’adopter une approche intégrative de l’ethnomédecine dans le système de santé publique au Cameroun, de manière à réduire les délais de recours.
Introduction:
In Africa, the range of therapeutic use is wide, due to the coexistence of several health systems. They range from modern medicine to traditional medicines, through the healing cults of Judeo-Christian religions or prophetic or the marabout practices. This African medical pluralismis one of the determinants for delayed hospital use, due to the extension of care routes.
Objective:
Describe the part of the diverse therapeutic routes in the weak reduction in the morbidity and mortality of children under 5 in Obala District Hospital (ODH). By describing their clinical profile, their therapeutic routes and analyzing the reasons why ethnomedicine is given priority.
Methodology:
Over a period of 02 months, we received all the children brought to the pediatric emergency department of the Obala District Hospital District; the sampling was exhaustive. We interviewed their parents, often in-depth interview and then have them gathered for discussion group(focus group discussion.) The quantitative analysis was made with Epi Info 3.5.4 software and the qualitative data were transcribed in text corpora and content analysis was done on the basis of the matrix of size and color code. Verbal data during direct observation were restituted word verbatim.
Results:
We included 102 children aged 1 to 59 months, the average age was 24 months, and the sex ratio was 1.3. 82.4% of parents were from the forest zone, mainly of the Eton ethnic group. The mothers themselves (83.3%) brought their children to the hospital. Most of them were into concubinage; 44.1% lived within 3 km and 36.3% to more than 10 km from the ODH. The main reason for consultation was persistent fever (67.6%) and 12.7% were referred. The main factor of gravity was severe anemia (48.0%), 27.5% of children had respiratory distress. Severe malaria pathology was involved in 74.5% of cases. We also found 14.7% of pneumonia. 9.8% of children were discharged from hospital before the definitive diagnosis was made. The severity was significantly associated with a delay of 11 to 21 days (P = 0.02, OR: 7.8) and multivariate analysis showed that having only one recourse was protective. We found scarsin 64.7% of children. The duration limits before consulting the ODH were on average 7.7 days; 36.3% of children had 2 consultations before coming, 31.4% had only one recourse, 28.4% had at least 3 resorts and only 3.9% had been brought directly to the ODH. Of the 98 children who received care before, 96.9% received self-medication of which 72.6% of them were made of pharmaceuticals and traditional medicines. 54.1% have gone through a health center or a private clinic; 28.6% were taken to a traditional therapist; 10.2% in prayers and only 7.1% were transferred from another hospital. The qualitative analysis well described those recourses. Among the 102 children received, 31.4% had a diverse paths.They had 3.8 and 9.8 times respectively the risk of arriving with respiratory distress or severe acute malnutrition. Urinary tract infections increased fivefold the risk of having a diversified path (OR: 5, P =0.03).The delay periods of over 11 days were largely at risk of plural routes. Children who had a diversified path ran 7.6 times more the risk of reaching the hospital in a serious condition.The reasons given to justify the recourse were effectiveness on the type of disease (96.4%); the advice from loved one (75.0%), such as a grand-parent (46.4%); the lack of financial means (42.9%); practice is natural (39.3%); 7.1% lived close to the traditional healer. About prognosis, 8.8% of children have lost their lives. The death was significantly associated with the presence of respiratory distress (OR: 6.5 P value = 0.01), and with a delay of more than three weeks (OR: 17.8 P = 0.001); 4 of 9 deaths were due to malaria; the same proportion had a diverse route routes, but the result was not significant.
CONCLUSION:
Numerous therapeutic itineraries reinforced the mortality of children under five years in the Obala district hospital, because of the late consultation. This study also suggests adopting an integrative approach to ethno-medicine in the public health system in Cameroon,so as to reduce the time spent before recourse.


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