Approches thérapeutiques de la prise en charge médicale de la co-infection VIH/Ulcère de Buruli à l'Hôpital de district d'Akonolinga

Olga Laetitia BELL (gala.ebell@gmail.com)
Département de médecine interne et spécialités, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales-Université de Yaoundé 1
June, 2015
 

Abstract

RÉSUMÉ

Introduction: Le traitement de la co-infection VIH/Ulcère de Buruli (UB) se base sur l’expérience de la co-infection VIH/tuberculose. Cependant, les conséquences cliniques liées à l’utilisation conjointe des traitements antimycobactériens et antirétroviraux (ARV) sont peu décrites, notamment la toxicité et les interactions médicamenteuses associées.

Objectif: Décrire les conséquences de l'utilisation conjointe du traitement antirétroviral et antibiotiques spécifiques de l’ulcère de Buruli sur l’évolution clinique des patients co-infectés VIH/UB.

Méthodes: Une étude rétrolective de dossiers a été menée sur une cohorte de patients co-infectés au VIH admis au Centre de Diagnostic et de Traitement de l’Ulcère de Buruli (CDT UB) d’Akonolinga entre Janvier 2008 et Mars 2015 et sous traitement concomitant ARV et antibiotiques spécifiques. Les patients avaient été suivis au moins 12 mois après la fin de l’antibiothérapie spécifique. L’approche thérapeutique a été évaluée en déterminant les délais d’initiation, l’observance et la tolérance aux traitements ; la réponse clinique et les facteurs pouvant influencer ceux-ci. La réponse clinique portait sur le délai de cicatrisation ; les taux de cicatrisation, rechute et décès.

Résultats: Des 66 patients recrutés, le délai médian d’initiation des ARV après début de l’antibiothérapie spécifique était de 3 [0-15] semaines. Les combinaisons suivantes étaient retrouvées entre protocoles ARV et antibiotiques spécifiques: rifampicine/névirapine (n=22/65) ; clarithromycine/éfavirenz (n=17/22). Une différence significative dans l’observance au traitement spécifique était observée avec les protocoles associant éfavirenz (p=0,021). Le délai médian de cicatrisation des lésions était de 170 [98-321] jours, 75,7% des patients ont cicatrisé. Le taux de retard de cicatrisation était de 51,5%, la catégorie de lésion y étant significativement associée (p=0,002). Une forte proportion de retard de cicatrisation (18/34) et les cas de rechute (3/66) et de décès (2/66) étaient retrouvés chez les sujets en immunodépression sévère.

Conclusion: La réponse clinique des sujets co-infectés UB/VIH au traitement combinant ARV et antibiotiques spécifiques témoigne la nécessité de l’initiation précoce des antirétroviraux, indépendamment de la catégorie de lésions d’UB, en cas d’immunodépression sévère. Les protocoles thérapeutiques appliqués ici doivent cependant être reconsidérés.


SUMMARY

Background: Treatment of HIV/Buruli ulcer co-infection is based on the experience of HIV/tuberculosis co-infection. However, the clinical consequences of combined antiretroviral and antibiotic therapy are unclear, including significant toxicity and drug interactions.

Objective: To describe the consequences of combined antiretroviral (ART) and antibiotic therapy on clinical outcomes of Buruli ulcer/HIV-co infected patients.

Methods: A retrospective study was conducted at the Akonolinga District Hospital. The period study was January 2008 to March 2015. We targeted Buruli ulcer/HIV-co infected patients who had received both antiretroviral and antibiotic therapy. Those who had been followed at least 12 months after the end of the antibiotic therapy were included in our study. The therapeutic approach was evaluated by determining the timing of initiation, adherence and tolerance to treatments, clinical response and associated factors. Clinical response was base on the timing of wound healing, relapse and death rates.

Results: Of the 66 patients enrolled, the median timing of ART initiation after the start of the antibiotic therapy was 3 [0-15] weeks. The following combinations were observed between ART regimens and antibiotics protocols: rifampicin/nevirapin (n=22/65); clarythromycin/efavirenz (n=17/22). A significant difference in adherence to specific antibiotic therapy was observed with regimens combining efavirenz (p=0.021). The median timing to wound healing was 170 [98-321] days; 75.7% of patients healed. The rate of late wound healing was 51.5% with Buruli ulcer lesion category being significantly associated to the latter (p=0.002). A high proportion of late wound healing (18/34); relapse (3/66) and death (2/66) were found in patients with severe immunodepression.

Conclusion: The clinical response of Buruli ulcer/HIV-co infected patients on combined antiretroviral and antibiotic therapy demonstrates the importance of early initiation of ART in patients with severe immunodepression, regardless of the category of UB lesions. The therapeutic protocols applied here however, must be reconsidered.


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