Accès à la planification familiale par les femmes réfugiées à Yaoundé

Samuel BYILINGIRO (bysamselm4@gmail.com)
Département de Gynécologie-Obstétrique, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales - Université de Yaoundé I
June, 2015
 

Abstract

Introduction
La planification familiale permet aux individus et aux couples d'anticiper le nombre d'enfants désirés, d'espacer et de planifier les naissances. Cependant, l’accès universel à ce service de santé est loin d’être atteint. Les femmes issues des couches sociales vulnérables sont plus exposées à un accès limité à la contraception ; parmi elles se trouvent les réfugiées.

Objectifs
Evaluer l’accès à la planification familiale par les femmes réfugiées à Yaoundé à travers les barrières socioculturelles, financières et physiques.

Méthodologie
Nous avons mené une étude transversale analytique de du Novembre 2014 à Mai 2015, au centre communautaire des réfugiés à Yaoundé. Les données recueillies grâce à un questionnaire administré et anonyme, ont été saisies dans le logiciel CSPro Version 6.0. L’analyse et le traitement des données a été faite à l’aide du logiciel IBM SPSS version 20.0. L’association entre les variables a été évaluée par le test du Khi2 et une valeur de P<0,05 était considérée comme significative.

Résultats
Nous avons eu un taux de réponse de 85,18%, et la population d’étude valide était constituée de 207 femmes. L’âge des participantes variait de 15 ans à 58 ans, avec un âge moyen de 30,5 ±10,25 ans. Parmi ces femmes, 36,17% étaient en union libre et 40,58% officiellement mariées. La majorité était chrétienne (84,94%) avec une proportion de 13,53% de musulmanes. Plus de la moitié des participantes étaient centrafricaines (64,25%) avec 13,04% de rwandaises, 11,11% de congolaises (RDC), 3,38% de burundaises, 1,45% de soudanaises du Nord et 0,97% de soudanaises du Sud et Togolaises respectivement. Concernant l’alphabétisation, 16,43% n’avaient jamais été à l’école, 29,47% avaient le niveau d’étude primaire, 40,10% le niveau secondaire et 14,01% avaient un niveau universitaire. Le nombre moyen d’enfant par femme était de 3,4 enfants avec 41,55% ayant un nombre d’enfants supérieure ou égale à 3 enfants.
La sensibilisation était de 99,55% et plus de la moitié de femmes (53,63%) avait un bon niveau de connaissance de la planification familiale et 46,38% un niveau approximatif. Toutes les femmes connaissaient au moins 2 méthodes de contraception. Dans notre étude 30,92% des femmes affirmaient que leur religion est contre l’utilisation des méthodes modernes de contraception. Plus de 7 femmes sur 10 déclaraient avoir parlé de la contraception avec leur conjoint dont l’avis était défavorable dans 24,60% des cas. La décision dépendait de la femme uniquement dans 54,92% cas et 64,3 % utilisaient au moins une méthode contraceptive quelconque. Les méthodes traditionnelles comptaient pour 20,8 % et les méthodes modernes pour43,5 % : les plus utilisées étant le préservatif masculin (13,5%), la pilule (12,6%) et contraceptifs injectables (3,9%). Un total de 74 femmes n’utilisait aucune méthode parmi lesquelles 16 enceintes. Un taux de besoins non satisfaits de 36,25% a été retrouvé et 94 femmes, soit 45,41%, auraient souhaité retarder leur précédente grossesse.
La taille des familles était en moyenne de 5,4 personnes et 70,05% des participantes décriaient le manque de moyen comme raison principale pour ne pas prioriser la santé dans leur budgétisation. Les prix des méthodes contraceptives étaient connus par 37,68% des femmes et seules 18,84% les trouvaient abordables. Un pourcentage de 70,05% des femmes n’allait dans aucun centre de planification familiale et 22,2% avaient des difficultés pour se rendre dans ces services. Parmi les 135 femmes qui utilisaient un contraceptif, 40,7% avaient eu leur méthode dans milieu non hospitalier. Dans notre étude, 22,7% des participantes avaient une difficulté à communiquer avec un personnel de santé en français ou en anglais.
Par ailleurs, l’âge était associé à un bon niveau de connaissance (OR=2,4 et p=0,048 pour la tranche d’âge [45-50[ et OR= 4,6 et p=0,006 pour les femmes de plus de 50 ans) ainsi que le niveau d’éducation universitaire (OR=10,0139 et p<0,001). L’association entre les femmes en union libre, la multiparité, les femmes sensibilisées et de bonnes connaissances étaient statistiquement significative (p=0,018, p=0,025 et p<0,001). L’association entre la décision et l’utilisation d’une méthode moderne était statistiquement significative (p=0,025).

Conclusion
La planification familiale est disponible et la prévalence de la contraception est élevée parmi les femmes réfugiées. Leur accès est limité par les motifs financiers et d’acceptabilité. Les problèmes de langues se sont révélés un frein à la communication et l’échange d’information pour de meilleures connaissances et une pratique adéquate.

Aussi l’étude suggère l’élaboration des messages élargis à toute la communauté qui tiennent compte des concepts culturels et religieux pour de renfoncer les connaissances et l’utilisation des méthodes modernes à long termes.



Introduction
Family planning enables individuals and couples to anticipate the number of children desired, plan and space births. However, universal access this health service is still farfetched. Women from vulnerable social groups are more exposed to limited access to contraception; among them are refugees.

Objectives
To assess the access to family planning by refugee women in Yaounde through the socio-cultural barriers, financial and physical.

Methods
We conducted a cross-sectional analytical study of April 2015 to May 2015, the community center for refugees in Yaounde. The data collected through an anonymous questionnaire administered and were seized in the CSPro Version 6.0 software. Analysis and processing of data was made using the SPSS Version 20.0 software. The association between variables was evaluated by the test Khi2 and a P value <0.05 was considered significant.

Results
We had a 85.18% response rate and valid study population consisted of 207 women. The age of participants ranged from 15 years to 58 years, with a mean age of 30.5 ± 10.25 years. Of these, 36.17% were in common-law and married officially 40.58%. The majority were Christian (84.94%) with a proportion of 13.53% Muslim. Over half of the participants were CAR (64.25%) with 13.04% of Rwandan, 11.11% of Congolese (DRC), 3.38% of Burundi, North Sudanese 1.45% and 0, 97% of South Sudanese and Togolese respectively. Concerning literacy, 16.43% had never been to school, 29.47% had completed primary studies, 40.10% secondary level and 14.01% had university level. The average number of children per woman was 3.4 children with 41.55% with a higher number of children 3 or more children.
Awareness was 99.55% and over half of women (53.63%) had a good level of knowledge of family planning and an approximate level 46.38%. All women knew at least 2 methods of contraception. In our study 30.92% of women reported that their religion is against the use of modern contraceptive methods. More than 7 in 10 women said they had discussed contraception with their partner whose opinion was unfavorable in 24.60% of cases. The decision depended on the woman only in 54.92% cases and 64.3% used at least one contraceptive method. Traditional methods accounted for 20.8% and modern methods 43.5%: the most used is the male condom (13.5%), the pill (12.6%) and injectables (3.9%). A total of 74 women did not use any method including 16 speakers. A rate of unmet needs of 36.25% was found and 94 women (45.41%) would have preferred to delay their previous pregnancy.
Family size averaged 5.4 persons and 70.05% of participants decried the lack of means as the main reason for not prioritize health in their budgeting. Prices of contraceptive methods were known by 37.68% of women and only 18.84% were affordable. A percentage of 70.05% of women would in any family planning clinic and 22.2% found it difficult to travel to these services. Among the 135 women who used contraception, 40.7% had had their way in non-hospital settings. In our study, 22.7% of participants had difficulty communicating with health staff in French or English.
Moreover, age was associated with a good level of knowledge (OR = 2.4 and p = 0.048 for the age group [45-50 [and OR = 4.6 and p = 0.006 for women over 50) and the level of university education (OR = 10.0139 and p <0.001). The association between women in common-law, multiparity, sensitized women and good knowledge was statistically significant (p = 0.018, p = 0.025 and p <0.001). The association between the decision and the use of a modern method was statistically significant (p = 0.025).

Conclusion
Family planning is available and contraceptive prevalence is high among refugee women. Their access is limited by financial reasons and acceptability. Language problems have proved a barrier to communication and exchange of information for better knowledge and adequate practice.

As the study suggests developing messages extended to the whole community that consider cultural and religious concepts for renfoncer knowledge and use of modern methods long term.


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