Profil mycologique des onychomycoses à Yaoundé et impact sur la qualité de vie

ULRICH NGUENA FEUNGUE
Département de Parasitologie Mycologie Maladies infectieuse Hématologie Immunologie, FMSB, Yaoundé 1
July, 2015
 

Abstract


Les onychomycoses sont des infections fongiques de l’appareil unguéal causées par les dermatophytes, les levures et les moisissures. Leur prévalence dans la population générale varie de 2 à 26,9%. En raison de leur caractère disgracieux et de la fréquence significative de la douleur, les onychomycoses peuvent altérer la qualité de vie du patient. Selon une étude camerounaise faite en 2008 sur le sujet, , et étaient les principaux agents étiologiques des onychomycoses ; l’impact sur la qualité de vie des patients n’avait pas été évalué. Nous nous sommes proposés d’étudier le profil mycologique actuel des onychomycoses en consultation externe de dermatologie à Yaoundé et d’évaluer l’impact sur la qualité de vie des patients.

Il s’agissait d’une étude transversale descriptive. Elle s’est déroulée sur une période de 6 mois : du 20 Octobre 2014 au 28 Mars 2015 en consultation externe de dermatologie du Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé, de l’Hôpital Central de Yaoundé, de l’Hôpital General de Yaoundé, de l’Hôpital Gynéco-obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé, de l’Hôpital de Région Militaire N°1 de Yaoundé et du Centre Médical d’Arrondissement d’Eligesono de Yaoundé. Dans les lieux d’étude, nous avons fait un recrutement consécutif des patients ayant des signes cliniques suspects d’onychomycoses. Nous leur avons administré un questionnaire pour la détermination du profil mycologique et pour l’évaluation de la qualité de vie à l’aide du « specific quality of life questionnaire » de Drake et al. Nous leur avons également fait un prélèvement unguéal pour analyse biologique au laboratoire de mycologie de la Faculté de Médecine et de Sciences Biomédicales sous la supervision d’ mycologue.
L’examen direct a été fait à la potasse à 30% et la culture sur le milieu Sabouraud-Chloramphénicol d’une part et Sabouraud Chloramphénicol actidione d’autre part. Concernant les levures, a été identifié grâce au test de Blastèse et les levures dont le test de Blastèse était négatif ont été identifiées grâce à leurs caractères biochimiques dans les galeries api 10 Candida. Les dermatophytes et les moisissures ont été identifiés grâce à leurs caractéristiques macroscopiques et microscopiques en culture.
Les tests de Chi carré ou de Fisher ont été utilisés pour comparer les pourcentages, le test de Student pour comparer les moyennes et celui de Mann Whitney Wilcoxon pour comparer les médianes. Le seuil de significativité a été fixé à 5%.

Durant notre étude, nous avons examiné 3457 patients. Les onychopathies suspectes d’onychomycoses représentaient la 5ème pathologie la plus fréquente en consultation externe. Cent dix-sept patients ont été inclus dans l’étude. Nous avons réalisé 56 prélèvements au niveau des doigts et 77 au niveau des orteils soit un total de 133 prélèvements ; 16 patients avaient une localisation mixte (doigts et orteils). La confirmation mycologique (examen direct et/ou culture positive) a été obtenue sur 110 prélèvements (110/133 ; 82,7%) prelevés chez 96 patients soit une prévalence des onychomycoses de 2,8% (96/3457). Des 133 cultures faites, 97 étaient positives et il y avait 2 coinfestations soit un total de 99 germes isolés. Les dermatophytes (52/99 ; 52,5%) étaient le plus souvent en cause pour les onychomycoses des orteils ; les principaux dermatophytes isolés étaient (23/52 ; 44,2%) et (11/52 ; 21,2%). Les levures (43/99 ; 43,43%) étaient le plus souvent en cause dans les onychomycoses des doigts et associées à un périonyxis (P<0,001). était la levure la plus isolée (31/43 ; 72,1%). Les moisissures ont été isolées sur 4 échantillons (4/99 ; 4%). La forme sous unguéale distolatérale était la forme clinique prédominante (83/133 ; 62,4%). Quatre vingt quatre patients (84/96 ; 84%) ayant une onychomycose avaient une qualité de vie altérée. Lorsque l’onychomycose concernait les doigts, la qualité de vie était d’autant plus altérée que l’individu était de sexe féminin ou lorsqu’il existait un périonyxis. Lorsque l’onychomycose concernait les orteils, la qualité de vie était d’autant plus altérée que l’onychomycose évoluait depuis 1 à 5 ans.

La prévalence des onychomycoses en consultation externe de dermatologie à Yaoundé est de 2,8%. , et sont les agents étiologiques les plus fréquents. Les moisissures ont été rarement impliquées dans notre étude. Chez 84% des patients ayant une onychomycose, la qualité de vie était altérée.
Au terme de ce travail, nous recommandons à la communauté scientifique de poursuivre ce travail en déterminant le profil de sensibilité des germes isolés aux antifongiques d’une part et de traiter tous les patients présentant les onychomycoses d’autre part.


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