FACTEURS PREDICTIFS DE LA DEPRESSION MENTALE APRES UN ACCIDENT VASCULAIRE CEREBRAL A YAOUNDE

Gabrielle Tatiana NGATEU BANG (gabrielletati@yahoo.fr)
Département de Médecine interne, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de l'Université de Yaoundé I
June, 2015
 

Abstract

Introduction.- L’accident vasculaire cérébral (AVC) est un problème de santé publique dans le monde. La mortalité reste élevée surtout dans les pays en voie de développement. Les survivants font souvent face à des comorbidités au rang desquelles les troubles psychiatriques dont la dépression mentale qui est la plus fréquente. La dépression mentale compromet le pronostic fonctionnel et même vital des patients présentant déjà un handicap. Les facteurs liés à la sévérité de l’AVC de même que le stress induit sont impliqués dans la pathogénèse de cet état. Une étude au Cameroun a trouvé une prévalence élevée de l’ordre de 25,3%. Plusieurs problèmes se dégagent de cette entité parmi lesquelles ceux des facteurs qui prédiraient la survenue de la dépression mentale chez les patients victimes d’AVC. C’est pourquoi, nous avons entrepris de les rechercher dans deux hôpitaux de Yaoundé.

Objectifs.- Le but de cette étude était de déterminer les facteurs prédictifs de la dépression mentale après un AVC. Plus spécifiquement, il s’agissait de déterminer la prévalence de la dépression mentale précoce dans la population d’étude, ensuite de rechercher ses facteurs prédictifs.

Méthodologie.-Pour atteindre nos objectifs, nous avons mené une étude longitudinale sur une période de six mois de novembre 2014 à avril 2015 dans les hôpitaux Central et Général de Yaoundé. La procédure a inclus les patients âgés d’au moins 18 ans qui avaient un AVC récent confirmé avec ou sans trouble de langage. La dépression était évaluée à l’aide des questionnaires de l’Aphasia et d’Hamilton Depression Rating Scale respectivement chez les aphasiques et les non aphasiques. L’analyse des données a été faite à l’aide des logiciels Epi info version 3.5.4 et Microsoft Excel 2010. Les analyses univariées et multivariées ont été utilisées pour déterminer les facteurs prédictifs de la dépression mentale. Le seuil de significativité a été fixé à p < 0,05.

Résultats.-Nous avons recruté 52 patients avec une prédominance masculine (sex ratio de 1,17). L’âge moyen était de 57,13 ± 14 (20 - 81 ans). L’AVC était majoritairement ischémique (63,5%) et les facteurs de risque les plus représentés étaient l’hypertension artérielle (83,7%), les dyslipidémies (44,9%). L’AVC était sévère selon le NIHSS chez 32,69% et le handicap persistant évalué par le score de Rankin aux visites était en moyenne de 4. Le déficit cognitif était présent chez 23,1% et 15,4% ont eu un syndrome dépressif durant l’hospitalisation. Près de 63,5% des patients avaient eu un évènement de vie antérieur à l’AVC. La dépression mentale a été diagnostiquée chez 38,5% des patients dans les 3 mois. Plus précisément chez 46,15% dans la population aphasique et chez 35,9% chez les autres. Le sexe féminin (p=0,03), la sévérité de l’AVC par le NIHSS (p=0,006) et l’épisode dépressif (p=0,003), le handicap moteur persistant (p = 0,01) et la dépendance fonctionnelle (p = 0,043) étaient des facteurs prédictifs de dépression mentale. En modèle de régression logistique multiple, seul un NIHSS ≥ 10 était prédicteur d’une dépression mentale.

Conclusion.-La prévalence de la dépression mentale dans une population atteinte d’AVC au Cameroun est élevée. Le principal facteur prédictif retrouvé est la sévérité initiale évaluée par le NIHSS.

Recommandations.-Nous recommandons d’intégrer un soutien psychiatrique dans la prise en charge des AVC.


Background.- Stroke is a public health problem worldwide. The mortality remains high especially in developing countries. Survivors often face comorbidities amongst which mental depression is the most common. Depression impairs the functional and vital prognosis of patients who already have disabilities. Factors related to the severity of stroke as well as the induced stress are involved in the pathogenesis of this condition. A study in Cameroon found a high prevalence of about 25.3%. Several problems emerge from this entity including the factors that would predict the onset of depression in stroke patients. We therefore sought to study those factors in two hospitals in Yaounde.

Objectives.- The aim of this study was to determine predictors of post-stoke depression. Specifically we sought to determine the prevalence of early onset depression in the study population, and then look for the predictors.

Methodology.-To achieve our goals, we conducted a longitudinal study over a six month period from November 2014 to April 2015in the Central and General hospitals of Yaounde. We included patients aged as from18 years who had a confirmed recent stroke and with or without speech difficulties. Depression was assessed using questionnaires of Aphasia and Hamilton Depression Rating Scale in aphasic and non-aphasic patients respectively. Data analysis was done using the software Epi Info version 3.5.4 and Microsoft Excel2010.Univariate and multivariate analyzes were used to determine predictors of mental depression. The significance level was set at p < 0.05.

Results.- We enrolled 52 patients with a male predominance (sex ratio: 1.17). The mean age was 57.13 ± 14 (20-81 years). The stroke was mostly ischemic (63.5%) and the most represented risk factors were hypertension (83.7%), dyslipidemia (44.9%). The stroke was severe according to the NIHSS in 32.69% of the cases, and persistent disability assessed by Rankin score visits averaged 4. Cognitive impairment was present in 23.1% presented and 15.4% had a depressive syndrome during hospitalization; patients up 65 were more depressed (50%). 63.5% of patients had a previous life event to stroke. Mental depression has been diagnosed in 38.5% of patients within 3 months. Specifically in 46.15% of the aphasic population and in 35.9% for others. The female sex (p = 0.03), severity of stroke by the NIHSS (p = 0.006), depression syndrome (p = 0.003), persistent motor disability (p = 0.01) and functional dependence (p = 0.043) were predictive of mental depression. In multiple logistic regression model, only a NIHSS ≥ 10 was predictor of depression.

Conclusion.-The prevalence of post-stroke depression in Cameroonian is high. The severity of stroke was the principal predictor.

Recommendations.-We recommend incorporating psychiatric support in the management of stroke.


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