Apport de l'hystérosalpingographie et de la cœlioscopie dans la prise en charge de la pathologie tubaire : à propos de 277 cas d'infertilité au CHRACERH/HGY

Olivia ESSOH (essoh_olivia@yahoo.fr)
Gynécologie obstétrique, Université de Yaoundé I
June, 2016
 

Abstract

Introduction : L’Organisation Mondiale de la Santé définit l’infertilité comme l’incapacité pour un couple d’obtenir une grossesse clinique après au moins 12 mois de rapports sexuels réguliers et en l’absence de tout moyen de contraception (définition clinique). Elle touche 8 à 12 % de couples en âge de procréer dans le monde. Dans notre pays, sa prévalence est de 20 à 30 %. L’infertilité est très souvent d’origine féminine et la pathologie tubaire prédomine (retrouvée dans 30 à 40 % des cas). L’évaluation des trompes utérines se fait à travers deux principales méthodes diagnostiques. L’hystérosalpingographie apprécie la perméabilité tubaire et les anomalies morphologiques de l’utérus. La cœlioscopie avec épreuve au bleu de méthylène est considérée comme l’examen de référence pour l’évaluation de la perméabilité tubaire. C’est un examen qui a révolutionné la prise en charge de la pathologie tubaire (surtout distale), puisque le diagnostic et les gestes thérapeutiques peuvent être posés au même moment.

Objectifs : Nous nous sommes proposés d’étudier l’apport de l’hystérosalpingographie et de la cœlioscopie dans la prise en charge de la pathologie tubaire. Il s’agissait spécifiquement de décrire le profil sociodémographique et clinique de la population d’étude, de recenser les lésions tubo-péritonéales retrouvées à l’hystérosalpingographie et à la cœlioscopie, de calculer le score d’opérabilité tubaire distal et enfin de présenter les gestes thérapeutiques posés à la cœlioscopie.

Méthodologie : Il s’agit d’une étude transversale descriptive au Centre Hospitalier de Recherche et d’Application en Chirurgie Endoscopique et Reproduction Humaine et à l’Hôpital Général de Yaoundé sur une période de 16 ans (de Janvier 2000 à Janvier 2016). L’étude a porté sur des patientes venues consulter pour infertilité, ayant réalisé à la fois fait une hystérosalpingographie et une cœlioscopie et dont le dossier médical était complet. Les paramètres d’intérêt étaient : les données sociodémographiques, cliniques, biologiques, morphologiques et thérapeutiques.

Résultats : Nous avons inclus 277 patientes dans l’étude. L’âge moyen était de 34,00 ± 5,75 ans. L’hystérosalpingographie a révélé des obstructions tubaires dans 85,56 % des cas et la pathologie tubaire distale était prédominante (62,03 %). La cœlioscopie a permis d’identifier une pathologie tubaire obstructive dans 67,51 % des cas et la pathologie tubaire distale représentait 60,96 % des cas. L’HSG a contribué à l’identification de 19,13 % d’adhérences pelviennes; tandis que la cœlioscopie a apporté la preuve de la présence d’adhérences pelviennes dans 52,35 % des cas. De plus, la cœlioscopie a concouru au diagnostic de 25 cas d’endométriose pelvienne.
La combinaison de l’HSG et de la cœlioscopie, à travers le calcul du score tubaire d’opérabilité tubaire distale, a permis d’identifier la prédominance des stades tubaires avancés (III et IV). Ceci a permis de poser des gestes opératoires en fonction des stades. Par conséquent, l’adhésiolyse était le geste thérapeutique généralement posé (52,34 %) et la néosalpingostomie était la technique de plastie tubaire la plus employée (35,02 %).

Conclusion : La pathologie tubaire était fréquente dans l’étude, plus souvent décrite à l’hystérosalpingographie qu’à la cœlioscopie. Les adhérences étaient mieux décrites à la cœlioscopie. Le stade tubaire dans la population étudiée était majoritairement le stade III. L’adhésiolyse et les techniques de plastie tubaire étaient les gestes opératoires percœlioscopiques le plus souvent réalisés. En ce qui concerne les stades tubaires IV, il se pose la question de l’attitude à adopter : faut-il réaliser une salpingectomie ou opter pour une conservation de la trompe ?
Nous recommandons la sensibilisation des couples aux infections sexuellement transmissibles; le recyclage des médecins sur la bonne tenue des dossiers médicaux ; une étude sur l’attitude à avoir devant un stade tubaire IV ; un meilleur accès de la population aux méthodes diagnostiques et thérapeutiques de l’infertilité.


********************************************************************************************