ETAT NUTRITIONNEL ET ANEMIE CHEZ LES ENFANTS DE 6 A 59 MOIS A SALAPOUMBE, ZONE FORESTIERE AU CAMEROUN.

Daniel Berjes Pondy (pondyberjes@yahoo.fr)
Pédiatrie, Université de Yaoundé 1
June, 2016
 

Abstract

L’anémie représente un problème de santé publique mondial, plus particulièrement en Afrique Sub-saharienne avec des conséquences majeurs sur la santé aussi bien que sur le développement socio-économique [1]. Au Cameroun, les Enquêtes de Démographie et de Santé de 2011, trouvait que la carence en fer affecte 68% d’enfants de moins de 5 ans. Parmi ces enfants carencés 63% ont une anémie associée, dont 23% sous forme d’anémie légère et 40% d’anémie modérée. La rareté de travaux sur l’anémie des enfants en zone forestière plus particulièrement dans la région de l’Est au Cameroun, a motivé cette recherche que nous avons conduite sur l’état nutritionnel et l’anémie des enfants de 6 à 59 mois dans l’arrondissement de Salapoumbé dans le district de santé de Moloundou.

Nos objectifs étaient de déterminer la prévalence de l’anémie et de la carence en fer, ceci en recherchant les facteurs nutritionnels et sociodémographiques pouvant influencer cette anémie.

Pour cela, nous avons mené une étude transversale à visée analytique et descriptive d’une durée de 8 mois (Octobre 2015 à Mai 2016). Nous avons inclus 366 enfants en bonne santé apparente selon un échantillonnage en grappe à 2 degrés de sélection (ménages, enfants). Un questionnaire portant sur les données sociodémographiques et l’enquête alimentaire était soumis aux mères après obtention de leur consentement éclairé. Le rappel alimentaire a porté sur les groupes d’aliments que les enfants avaient consommés dans leurs domiciles la veille de l’enquête. Ils étaient classé en 8 groupes a fin d’évaluer le score de diversité alimentaire individuel. Nous avons évalué ensuite l’état nutritionnel des enfants moyennant les indices poids pour âge (P/A), taille pour âge (T/A) et poids pour taille (P/T). Leurs paramètres anthropométriques notamment le poids, la taille et le périmètre brachial étaient ainsi rapportés aux valeurs médianes de l’OMS et exprimés en Z-score. Tout enfant chez qui les indices P/A, T/A et P/T étaient inférieurs à -2 Z-score était considéré comme malnutris (sous nutrition). Ceux chez qui les indices P/T ou P/A étaient supérieurs à +2 Z-score était considérés en surpoids (surnutrition). Tous les enfants retenus avaient également bénéficiés d’une ponction veineuse aseptique de 5 ml de sang, le sérum congelé était transporté au laboratoire de l’IMPM et de la Clinique de la Fondation Frantz Fanon pour la réalisation de la ferritine et de la CRP respectivement. Les dosages étaient faits par turbidimétrie.
Le taux d’hémoglobine était obtenu à l’aide d’un photomètre portable (HémoCue) après ponction aseptique au bout du doigt. Les enfants étaient considérés anémiés lorsqu’ils avaient un taux d’hémoglobine inférieur à 11 g/dl [69]. La carence en fer était définie comme une ferritine sanguine non ajustée < 30µg/l ou une ferritine ajustée à la CRP inférieure à 12 µg/l [67]. Nous avons utilisé comme test statistique le khi carré pour comparer les fréquences et le test de Student pour les moyennes. Une régression logistique a été faite après une description analytique des variables étudiées, elle permettait de rechercher les facteurs associés à l’anémie.

Nos résultats étaient les suivants : 54,1% des enfants étaient des garçons et 45,9% des filles. L’âge moyen était de 27,51 ± 14,68 mois. L’ethnie Baka représentait 2/3 de notre population (63,90%) et les Bangando (34,10%). La plus part des mères étaient non scolarisées (65,60%) et dans des ménages monogames (98,90%).
La malnutrition de façon globale (sous nutrition) avait été retrouvée sur 67,80% des enfants ; selon le type de malnutrition, 4,60% souffraient d'émaciation, 31,40% d'insuffisance pondérale et 63,90% de retard statural. Seul 9,50% des enfants avaient eu un allaitement maternel exclusif jusqu'à l’âge de 6 mois, ce qui veut dire près de 9 enfants sur 10 (90,50%) avaient été soumis à une diversification alimentaire avant 6 mois. Les parents leur donnaient des aliments solides constitués surtout du plat familial (88,57%). La plus part (63,70%) avaient un mauvais score de diversité alimentaire. L’anémie avait été retrouvée chez 85,20% des enfants ; 75,50% avaient une carence en fer et 73,40% une anémie ferriprive. Les facteurs qui exposaient à l’anémie étaient : l’appartenance à l’ethnie Baka, l’âge de l’enfant compris entre 6 à 11 mois, le faible niveau d’instruction des parents, une diversification précoce et un score de diversité faible. A l’opposé, le niveau d’instruction secondaire des parents, une alimentation bien diversifiée et la consommation des aliments tels que la viande, les abats et les œufs protégeaient les enfants de l’anémie. D’après les résultats de la régression logistique, seul l’âge à la diversification et les aliments viande/abats et œufs influençaient significativement la survenu de l’anémie.
En conclusion, nous pouvons dire que l’anémie des enfants de 6 à 59 mois dans l’arrondissement de Salapoumbé un problème majeur de santé publique. Cette anémie d’origine nutritionnelle et dont la tribu Baka est plus exposée, serait due à la perturbation écologique des populations.


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