Evaluation de la qualité de vie chez les personnes vivant avec le VIH suivies au Centre de Traitement Agréé de l'Hopital Jamot de Yaoundé

MARIH BEIDI Christiane (marihchristiane@yahoo.com)
Département de Médecine interne, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales - Université de Yaoundé 1
June, 2015
 

Abstract

Résumé
Introduction
La qualité de vie est définie selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme étant la perception qu’un individu a de sa place dans la vie, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lequel il vit, en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes. C’est un concept multidimensionnel qui peut être influencé par la santé physique du sujet, son état psychologique, son niveau d’indépendance, ses relations sociales et sa relation aux éléments essentiels de son environnement. Dans le contexte de l’infection à VIH, il apparait nécessaire de considérer la qualité de vie en intégrant la dimension de la maladie et des traitements : c’est-à-dire de ne pas considérer le malade uniquement d’un point de vue clinique. Il s’agit de percevoir le poids des traitements, le retentissement physique, psychologique et social occasionnés par la maladie.
Objectifs
Les objectifs de cette étude étaient d’évaluer la qualité de vie chez les Personnes vivant avec le Virus de l’Immuno Déficience Humaine (PVVIH) suivies au Centre de Traitement Agrée (CTA) de l’Hôpital Jamot de Yaoundé (HJY), la comparer à celle des personnes séronégatives au VIH et déterminer les facteurs associés à la qualité de vie chez les PvVIH.
Méthodologie
Il s’agissait d’une étude transversale comparative. Elle s’est déroulée pendant une période de quatre mois, allant de Janvier à Avril 2015. Les PVVIH âgées de 18 ans et plus ont été recrutées au sein de l’HJY plus précisément au CTA grâce à un échantillonnage systématique à pas égal à 4. Le groupe contrôle quant à lui était composé des personnes de la communauté interrogées dans les ménages situés dans trois Districts de Santé choisis au hasard sur les six que compte le département du Mfoundi (Nkolbisson, Biyem-Assi, Djoungolo). Le premier ménage et l’itinéraire étaient ceux utilisés au cours des Journées Nationales de Vaccination. Ces personnes étaient appariées selon l’âge (plus ou moins 5 ans) et le sexe aux PVVIH, avec auto déclaration d’être séronégatif au VIH. Les données de base étaient collectéessuivant un questionnaire préétabli permettant de recueillir les données sociodémographiques, les habitudes alcooliques et tabagiques. Chez les PVVIH, l’observance aux antirétroviraux (ARV) mesurée à l’aide de l’index d’observance du Center for Adherence Support Evaluation (CASE adherence index), la date de dépistage et du début des ARV, le taux de lymphocytes T CD4 récent ont été collectés. L’évaluation de la qualité de vie s’est faite en utilisant le score générique de qualité de vie short-form health survey with 36 question (SF-36) composé de 36 questions regroupées en trois catégories (statut fonctionnel, bien être et évaluation globale de la santé).Un score résumé physique et un score résumé psychique ont été calculés selon un algorithme établi. Le modèle linéaire général a été utilisé pour rechercher les facteurs indépendants associés à la qualité de vie.
Résultats
Au total 463 PVVIH et 462 sujets séronégatifs pour le VIH ont été inclus dans notre étude. Le groupe de sujets séronégatifs au VIH avait un score moyen de qualité de vie inférieur au groupe de PVVIH dans les deux grandes dimensions santé physique(82,43 vs 77,89 ; p ˂ 0,001) et santé mentale (78,86 vs 71,44 ; p ˂ 0,001). Il n’existait pas de différence significative au niveau des scores dans les sous dimensions fonctionnement physique (88,08 vs 90,33 ; p= 0,52) et santé mentale (68,99 vs 69,77; p= 0,807). Le groupe de sujets séronégatifs au VIH avait un score moyen de qualité de vie inférieur aux PVVIH dans les six sous dimensions restantes. Les facteurs indépendants associés à la qualité de vie des PVVIH étaient pour le score physique: Les comorbidités [coefficient β (IC à95% : 11,85 (8,32; 15,39) p ˂ 0,001] et le taux de CD4 récent [coefficient β (IC à95% : 3,64 (1,09 ; 6,19) p = 0,005]. Pour le score mental on avait : L’âge [coefficient β (IC à95% : -4,91 (-7,99 ; -1,83) p = 0,002], les comorbidités [coefficient β (IC à95% : 9,45 (6,42; 12,48) p ˂ 0,001] et le taux de CD4 récent [coefficient β (IC à95% : 2,45 (0,25 ; 4,64) p = 0,029].
Conclusion
Au terme de cette étude nous retenons que :
• Les PVVIH suivies à l’hôpital Jamot de Yaoundé ont une meilleure qualité de vie que des personnes séronégatives au VIH de la population générale ;
• Les facteurs indépendants associés à une meilleure qualité de vie chez les PVVIH sont : Pour le score physique : un taux de lymphocytes T CD4 récent supérieur à 200/mm3et l’absence de comorbidités ;Pour le score mental : l’âge inférieur à 40 ans, un taux de lymphocytes T CD4 récent supérieur à 200/mm3 et l’absence de comorbidités.
Mots clés : Qualité de vie, PVVIH, facteurs associés.
Abstract
Introduction
Quality of life is defined by the World Health Organization (WHO) as the perception that an individual has his place in life, in the context of culture and value system in which he lives in relation to his goals, expectations, standards and concerns. This is a multidimensional concept which can be influenced by the physical health of the individual, psychological state, level of independence, social relationships and his relation to the essential elements of his environment. In terms of HIV-infected individuals, it appears necessary to consider the quality of life by integrating the dimensions of the disease and treatment, that is, not to treat the patient only from a clinical point of view. It is therefore necessary to weigh the treatments and evaluate the physical, psychological and social impacts of the disease.

Objectives
The objectives of this study were to assess the quality of life for persons living with the Human Immunodeficiency Virus(PLHIV) followed-up at the Treatment Centre (CTA) of the Jamot Hospital of Yaounde (JHY), compareit to that of HIV Negative individuals and identify factors associated with quality of life for PLHIV.

Methodology
This was a cross sectional study comparing the quality of life of PLHIV to that of control subjects not infected with HIV. The study duration was four months, from January to April 2015.PLHIV 18 years and older were recruited from the JHY specifically CTA through one-on-four systematic sampling. The control group was composed of people from the community interviewed in households in three health districts randomly selected from the six that make up the Mfoundi Division (Nkolbisson, Biyem-Assi, Djoungolo). The first household and direction chosen were those used in the National Immunization Days. These people were matched for age (± 5 years) and sex ofPLHIV, with self-declaration to be HIV-negative. After informing the participants, a consent form was signed before the baseline data were collected using a pre-established questionnaire comprising of information on the socio-demographic data, alcohol habits, smoking habits and quality of life. Among PLHIV, the following data were also collected: adherence to antiretroviral (ARV) measured using the Center for Adherence Support Evaluation (CASE adherence index), the date of diagnosis,date of onset of ARV and the most recent T4- lymphocyte count. The assessment of quality of life was made using the generic quality of life short-form health survey score with 36 questions (SF-36) grouped into three categories (functional status, well-being and Evaluation of overall health). A physical score and psychic score were calculated according to the established algorithm. The general linear model was used to search the independent factors associated with quality of life.

Results
Overall 463 PLHIV and 462 HIV-negative subjects were included in our study. A female predominance was noted in each group. The median ages for PLHIV and for HIV negative individuals were 42 and 38 years respectively. The median (interquartile range) of initial CD4 count was 147, 95 (1-1470) and that of the most recent CD4 count was 415 (4-1627) cells / mm3. The median (interquartile range) duration of ARV treatment was 42.05 (1.02 to 205.01) months among PLHIV. Regarding adherence to ARVs, 88.76% of PLHIV had good adherence to ARVs. The group of HIV-negative individuals had a mean score of quality of life lower than the group ofPLHIV in the two large dimensions; physical health (82.43 vs 77.89; p ˂ 0.001) and mental health (78.86 vs 71.44; p ˂ 0.001). There was no significant difference in scores in the sub dimensions of physical activities (88.08 vs 90.33; p = 0.52) and mental health (68.99 vs 69.77; p = 0.807). The group of HIV-negative subjects had a mean score of quality of life lower than the PLHIV in the remaining six sub dimensions
The major factors influencing the physical score of quality of life of PLHIVwere: Comorbidities [coefficient β (95 IC%: 11.85 (8.32; 15.39) p ˂ 0.001] and the recent CD4 count [β coefficient (95 IC%: 3.64 (1.09; 6.19) p = 0.005];and for the mental score: Age [β coefficient ( 95% CI: -4.91 (-7.99; -1.83) p = 0.002], comorbidities [β coefficient (95% CI: 9.45 (6.42; 12.48) p ˂ 0.001] and the recent CD4 count [β coefficient (IC 95%: 2.45 (0.25, 4.64) p = 0.029].

Conclusion
From our results, we conclude that:
• The PLHIV followed-up at the Jamot hospital in Yaounde have a better quality of life compared to HIV negative people of the community;
• Factors associated with better quality of life for PLHIV were: For the physical score: a recent CD4 count above 200 / mm3 and absence of comorbidities;For the mental score: age less than 40 years, a recent CD4 count above 200 / mm3 and absence of comorbidities;
Keywords: Quality of life, PLHIV, associated factors.


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