Compétences des populations de Garoua vis-à-vis de la contraception en post-partum

Jessica Sanda Souore (ss.jessy02@yahoo.fr)
public health, The University of Yaounde 1
June, 2016
 

Abstract

Introduction : Le planning familial (PF) est l’ensemble des moyens qui concourent au contrôle des naissances, dans le but de permettre aux couples d’anticiper le nombre d’enfants désirés, d’espacer et de planifier leur naissance. C’est un pilier majeur de la santé de la reproduction. Il peut être proposé à tout moment, mais le planning familial du post-partum (PP) revêt un tout autre intérêt, car permet l’effectivité du nécessaire repos intergénésique de 12 mois permettant à la nouvelle mère de recouvrer de manière optimale son bien-être physique et mental pour mieux s’occuper de son enfant. Nous nous sommes ainsi proposer d’évaluer le niveau de compétences des populations de Garoua en matière de contraception en PP.

Objectif général : Décrire le niveau de compétences des populations de Garoua vis-à-vis de la contraception en PP à travers leurs connaissances, attitudes et pratiques.

Méthodologie : Nous avons mené une étude CAP (Connaissances, attitudes et pratiques) mixte (qualitative et quantitative) à visée analytique de Novembre 2014 à Mars 2015. Pour le volet quantitatif, nous avons retenu 240 questionnaires. L’étude qualitative s’est faite à partir de 04 groupes constitués de 06 personnes chacun. Soit, les hommes et les femmes peu scolarisés, les hommes et les femmes scolarisés. L’analyse des données quantitatives a été faite à l’aide du logiciel Epi Info version 3.5.4; celle des données qualitatives a été faite sur la base de la matrice des dimensions, et les données verbales ont été restituées par verbatim’.

Résultats : 240 personnes dont 120 hommes et 120 femmes ont été recrutées. Les âges variaient de 15 à 49 ans pour les femmes et 15 à 59 ans pour les hommes. La tranche d'âge la plus représentée était celle de [25-34] ans, le nombre maximal d’enfant était de 12. La majorité des personnes avait vu naître leur enfant dans une formation sanitaire (86,70%), et 17,50% des femmes avaient eu une grossesse sans retour de couches de la grossesse précédente.
Bien que près de la moitié de l’échantillon (46,30%) avait entendu parler de contraception en post-partum (PP), seuls 13,75% donnaient une réponse juste sur le rôle de la contraception et 60,40% des personnes ne situaient pas le PP comme moment d’initiation de la contraception. L’abstinence prolongée en vigueur dans les sociétés africaines semblait de mise dans la ville de Garoua. En effet, l’abstinence jusqu’à ce que l’enfant marche était citée par 31,40% des interviewés : « Quand la femme accouche elle va chez ses parents et ne revient que quand l’enfant marche déjà » (Homme peu scolarisé). Aussi, seuls 2,50% de l’échantillon avaient de bonnes connaissances et étaient toutes des femmes.
Les attitudes adoptées face à la contraception en PP étaient à majorité néfastes (50%) et erronées (47,90%). Les motifs principaux de la faible importance contraceptive étant la perception erronée d’une absence de susceptibilité de grossesse tant que l’enfant n’était pas sevré (92,00%) et le risque d’intoxication de l’enfant allaité par les méthodes de contraception modernes : « Quand on s’injecte là ça peut passer dans le lait et donner les maladies au bébé » (Femme peu scolarisée). Par ailleurs, la contrainte d’accès géographique était citée uniquement par les femmes (13,30%).
Les pratiques étaient néfastes pour 41,30% de l’échantillon. Le non recours à la contraception en période de PP était lié pour les femmes à la méconnaissance des différentes méthodes offertes (23,20%) et pour les hommes, à la peur de la stérilité secondaire que pourrait engendrer les méthodes de contraception modernes (16,20%) : « Ces choses des blancs on ne sait pas ce que ça contient. Les gens ont même peur de la vaccination. Chez nous en Afrique les enfants c’est la première richesse» (Homme scolarisé). Les femmes étaient les plus impliquées quant au contrôle des naissances. En effet, 61,70% des femmes avouaient avoir pratiqué une méthode contraception en PP ; contre 55,80% pour les hommes. « Ce sont généralement les femmes qui prennent l’initiative de faire la contraception et l’homme approuve ou désapprouve » ; « D’autres femmes le font même en cachette ».
Aucun niveau de bonnes compétences des populations du DS de Garoua vis-à-vis de la contraception en pp n’a été enregistré. Les facteurs d’exposition à la mauvaise compétence étaient : Le sexe masculin (P=0,02), les naissances chez les accoucheuses traditionnelles (P=0,14), le faible niveau scolaire (P=0,002 pour les non scolarisés et P=0,003 pour ceux du primaire), la religion catholique (P=0,02).

Conclusion : Il en ressort au terme de l’étude, que les compétences des populations de la ville de Garoua vis-à-vis de la contraception en pp étaient insuffisantes, en raison de connaissances approximatives, d’attitudes erronées et les de pratiques inadéquates pour un meilleur contrôle des naissances ainsi que la réduction de la mortalité maternelle et infantile.
Il serait donc nécessaire d’organiser des séances d’IEC et de CCC de couple en période pré et post natale et d’organiser des causeries éducatives entre pairs au sein des associations.


********************************************************************************************