Efficacité et tolérance de la spironolactone chez des patients atteints de maladie rénale chronique : effet sur la pression artérielle et la protéinurie

Nadine NGATCHOU (kesnadine@yahoo.fr)
médecine interne et specialités, Université de Yaoundé 1
June, 2013
 

Abstract

INTRODUCTION : La maladie rénale chronique (MRC) est un problème de santé publique croissant. Elle affecte 1 adulte sur 10.dans le monde. Les dépenses allouées au traitement de l’insuffisance rénale chronique terminale sont énormes et le risque cardiovasculaire à ce stade de la maladie est très élevé. L’enjeu est donc de prévenir la survenue de la maladie et de ralentir sa progression. L’hypertension artérielle et la protéinurie sont reconnues comme des facteurs de progression de la MRC, d’où la recommandation d’utiliser en première intention dans cette population de patients, des bloqueurs du système rénine-angiotensine-aldostérone. Cependant sous administration au long court de ces médicaments, un phénomène d’« aldostérone breakthrough » est retrouvé chez 30-50% des patients, avec comme conséquence : un risque d’augmentation de la protéinurie et de dégradation de la fonction rénale.
OBJECTIF : Le but de cette étude était de rechercher l’effet à court terme (6 semaines) de la spironolactone sur la pression artérielle, la protéinurie ; et d’évaluer sa tolérance chez des malades rénaux chroniques camerounais.
METHODOLOGIE : Nous avons réalisé une étude clinique randomisée et ouverte du 10 Septembre 2012 au 17 Avril 2013. Elle s’est déroulée dans 3 centres hospitaliers de Yaoundé : l’Hôpital Général, l’Hôpital Central et le Centre Hospitalier et Universitaire. Nous avons recruté de manière consécutive des patients adultes avec une maladie rénale chronique stade 1 à 4 (KDOQI), et une pression artérielle >130/80 mmHg malgré la prise d’au moins 3 antihypertenseurs dont un bloqueur du système rénine-angiotensine-aldostérone et un diurétique pendant au moins 3 mois. Nos critères primaires de jugement étaient : une baisse d’au moins 10 mmHg de la pression artérielle systolique ou d’au moins 5 mmHg de la pression artérielle diastolique ; ainsi qu’une réduction d’au moins 30% de la protéinurie. Les critères secondaires étaient la survenue d’hyperkaliémie, d’effets secondaires cliniques, et d’une baisse du débit de filtration glomérulaire au moins 25%. Les patients éligibles ont suivi une phase d’optimisation du traitement antihypertenseur en 2 à 4 semaines, au terme de celle-ci, ceux qui n’étaient pas contrôlés ont été randomisés en 2 groupes pour recevoir soit de la spironolactone à 25 mg/jour, soit un traitement conventionnel. Les visites de suivi avaient lieu à la 2ème, la 4ème et la 6ème semaine. Au cours de celles-ci, les effets secondaires cliniques étaient recherchés. La pression artérielle et la kaliémie étaient mesurées au début du traitement et à chaque visite. La créatininémie, le débit de filtration glomérulaire (CKD EPI 2009) et la protéinurie étaient déterminées au début du traitement ainsi qu’à la 4ème et la 6ème semaine. Nous avons obtenu une clairance éthique du comité d’éthique de la Faculté de médecine et des Sciences biomédicales de l’université de Yaoundé 1. Les analyses statistiques ont été réalisées à l’aide du logiciel SPSS version 18.0. Le seuil de significativité a été fixé à 5%.
RESULTATS : Des 56 patients éligibles, 22 remplissaient les critères d’inclusion et ont été randomisés à raison de 11 dans le groupe Spironolactone et 11 dans le groupe Témoin. Il y a eu un perdu de vue dans chaque groupe pour motif de délocalisation. Les caractéristiques de base des patients dans les 2 groupes étaient comparables : âge (p=0,622), genre (p=1,00) DFG (p=0,677) kaliémie (p=0,821), protéinurie (p=0,821), pression artérielle (p=0,374) ; excepté en ce qui concerne l’indice de masse corporel. 70% des patients étaient diabétiques. Dans le groupe spironolactone, il y avait une baisse significative de la pression artérielle, de 155±14 / 88±12 mmHg à 130±13 / 78±14 mmHg à l’automesure (p=0,025). Critères de jugement primaires : l’effet sur la pression artérielle systolique était comparable dans les 2 groupes [spironolactone 78% vs témoin 70% (p=0.315)], sur la pression artérielle diastolique : spironlactone 78% vs Temoin 40% (p=0,043). Effet sur la protéinurie : Spironolactone 78% vs Temoin 20% (p=0,035) ; Critères secondaires : Aucun effet secondaire clinique retrouvé ; Hyperkaliémie : Spironolactone 20% vs témoin 0%; baisse du débit de filtration glomérulaire : Spironolactone : 23,7% vs Témoin 10,1% (0,191).
CONCLUSION : Les résultats de cette étude montrent le bénéfice de l’emploi, chez les malades rénaux chronique camerounais de la spironolactone à faible dose, tout en soulignant la nécessité d’une surveillance biologique des patients sous ce traitement.
Mots clés : Spironolactone – Maladie rénale chronique - Effet antihypertenseur - Effet antiprotéinurique - Tolérance.


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